Acadie: une péninsule, une ville!

«Serait-il possible pour les Acadiens de la péninsule de s’unifier pour former une seule ville ou entité administrative pour l’ensemble des habitants?» s'interrogent les auteurs.
Photo: Congrès mondial Acadien «Serait-il possible pour les Acadiens de la péninsule de s’unifier pour former une seule ville ou entité administrative pour l’ensemble des habitants?» s'interrogent les auteurs.

Le 15 août est la fête nationale des Acadiens. Personne ne peut remettre en doute l’importante vitalité de ce peuple qui, malgré les blessures de l’histoire et la déportation, continue envers et contre tous de vivre en français et de célébrer sa différence. La vivacité de la culture acadienne se manifeste également à travers ces artistes que nous avons la chance de découvrir au Québec.

Toutefois, nous pouvons nous questionner sur l’unité politique des Acadiens. Comme observateurs externes, il nous est toujours apparu navrant qu’il n’y ait pas politiquement une institution forte qui puisse représenter les Acadiens, particulièrement ceux de la péninsule acadienne.

Serait-il possible pour les Acadiens de la péninsule de s’unifier pour former une seule ville ou entité administrative pour l’ensemble des habitants ? L’idée n’est pas nouvelle et fut soulevée par le passé ; néanmoins, il semble que le projet ne se soit jamais articulé concrètement.

Cette ville francophone serait la quatrième en importance au Nouveau-Brunswick avec 50 000 habitants et deviendrait, dans les faits, la ville à majorité francophone hors Québec la plus importante en Amérique du Nord. Ultimement, il n’y a aucun obstacle administratif en droit canadien qui rend ce projet impossible. La question épineuse est politique. En fait, il n’est jamais évident de convaincre des villes de se saborder afin de créer une entité plus grande. Dans le cas de la péninsule acadienne, chaque ville a son caractère particulier et son histoire.

Notre expérience malheureuse avec les fusions au Québec prouve que la volonté fusionniste, pour être durable, doit venir de la base. Ce sont les habitants de la péninsule qui doivent vouloir ce projet et solliciter leurs élus locaux à cet effet. Espérer passivement une action des autorités provinciales ne mène qu’à un cul-de-sac. Les gouvernements agissent la majorité du temps en réaction à la volonté populaire. Fusionner par la force est encore plus désastreux comme processus. Il suffit de se souvenir de tout le cafouillage ayant entouré les défusions au Québec et son coût politique et économique.

En décembre 2013, la ville de Tracadie-Sheila et ses 18 districts de services locaux ont fusionné afin de devenir la plus grande ville de la péninsule et, en mai 2014, des élections ont eu lieu dans la nouvelle ville unifiée. Il s’agit là d’un premier pas, qui montre qu’il semble y avoir un potentiel d’unification. Ce processus, toutefois, fut difficile et requerra une grande volonté politique. Dans tous les cas, il faut faire face au confort du statu quo.

Si les Acadiens parvenaient à créer dans la péninsule acadienne une grande ville, qui pourrait d’ailleurs posséder un certain nombre d’arrondissements étant donné qu’il s’agit d’un grand territoire avec des besoins divers, cela enverrait un signal extrêmement fort.

Le fait qu’une personne pourrait parler pour les 50 000 Acadiens de la péninsule serait un puissant outil d’affirmation politique et culturel. Ça permettrait certainement aux Acadiens d’avoir un pouvoir d’influence plus grand au sein du Nouveau-Brunswick et du Canada. On n’a qu’à penser à Québec. Le poids politique du maire de Québec a décuplé après la création de la nouvelle ville de Québec fusionnée en 2002. On peut d’ailleurs se demander si la ville de Québec serait autant un succès si ses assises institutionnelles n’avaient pas été ainsi renforcées par la fusion.

Un tel projet de fusion appartient aux Acadiens mais, comme Québécois, nous croyons qu’il serait bénéfique non seulement pour les Acadiens eux-mêmes, mais pour la vitalité du français en Amérique. Il permettrait aux Acadiens de récupérer, du moins en partie, un poids politique que le Grand Dérangement de 1755 leur a injustement retiré.

9 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 15 août 2018 03 h 32

    Reproduction

    Comme le nombre est important, on en revient à dire qu'il y a un besoin de reproduction francophonique. Pas pour les vilains anglais, évidemment.

    • Jacques Dupé - Inscrit 15 août 2018 13 h 18

      L'union fait la force !

    • Pierre Grandchamp - Abonné 16 août 2018 16 h 53

      J'abonde dans le sens de M. Dionne. Marc Labelle, un ex-FHQ, a, d'ailleurs traduit cela par "L'autovalorisation compensatrice de l'impuissance du dominé:Quand on a défendu ses droits de façon purement verbale, et que survient l'échec, on se félicite de s'être battus mais c'est pour mieux plier l'échine et chanter tous en choeur le O Canada".

  • Gilles Bousquet - Abonné 15 août 2018 06 h 38

    L'Acadie, comme le Québec

    Les Nationalisres, des 2 côtés, y sont divisés et veulent majoritairement, rester ainsi...dans le Canada.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 août 2018 10 h 38

      L'Acadie et les Acadiens ont été très clairs lors des deux référendums. Ils se sont associés aux fédéralistes pour combattre les méchants séparatistes du Québec. Maintenant, ils veulent leur Canada mais celui-ci ne parle pas français. Tout un dilemme pour nos empêcheurs de danser en rond fédéralistes. Et de toute façon, ça n'existe plus des francophones hors Québec.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 15 août 2018 08 h 35

    Pourquoi s'arrêter là?

    Pourquoi ne pas demander que l'Acadie soit constituée en province francophone? Si l'Île du Prince-Édouard peut bien être une province, alors pourquoi pas l'Acadie?

    Je crois déceler comme un manque d'ambition chez nos compatriotes acadiens.

    • Jacques Dupé - Inscrit 15 août 2018 13 h 17

      L'union fait la force, à condition de le vouloir !

  • André Robert - Abonné 15 août 2018 16 h 39

    Les Acadiens écopent de leur multiculturalisme

    Fédéralilstes par asservissement après leur Déportation, ils tentent de surnager dans leur ghetto. C'est le sort qui guette désormais les Québécois aussi en adoptant le multiculturalisme. Ils sont enfermés à l'extérieur d'eux-mêmes. Tellement triste!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 16 août 2018 18 h 22

      "dans leur ghetto", ça me frappe comme métaphore bien rendue! Le mythe du Nouveau Brunswick seule province officiellement bilingue. IL suffit de sortir "du ghetto" pour se rendre compte que, hors de "cette ville", le bilinguisme, dans la vle de tous les jours est une triste supercherie.