Une commission d’enquête sur l’éolien s’impose

«Hydro-Québec n’a jamais eu de mandat de développement régional et, de par sa loi, l’utiliser à cette fin est illégal pour des raisons évidentes de patronage politique», rapporte l'auteur.
Photo: Charly Triballeau Agence France-Presse «Hydro-Québec n’a jamais eu de mandat de développement régional et, de par sa loi, l’utiliser à cette fin est illégal pour des raisons évidentes de patronage politique», rapporte l'auteur.

Une multitude de questions s’imposent concernant cette nébuleuse politique de promotion des centrales éoliennes. Au départ, pourquoi a-t-on interdit à Hydro-Québec de réaliser elle-même ces projets éoliens comme elle le fait pour tous ses autres projets de postes, de lignes et de barrages, et ce, malgré l’appui massif des syndicats ? À qui étaient réservés ces projets ?

Comment expliquer cette hystérie soudaine du gouvernement Couillard à réaliser sans faute un dernier projet éolien avant de perdre le pouvoir ? Comment expliquer le réveil soudain du président du conseil d’administration d’Hydro-Québec ?

Comment se fait-il que seuls les projets éoliens soient proposés et approuvés par le ministère de l’Énergie plutôt que par Hydro-Québec ? Hydro-Québec n’a jamais eu de mandat de développement régional et, de par sa loi, l’utiliser à cette fin est illégal pour des raisons évidentes de patronage politique.

On comprend les maires de Matane et de Gaspé de tenir à leur usine, mais que reçoivent réellement les autres municipalités en échange du massacre de leur environnement ? Prétendre que l’on développe l’économie des régions avec l’éolien, c’est prétendre que la Gaspésie préférerait encore s’empêtrer de moulins à vent plutôt que de recevoir ce milliard annuel dépensé pour acheter de l’énergie éolienne. Évidemment, on s’est gardé de consulter les décideurs de la Gaspésie sur le choix de l’éolien, en lieu et place de 1 milliard par année.

L’éolien est-il vraiment une énergie verte ? Sachant qu’une centrale éolienne ne produit son énergie qu’environ de 20 à 24 % du temps, dans les meilleurs cas, alors qu’une centrale hydroélectrique opère de 60 à 70 % du temps, et ce, lorsque requis, il faudrait « planter » environ 7000 éoliennes de 400 pieds de hauteur dans Montréal pour remplacer la seule centrale de Beauharnois, ou environ 1700 autres dans Laval pour remplacer la centrale de Carillon. C’est vert, ça ?

Comment expliquer qu’une somme de l’ordre de 1 milliard de dollars, soit 40 % des profits d’Hydro-Québec, soit « réservée » (ou détournée ?) à l’achat d’énergie éolienne qui ne représente que de 2 à 3 % de l’énergie vendue ? (hydroélectricité : 45 000 MW à 60 % du temps c. éolien : 3500 MW à 20 % du temps).

Comment justifier que l’on essaie de vendre à 4¢/kWh, aux États-Unis, pour vingt ans, cette énergie qui nous coûte 11¢ ? On comprend que monsieur Couillard y soit si bien reçu. Or, il existe une multitude de projets hydroélectriques beaucoup moins dispendieux… et plus durables.

Comment expliquer que le marché semble limité à ce point à certains promoteurs locaux puisque l’on ne voit jamais soumissionner des compagnies étrangères autrement plus compétentes ? Quels sont les actionnaires de ces entreprises bien locales ?

Au cours de cette commission d’enquête sur le secteur éolien qui s’impose, on pourra toujours remettre en question la justification de cette centrale au gaz de Bécancour qui n’a presque jamais servi malgré le fait qu’une somme approchant les 2 milliards y ait été engloutie jusqu’à maintenant, avec les mêmes intervenants.

10 commentaires
  • Paul Toutant - Abonné 17 août 2018 05 h 28

    Questions

    Monsieur Gingras, vous posez des questions fort pertinentes. Pouvez-vous identifier les personnes aptes à nous fournir des réponses? Avez-vous des éléments de réponse aux questions que vous soulevez? Merci de les partager avec le néophyte que je suis.

  • Gilles Bousquet - Abonné 17 août 2018 06 h 34

    Une Commission d'enquête sur l'éolien ?

    S'il est réélu, ce n'est pas le PLQ qui va créer ce genre de commissions, ils y ont déjà trop goûté dans leur récent passé.

  • Claude Bariteau - Abonné 17 août 2018 07 h 36

    Oui, mais il faut plus.

    D'accord avec vous pour faire le point sur l'éolien. Mais ce n'est pas suffisant. Il faut, comme le souligne M. Samray, revoir toute la question énergétique dans une perpective de dépolution et d'un usage d'énergies renouvelables au cours des quatre prochaines.

    Ça s'impose. Se pencher sur l'éolien et les dérives du PLQ en matière énergétique ne suffit pas, car ça ne fera partie que du bilan et ça n'identifiera que des détournements. C'est important, mais l'est plus d'avoir un alignement d'ensemble et de travailler à développer le Québec sur d'autres bases que le pétrole acheté de l'Alberta ou des États-Unis, voir des grnds producteurs mondiaux.

    Plusieurs pays sont en réflexion et innovation en énergie nouvelle. Il faut travailler avec eux et voir comment tirer avantage de notre position géographique et des ressources énergétiques dont nous disposons.

    • Cyril Dionne - Abonné 17 août 2018 08 h 52

      La dépollution par l'entremise des énergies solaires et éoliennes est un mirage M. Bariteau. Ces énergies intermittentes requièrent une autre qui est disponible à 100% du temps parce que nous ne pouvons pas emmagasiner l'énergie produite. Et les moulins à vent et les panneaus solaires sont tous fabriqués à partir de produits dérivés du pétrole et ont une espérance de vie de 20 ans tout au plus. Et personne ne parlent des effets écologiques néfastes qui découlent de ces énergies dites vertes.

      Le Québec a amplement d'énergie hydroélectrique présentement et en réserve pour palier à toutes les circonstances et eventualités. En ce qui concerne les gaz à effet de serre, les Québecois ne sont pas responsables. C'est la Chine, les États-Unis et l'Inde qui sont responsables des deux tiers des émissions polluantes dans le monde. Et qu'ont-ils en commun? De grandes populations dans leurs pays respectifs.

      La conservation de l'énergie avec l'appui de consommateurs avisés a bien meilleur goût.

  • Sébastien Collard - Abonné 17 août 2018 07 h 41

    Bonnes questions, mais

    Selon vos propres calculs, pour nécessiter 7000 éoliennes, celles-ci ne devraient produire que 1,5 MW chacune. Qui installe encore de telles éoliennes? Actuellement, c'est le double que je vois partout dans le monde et l'amélioration du produit augmente la plage d'utilisation. Bref, c'est possiblement 2000 éoliennes qu'il faudrait dans le pire des cas et les meilleures dans le monde (8-10 GW, 60% du temps, environ 250 pour remplacer Beauharnois). Bref, il faut oui en discuter, avec toujours plus de données.

  • Gilles Bousquet - Abonné 17 août 2018 08 h 26

    Acheter à 10 sous

    Pour vendre à 4 sous, dur à rentabiliser n'.importe où.