Prêtres pédophiles: la justice du confessionnal

«Je pense qu’on n’a pas mesuré encore l’horreur des tragédies causées, au cours de siècles de son existence, par le confessionnal», affirme l'auteur.
Photo: Jeff Swensen Archives Getty Images / AFP «Je pense qu’on n’a pas mesuré encore l’horreur des tragédies causées, au cours de siècles de son existence, par le confessionnal», affirme l'auteur.

Le Rapport sur les 300 prêtres pédophiles de Philadelphie et leurs victimes ramène une fois encore dans l’actualité une crise de l’Église catholique qui ne semble pas vouloir s’éteindre. Car il y a bien une spécificité catholique des pratiques dénoncées : pratiques de sévices sexuels sur des mineurs par des prêtres, pratiques de « couverture » de ces agissements par les autorités ecclésiastiques.

On a mis en cause, tentant de comprendre ce qui s’est passé, le célibat imposé aux prêtres catholiques. Soit. Mais si on peut alors s’attendre à ce qu’il y ait, malgré l’interdit, des rapports sexuels entre adultes consentants — hétérosexuels ou homosexuels —, ceux qui sont de l’ordre de la pédophilie demeurent à tout le moins étonnants, surtout si on considère leur fréquence. Au point qu’ils ont pu être parfois des pratiques courantes, en tout cas régulières et traversant les années.

D’aucuns ont évoqué une vraisemblable immaturité psychosexuelle de prêtres et de religieux entrés trop jeunes dans des séminaires ou autres institutions semblables. Je laisserai les psychologues en juger s’ils pensent devoir le faire.

Les propos que je présenterai sont, oserai-je écrire, d’ordre théologique en même temps que sociopolitique. D’ordre théologique : le péché d’impureté, comme j’ai appris dans le petit catéchisme de mon enfance — et ce péché couvrait un large spectre de gestes et de comportements —, était d’abord une offense à Dieu. À un Dieu qui voit tout, sait tout, etc., et qui est infiniment juste et sévère, mais aussi infiniment bon et qui pardonne tout. Le pécheur n’a qu’à se confesser pour que son âme retrouve sa blancheur, celle de ce savon qui rendait le blanc plus blanc que blanc ! Sans doute fallait-il avoir le ferme propos de ne pas recommencer, mais puisque Dieu était infiniment bon… Je pense qu’on n’a pas mesuré encore l’horreur des tragédies causées, au cours de siècles de son existence, par le confessionnal — qui, en outre, permettait au confesseur d’entrer dans toutes les chambres… —, mais il ne s’agit pas ici de cela.

Est aussi en cause, et on entre ici dans l’ordre sociopolitique, le maintien par l’Église catholique, parfois affiché, parfois discret, d’un système de justice parallèle — qui fut d’ailleurs, un temps, dominant par rapport au système royal, pensons à l’Inquisition, puis à l’État. Les certificats de baptême ont précédé, chez nous, les actes de naissance qui n’étaient pas obligatoires ; et on a longtemps pensé que le vrai mariage était celui de l’Église et non celui de la mairie — qui d’ailleurs, jusque dans un Québec relativement récent, n’était pas exigé. Alors, pourquoi pas aussi une justice autonome, parallèle, permettant de régler les problèmes « en Église »… comme on peut le faire, pour le linge sale, en famille ?

Cela, certes, n’explique rien. Et surtout, ne justifie rien. Mais peut aider peut-être à comprendre comment cela a pu être et pourquoi cela a pu durer.

12 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 20 août 2018 07 h 55

    La loi

    D'où l'importance de la séparation de l'Église et de l'État. Nul n'est au-dessus des lois. Dans un autre ordre, non terrestre, demeure, pour un croyant, le jugement de Dieu.

    M.L.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 août 2018 09 h 40

      Nous vivons dans un état de droit qui impose des règles sociétales. Les superstitions organisées n’ont plus leur place dans notre système de lois. Pourquoi a-t-il fallu tellement de temps avant que le tout soit découvert en Pennsylvanie alors que les autorités ecclésiastiques en questions le savaient? L’église catholique est coupable par association et devrait être traînée devant les tribunaux.

      Le pire, c’est que le Pennsylvanie n’est qu’un état parmi tant d’autre aux États-Unis. On a vu le même modus operandi au Massachussetts. Donc, c’est probablement le même processus qui s’est opéré partout. Maintenant, pensez au pays du tiers monde où manger à sa faim est la plus importante activité durant la journée. Combien de victimes sans voix retrouverons-nous? Haïti me vient à l’esprit.

      Ce n’est pas seulement la séparation de l'église de l'État qui est exigée, mais la fin de ces monopoles qui profitent de l’ignorance des gens dans leur quête d’amis imaginaires. Les religions organisées, surtout celles aux accents monothéistes, sont des poisons pour les sociétés. Et au diable le jugement de dieu; les amis magiques et extraterrestres n’existent pas.

    • Michel Lebel - Abonné 20 août 2018 12 h 39

      @ Cyril Dionne,

      Manifestement vous ne comprenez rien à l'importance du fait religieux chrétien dans l'histoire de l'Occident. Tout athée de bonne foi ne peut nier tout le bien que l'Église y a apporté. Quant au mal apporté, il est bien connu; inutile d'insister.

      M.L.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 août 2018 13 h 45

      M. Lebel,

      Qu'est-ce que la religion chrétienne a apporté à l'histoire de l'Occident? Ce culte dogmatique a plongé l’Europe dans la grande noirceur au Moyen-âge. C’est seulement avec la Renaissance (la découverte des écrits scientifiques grecs et romains) et surtout les Lumières qui nous ont donné entre autre, la démocratie, l’égalité et la liberté en plus de la science naturelle. Galilée, Copernic et combien d’autres scientifiques ont été persécutés et plusieurs torturés et mis à mort parce qu’ils allaient à l’encontre des dogmes et de la doctrine chrétienne. Pour Copernic, il a failli être brûlé vif par la très Sainte Inquisition à cause qu’il a eu l’audace de suggérer, preuves mathématiques et observations à l’appui, que la Terre tournait autour du Soleil.

