Ne jetons pas la pierre aux jeunes

«[Les jeunes] ne retien­nent pas les paroles de nos discours, qui ont peu de corres­pondance dans l’action, mais les gestes que nous avons posés dans la construc­tion du monde dans lequel ils vivent et que nous perpétuons toujours», affirme l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «[Les jeunes] ne retien­nent pas les paroles de nos discours, qui ont peu de corres­pondance dans l’action, mais les gestes que nous avons posés dans la construc­tion du monde dans lequel ils vivent et que nous perpétuons toujours», affirme l'auteur.

Selon un récent sondage Le Devoir-The Gazette (mardi 28 août 2018), le PLQ et la CAQ ont la cote auprès des électeurs de 18-34 ans. Dans certains milieux et chez des analystes ou observateurs des tendances sociales, il est de bon ton d’affirmer que « les jeunes boudent la gauche et font le choix de sauter dans le système actuel plutôt que d’en faire la critique et de tenter d’en construire un nouveau ».

Ce qui représenterait une cassure avec les baby-boomers qui, au moment de leur jeunesse, aspiraient à faire table rase du passé pour repartir à neuf. Pour les jeunes, la poursuite du système qui dynamise et gouverne la société canadienne et québécoise serait acceptable.

Mais que fut le destin des nobles aspirations des baby-boomers ? Avons-nous véritablement essayé de changer le monde ? Avons-nous été convaincus et persévérants à la hauteur des exigences du changement rêvé ?

Au-delà de l’adhésion à une certaine idéologie en rupture avec le libéralisme économique et à des discours « révolutionnaires » pour plus d’égalité, au-delà de la multiplication des manifestations et des grèves pour une société plus juste, plus identitaire, plus écologique… qu’est-ce que les baby-boomers ont réalisé comme changement qui aurait pu modifier la trajectoire destructrice de notre mode de vie qui nous entraîne tous vers la catastrophe ultime annoncée ?

Nous avons profité largement, et encore maintenant, de la conjoncture de croissance économique particulièrement favorable de l’après-guerre, que connaissaient les sociétés occidentales, pour nous donner une vie confortable et sécuritaire, nous offrant en prime le luxe d’intellectualiser les caractéristiques et les effets du « système » en voie de conduire à notre perte.

Mai 68 en France a été un feu d’artifice qui ébranla une société figée, auquel on aime associer le Printemps de Prague, mais la répression russe et l’oppression qui s’en est suivie n’ont rien en commun avec le réalignement de la France pour une intégration modernisée à l’économie de marché et à sa forme achevée qu’allait représentée la mondialisation.

Critique du système

Au Québec, la Révolution tranquille a été un tournant majeur pour sortir la société d’une époque archaïque qui s’éternisait. Par une modernisation de ses institutions et de ses leviers de développement, cette révolution a propulsé le Québec de plain-pied dans le système de production et de consommation devenu le Graal de la civilisation.

Comme partout ailleurs, la critique du « système » est de mise au Québec et jouit d’une grande liberté d’expression. Elle procure une apparence de veille morale à la pratique du néolibéralisme tout en confortant le militantisme des résistants dans leur activisme à la Greenpeace inspiré des mouvements « Halte à la croissance », « Développement durable » et autres édifiants projets pour la survie de l’humanité (la planète, elle, s’en sortira fort bien sans nous dans sa trajectoire sidérale).

Nous avons flirté avec l’indépendance. Le projet était fascinant. Les discours étaient séduisants. Se donner un pays, quelle perspective exaltante ! Or, par deux fois nous avons dit non.

« Le confort et l’indifférence », répète inlassablement Denys Arcand dans son œuvre cinématographique.

