L’ONU au-delà des drames

Les missions de maintien de la paix constituent l’épicentre des activités onusiennes.
Photo: Seyllou Agence France-Presse Les missions de maintien de la paix constituent l’épicentre des activités onusiennes.

L’annonce du décès de Kofi Annan la semaine dernière a fait le tour du monde et des réseaux sociaux. Dans la presse, l’ancien secrétaire général est loué pour ses contributions à la paix et à la sécurité mondiales, ses tentatives de réforme de l’ONU et son dévouement à la communauté internationale. Il est cependant triste que l’on se rappelle les éléments positifs de l’ONU seulement dans ces circonstances funèbres. En effet, les médias et l’opinion publique nous renvoient une image d’une organisation internationale désuète, gangrénée par les lourdeurs bureaucratiques, restreinte aux joutes politiques des cinq membres permanents du Conseil de sécurité qui bloquent tout espoir de paix durable. Les détracteurs de l’organisation ne cessent de rappeler les échecs cuisants de l’ONU, qui n’a pas réussi à empêcher le génocide du Rwanda en 1994 ni le massacre de Srebrenica l’année suivante.

Bien qu’il soit sain de rappeler ces dérives, nous nous devons d’évoquer plus fréquemment les succès remportés, mais aussi menés par l’organisation. Rappelons que l’existence de l’ONU depuis 73 ans est une victoire en soi : même si les processus décisionnels n’aboutissent pas toujours, l’institution a néanmoins permis de rendre le multilatéralisme, la coopération, le respect du droit international et la diplomatie comme des pratiques inhérentes à la vie politique internationale. N’oublions pas non plus l’Assemblée générale, qui regroupe 193 États. Bien que celle-ci ne possède aucun pouvoir législatif réel, les idées qui en émanent possèdent une force morale indéniable qui donne la possibilité à tous les États de s’exprimer sur un pied d’égalité.

L’ONU, c’est aussi un ensemble de fonctionnaires internationaux qui oeuvrent, souvent dans l’ombre, au nom des idéaux onusiens, dans une perspective inclusive et non coercitive. Parmi eux, on citera les neuf secrétaires généraux, comme Kofi Annan ou António Guterres actuellement en poste, leurs conseillers, les chefs de divisions et organes onusiens, etc. Ces individus sont responsables de nombreuses innovations qui ont des répercussions positives et quotidiennes à travers le monde. En voici quelques exemples.

L’invention des missions de maintien de la paix est souvent attribuée au premier ministre canadien Lester B. Pearson. La suggestion de doter l’ONU d’une force policière pouvant être déployée dans l’attente d’un accord politique a cependant été mise sur pied par Dag Hammarskjöld, le deuxième secrétaire général, et son entourage à l’occasion de la crise du canal de Suez en 1956. Les missions de maintien de la paix ont reçu le prix Nobel de la paix en 1988 et constituent, encore aujourd’hui, l’épicentre des activités onusiennes. Ces missions ont permis d’éviter des affrontements, notamment à Chypre, entre l’Inde et le Pakistan, en Namibie, etc.
 

La promotion des droits de la personne pour tous est aussi une innovation cruciale de l’ONU. La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 en était la première étape. Le texte a été préparé par Eleanor Roosevelt, René Cassin et le Canadien John P. Humphrey, alors à la tête d’une division de l’ONU pour les droits de la personne. En 1993, la création du Haut-Commissariat aux droits de l’homme consacrait enfin l’enjeu comme central au système onusien. Enfin, Kofi Annan, ardent défenseur des droits de la personne, faisait valoir que la promotion des droits de la personne était aussi cruciale que la paix et le développement. Ces droits font aujourd’hui plus consensus que jamais.

Le concept de développement humain est aussi une innovation centrale de l’ONU, et plus particulièrement du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). En 1990, l’économiste pakistanais Mahbub ul Haq, aidé de l’économiste de renommée internationale Amartya Sen, développa le concept de développement humain, qui suggérait de placer les êtres humains au coeur du développement. Le produit intérieur brut (PIB) fut aussi remplacé par l’indice de développement humain (IDH) comme outil de mesure du développement. L’IDH permet ainsi de donner une image plus précise de la pauvreté au-delà des prouesses économiques d’un État. De ce concept a aussi découlé celui de sécurité humaine qui mettait en lumière le besoin de protéger les individus d’une large variété de menaces qui pourraient attenter à leur vie et à leur dignité.

L’ONU a aussi permis de donner une vision plus globale à un ensemble de problèmes ressentis à travers le monde et traditionnellement conceptualisés comme étant séparés. C’est ainsi que la paix internationale est conçue aujourd’hui comme reposant sur une variété de facteurs repris dans les objectifs de développement durable mis en place depuis 2015. Ces objectifs sont des cibles atteignables et quantifiables touchant à la pauvreté, à la santé, à la corruption, à l’environnement, à l’éducation, à l’innovation, etc.

Cette liste non exhaustive donne un aperçu des contributions inestimables de l’ONU. La mise en place de toutes ces idées dépend évidemment du bon vouloir des États. Mais il ne faudrait pas sous-estimer l’autorité morale de l’ONU. Dans le monde, ce n’est pas seulement la force physique et financière qui mène la danse, les idées aussi ont leur mot à dire, surtout quand elles émanent de l’ONU.

2 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 30 août 2018 07 h 31

    Vive l'ONU!

    Heureusement qu'il y a l'ONU. Que de belles et nobles choses accomplies depuis 1945 par elle et les grandes institutions qui en dépendent, tel l'UNICEF, l'OMS et l'UNESCO, etc. Longue et précieuse vie à l'ONU, plus nécessaire que jamais.

    M.L.

  • Loyola Leroux - Abonné 30 août 2018 09 h 00

    Les salaires et avantages des employés de l'ONU, un sujet tabou.

    Personne ou presque ne remet en cause le rôle important de l'ONU, mais personne ne parle des salaires et des avantages sociaux versés aux employés de l'ONU, un véritable pactole selon eux avec qui j'en ai parlé informellement, en Haïti, en Jamaïque et aux Philippines.

    L'ONU est considérée comme étant le meilleur employeur, qui distribue le plus d'avantages, ce qui exaspéré les véritables travailleurs humanitaires sous payée et qui souvent font tout simplement du bénévolat dans ces pays. Cet aspect caché mériterait d'etre rendu transparent.