      Les religions monothéistes ne sont qu’une manifestation du phénomène génétique; les croyants le sont par naissance et en fonction de filiation. Mais je fais toujours la même erreur de comparer la religion à la superstition; la dernière ne fait aucune morale. Donc, dans le cas énuméré ici de pédophilie, la religion sans conscience morale est une superstition.

    • Michel Lebel - Abonné 20 août 2018 14 h 59

      @ Cyril Dionne,

      L'apport du christianisme: la philosophie, l'éducation, les soins aux malades, aux lépreux, aux exclus, la lutte contre bien des injustices, la peine de mort, la torture, la lutte pour la paix, contre la guerre, pour les droits de la personne, etc.

      M.L.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 août 2018 19 h 17

      Oh ! M. Lebel. Vous devriez savoir lorsque vous défendez l’indéfendable. De toute façon votre croyance n’est pas le reflet de votre personne. Une chance.

      L’apport de la religion en philosophie? Vous voulez rire? L’éducation religieuse n’est pas une éducation. Les hôpitaux à caractère laïque s’occupaient et s’occupent des malades, point à la ligne. Les exclus? La femme n’est pas traitée comme une personne à part entière et ne peut devenir prêtre dans la religion catholique. La lutte contre l'injustice? La femme n'est pas l'égal de l'homme dans cette doctrine. La peine de mort? Regardez aux États-Unis et ailleurs, des pays chrétiens et ils ont encore la peine de mort. Pour la torture, est-ce que vous faites référence à un cas en Pennsylvanie? Quatre prêtres ont abusé d’un enfant pour ensuite le mettre sur une croix. En plus, il y a eu la sainte Inquisition. La lutte pour la paix? Les papes étaient des guerriers qui faisaient la guerre aux autres pour la richesse et le pouvoir. Les droits de la personne? Ils traitent l’homosexualité comme une maladie, prêchent les grandes familles dans un monde surpeuplé et sont contre le condom et l’avortement. Vous en voulez plus?

      Ils devraient commencer à payer des taxes, des impôts et des cotisations comme toutes les entreprises qui ont quelque chose à vendre.

      Cyril Dionne

    • André Joyal - Abonné 20 août 2018 20 h 04

      M.Lebel et le jugement de dieu.
      On connait le célèbre «Tuez les tous, Dieu saura reconnaitre les siens» proféré par un évêque lors de la
      répression très sanglante contre les Cathares.

    • Michel Lebel - Abonné 20 août 2018 21 h 05

      @ Cyril Dionne,

      Je suis tristement hélas obligé de conclure notre dialogue ainsi: il n'y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. Sans méchanceté. Fin.

      M.L.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 21 août 2018 13 h 32

      M. Dionne écrit:"Les hôpitaux à caractère laïque s’occupaient et s’occupent des malades, point à la ligne"

      "A la fin des années 1950, les communautés de femmes étaient propriétaires de 105 hôpitaux dans la province, dont certains gigantesques. Les religieuses catholiques administraient, à la même époque, 36 des 66 hôpitaux situés à l’extérieur du Québec.(..) • Les Sœurs de la Providence possédaient une douizaine d’hôpitaux dont St-Jean-de-Dieu avec 5 600 lits, le plus grand hôpital psychiâtrique au Canada"-Livre de Claude Gravel-

  • Jacinthe DiGregorio - Abonnée 20 août 2018 10 h 28

    pertes de la dîme?

    L'église va peut-être agir sérieusement devant ce fléau quand les fidèles, écoeurés toujours pratiquant, ne donneront pas d'argent à l'église.
    A moins que Rome ait une ''cagnote'' si imposante que les quêtes ont peu d'importance.

    Il est temps de se débarasser de ces pédophiles.
    Il est temps d'élever les religieuses à la prêtrise.
    Si l'église ne fait pas le ménage.... jj'espère que les fidèles honnissent le Vatican.

  • Christian Dion - Abonné 20 août 2018 11 h 44

    Pléonasme

    Cosidérant le nombre effarant de prêtes indentifiés comme pédophile, je serais tenter de dire que `` prête pédophile`` est un
    pléonasme.
    Christian Dion, avocat

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 20 août 2018 18 h 43

    Pédophilie ou plus précisément encore éphébophilie?

    En France, la question est traitée semble-t-il différemment. On parle parfois de cette crise comme une crise « d'ephébophilie », les victimes étant majoritairement des adolescents et non des enfants. Et ils posent par conséquent la question de l'homosexualité dans l'Église. Comme il est interdit d'en parler en général, des diocèses qui avaient retiré la possibilité aux personnes attirées par les personnes de même sexe de devenir prêtre ont cessé de le faire. Bien qu'on ne doive pas faire d'amalgame entre la pédophilie et l'homosexualité, le débat est plus sérieux quand il s'agit d'adolescents et d'adultes du même sexe... On se souvient qu'au Québec comme en France de nombreux artistes dans les années 70, étaient fiers de présenter leurs «mignons»... Mais bien sûr, on préfèrera mettre le blâme sur la chasteté des prêtres, des religieux et religieuses, supposément impossible à vivre, malgré que cela se fasse à la suite du Christ depuis 2000 ans. Combien avons-nous de grandes-tantes et de grands-oncles religieux qui ont donné leur vie sans qu'il n'y ait de scandales?