La fuite en avant

Ce matin, j’apprends la démission de Nicolas Hulot, ministre de l’Environnement et de la Transition écologique en France. En claquant la porte, il a déclaré : « On s’évertue à entretenir un modèle économique cause de tous les désordres climatiques. […] Nous faisons des petits pas, et la France en fait beaucoup plus que d’autres pays, mais est-ce que les petits pas suffisent ? La réponse, elle est non. »

Et le gouvernement Trudeau qui achète un pipeline aux frais des contribuables, sans consultation, pour désenclaver et vendre le pétrole le plus sale de la planète, après avoir clamé « We are back » à la Conférence de Paris sur le réchauffement climatique, laissant croire que la défense de l’environnement faisait un retour après les reculs du gouvernement Harper en ce domaine.

Et le président Trump qui relance l’industrie du charbon dans sa logique du « Make America great again »

Et Couillard et Legault qui, en campagne électorale, choisissent l’économie comme thème phare de leur programme respectif, se disputant le leadership en ce domaine.

Toujours cette fuite en avant car, invoque-t-on, on ne peut ralentir la croissance économique dont dépendent la création d’emplois, le pouvoir d’achat, la conquête de marchés, la diversité et la qualité des services publics, les cotes de solvabilité auprès des institutions prêteuses, etc.

Et l’on voudrait que les jeunes aient d’autres valeurs, d’autres ambitions, d’autres aspirations pour eux et la collectivité locale et globale que celles que nous leur avons si bien inculquées ?

Ils ne retiennent pas les paroles de nos discours, qui ont peu de correspondance dans l’action, mais les gestes que nous avons posés dans la construction du monde dans lequel ils vivent et que nous perpétuons toujours en tant qu’acteurs.

Je formule toutefois le voeu d’un sursaut de réflexion et de conscientisation pour qu’émerge parmi eux un modèle renouvelé de développement, car ce qu’il adviendra de l’humanité au cours des 25-30 prochaines années est entre les mains de ces jeunes qui arrivent aux postes de commande.

Le drame serait qu’ils s’accommodent de la gravité de la question environnementale et que se poursuive ce modèle de la croissance infinie, porteur des plus funestes fractures écologiques et humaines.

13 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 1 septembre 2018 05 h 51

    Et si on pensait

    qu'il y a un peu de cet isolationisme individualiste illustré superbement par la quasi totalité des jeunes avec l'oreillette «scotchée» aux oreilles et branchés très souvent sur un type de musique généralement univoque et limitée du «rap» ou accrocs maladifs aux SMS et textos...

  • Jacques Lamarche - Abonné 1 septembre 2018 06 h 48

    Discours ambiant combien différent!

    Les conditions médiatiques et socio-culturelles dans lesquelles vivent les jeunes n'ont rien à voir avec celles qui prévalaient il y a une génération ou deux! Les valeurs de société de consommation à l'américaine, par la musique, le cinéma ou le sport, gagne du terrain partout sur la planète! Le pouvoir médiatique du commerce agit tous les jours, insidieusement, sur les mentalités et les comportements. Le discours politique en faveur du partage ou de la solidarité est absent, ou évité car trop exigeant, demandant trop de lecture et de temps! Les slogans de la machine de promotion des intérêts économiques, qui ne cessent de vanter les vertus du plaisir et du confort, pénètrent les consciences et asservissent à leurs valeurs, notamment par le divertissement, les jeunes populations! Et même les autres!


    Et c'est sans compter sur un certain discours ambiant qui discrédite toute la classe politique et qui laisse entendre que tous les politiques sont aussi pourris les uns que les autres!! Forcément, le cynisme décourage l'engagement et le changement tout autant qu'il encourage, surtout sur les jeunes, semble-t-il, l'individualisme et le conservatisme!!!

    • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 2 septembre 2018 10 h 10

      M. Lamarche,
      Je vous rejoins dans votre perception de la conjoncture globale.

      J'avais 18 ans en 1963 et l'histoire nous révèle que ce furent des années denses, troubles et fascinantes à vivre pour ceux et celles qui embarquaient dans la remise en question des paradigmes anciens.
      Le FLQ, le PQ, les communes, le Vietnam, la musique, les drogues psychédéliques, la lutte contreculturelle du «système», l'écologie naissante et j'en oublie sûrement...
      Je me rappelle d'un livre : Le chemin le moins fréquenté (The road less travelled de Dr Scott Peck). C'était en effet un sentier presque solitaire, hasardeux et marginal, mais qui nous donnait accès à des paysages riches de beautés et d'enseignements.

      Pour d'autres de ma génération, ce fut l'occasion privilégiée de se trouver une job mur à mur dans une institution bien feutrée, une maison pas trop cher à revendre pour s'en acheter une plus belle et, pourquoi pas, une résidence secondaire ou une deuxième auto ou une maîtresse «on the side». Pardonnez la caricaturisation.

      Aujourd'hui, plusieurs jeunes que je connais nous envient notre époque. Peut-être portons-nous la responsabilité de ne pas les avoir suffisamment inspirés pour qu'ils poursuivent le rêve ou la vision d'un monde meilleur. Peut-être que notre dépression post référendaire et pré armageddon a alimenté leur cynisme et leur impuissance.

      Mais, à un moment donné, il leur faudrait cesser de blâmer leurs aînés(es), se regarder aller de l'intérieur au lieu de regarder vers l'extérieur cette réalité virtuelle illusoire et faux fuyante. Retrousser ses manches et s'attaquer à la réalité concrète pour la faire évoluer vers des lendemains meilleurs.

      Il y a de la puissance dans la joie, nous dirait Frédéric Lenoir. Il nous faut la cultiver à la sueur de nos fronts. L'espoir aussi se cultive et il doit venir de l'intérieur de chacun de soi. Mais rien n'interdit l'individu que nous sommes de faire appel à un(e) ami(e) pour nous aider à le trouver.

  • François Beaulé - Abonné 1 septembre 2018 09 h 47

    Dépendance et soumission au système capitaliste

    Le capitalisme est formidablement et effroyablement puissant. Son essor dans l'ère industrielle n'a connu qu'un rival, le socialisme totalitaire à la soviétique, qui s'est effondré il y a 30 ans. En association avec le génie et la science, le capitalisme a conquis le monde en intervenant de plus en plus violemment sur la nature, jusqu'à sa destruction. Décennies après décennies, le capitalisme est devenu un monstre dont les tentacules se resserrent sur le monde implacablement.

    La nature et les sociétés sont broyées mais les individus en sont dépendants, comme d'une drogue. Nous y participons tous, jeunes et vieux. L'adversaire est coriace, il récupère les plus brillants d'entre nous en leur promettant une vie dans l'opulence. Actuellement, les individus travaillent fort pour renforcer toujours plus un système qui mène à la destruction de l'humanité.

    Les hommes comme individus, soumis et dépendants du capitalisme, esquintent l'humanité et la nature. Affecté par un cancer, l'Homme devra se battre contre lui-même et le combat sera sans merci.

    • Jacques Lamarche - Abonné 1 septembre 2018 14 h 36

      Fort bien dit! Si je peux me permettre, c'est le système qui mène, les individus suivent, d'autant qu'il propose mille petits bonheurs et une vie en rose! Et qu'il ferme les yeux sur les malheurs de la planète.

  • Bernard Plante - Abonné 1 septembre 2018 10 h 08

    Vrai sondage?

    Qui dit que ce sondage prétendant que les jeunes voteraient pour les PLQ et CAQ sont vrais?

    En effet, comment croire que les jeunes seraient si enthousiastes envers un parti comme le PLQ alors que le membership de ce parti ne cesse de diminuer avec les années et le départ des "vieux" liberaux? Les jeunes seraient attirés par ce parti mais n'en deviendraient pas membres ni ne s'y investirait? Bouillie pour les chats.

    Ce sondage sent la désinformation à plein nez, mais comme toujours les médias vont relayés bêtement la même fausse information jusqu'à ce les manipulés que nous sommes finissent par penser que c'est la vérité. Cette technique est à la base même de la manipulation des masses.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 1 septembre 2018 10 h 22

      Sans vouloir vous contredire, plusieurs sondages confirment cela depuis 2012.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 2 septembre 2018 14 h 21

      Et si George Orwell s'était trompé d'année...(Ceux de la jeune génération d'aujourd'hui étant les derniers à adopter le dogme Big Brother...il n'y aurait plus personne à convaincre.)1984...n'étant qu'un chiffre pris au hasard. ?
      Mais Orwell avait vu juste...70 ans auparavant...Triste surplace qui au lieu de nous réveiller...semble nous avoir tous endormis.
      1984...un livre, un film...et puis après ? Vint les fameuses technologies 2.0...! et voilà où nous en sommes.

      Où est le lien avec les sondages...il n'y en a pas... sauf que ce sujet des sondages(que j'exècre) m'a ramenée à un article du Devoir, 17 décembre 2016, qui titrait: «1984» ne fait plus peur aux jeunes»... )
      Mais la majorité de ces jeunes ne l'avaient jamais lu... Ils avaient surtout peur de le lire... La peur viscérale de ceux qui n'ont pas d'opinion...ou ne veulent pas en avoir. Trop forçant. On aime mieux le "tout cuit dans le bec".

  • Dominique Vadeboncoeur - Inscrit 1 septembre 2018 11 h 13

    Parlez pour vous BernardVachon

    De quel droit parlez-vous en mon nom Bernard Vachon.?Toujours ce petit côté ''magister'' à vouloir déculpabiliser les ''pôvres '' jeunes toujours au détriment , ô surprise ,, des ''boomers'' Ce que j'en ai ras le bol de ces anciens jeunes se prétendant professeur, venir nous la faire prétendant parler au nom de. J'ai vu ma mère aujourd'hui, 96 ans, combien de fois ramasser tout au long de sa vie ordures et autres traînant sur la rue assez pour lui dire qu'ele n'est pas la concierge de la rue ou du quartiert. Elle me répondait que la terre a le droit de vivre également. Je fais de même aujourd'hui à ma grande rage contre moi-même. Pas besoin d'être un ''milléniais'' ou ''gen X'' pour comprendre cela ni d'un doc en sc environnementale.

    Pourquoi les ''papis'' professeurs leur trouvent toujours tous les prétextes à les vénérer et les conforter dans leur monde où ils ont toujours raison et où tout est la faute des ''boomers''. Mais moi dans mon quartier , AU QUOTIDIEN, je vois mon quartier de détériorer et pourtant, il est dit familial et même avec un boom démographique d'enfants(boomers génération 2 à venir??) le plus élevé de la province . Combien de ces jeunes , je vois jeter nonchalamment leur gobelet de café ou milk shake', du DairyQyueen situé au coin de chez moi dans le rue comme si tout était normal. Combien de fois, je vois passer de ces jeunes en auto,fenêtres ouvertes, musique ''dans le tapis'' tout en jetant leur mégot à la rue comme si c'était un cendrier, à des vitesse nettement au-delà du permis sur une petite avenue avec école et parc au coin de la rue.. Pas grave ''papi'' boomer va nettoyer. Et c'est ce que je fais à mon grand dam quand c'est près de chez moi car je ne peux attendre mes voisins plus jeunes car ils ne rammasseront pas, je les connais depuis le nombre d'années qu'on se voisinne.. Et j'en aurais tellemnt sur le sujet au quotidien. SVP, parlez pour vous Bernard Vachon.

    • Myriam Boivin-Comtois - Abonnée 2 septembre 2018 08 h 17

      Donc, vous n'aimez pas les généralisations que l'auteur fait au sujet des boomers, c'est légitime, mais du même coup, vous en offrez de bien plus méprisantes, de ces généralisation, à propos des "milléniais", comme vous dites. C'est d'une cohérence à toute épreuve.