70 ans après le «Refus global», la liberté d’expression est mise à mal

«La censure infligée à Lepage, à Bonifassi et à toute la troupe a provoqué une vague jusqu’à Avignon», affirme l'auteure.
Photo: François Nascimbeni Archives Agence France-Presse «La censure infligée à Lepage, à Bonifassi et à toute la troupe a provoqué une vague jusqu’à Avignon», affirme l'auteure.

La censure, c’est le rasoir gigantesque rasant au niveau du médiocre toute tête qui dépasse ! La censure, c’est la camisole de force imposée au vital !

Lorsque j’ai dû me rendre à Avignon pour y présenter L’avalée des avalés d’après le roman de Réjean Ducharme au Théâtre du Petit Louvre, l’annulation de SLĀV n’avait pas encore été annoncée officiellement.

Toutefois, avant mon départ, j’ai fait partie des rares spectateurs qui ont pu voir cette création qui témoignait avec intelligence et empathie de l’oppression subie par les victimes de l’esclavage, et ce, à travers le monde.

Betty Bonifassi et les comédiennes tout aussi ferventes qu’elle ont été portées par la magie visuelle de Robert Lepage, l’un de nos plus grands écrivains scéniques, un amoureux de la poésie et de la musique qui a posé son regard vif et lucide sur le courage des esclaves et leur résilience.

La violence publique qui se déchaînait sur les spectateurs en face du TNM ce soir-là offrait un tel contraste avec le message de réconciliation qui se faisait entendre sur scène que j’ai senti le sol basculer sous mes pieds.

Cette bascule culturelle est devenue sociale, politique !

Une nouvelle théâtralité

La censure infligée à Lepage, à Bonifassi et à toute la troupe a provoqué une vague jusqu’à Avignon où artistes, directrices et directeurs de théâtre m’ont posé la question : « Mais que se passe-t-il au pays du Québec ? »

En effet, la majorité des spectacles présentés dans le festival aurait pu être taxée d’appropriation culturelle, car ces productions exploraient la liberté d’oeuvrer sur des territoires multiples, artistiques et géographiques.

J’ai vu un Sénèque emprunter à l’opéra rock ses sonorités kitsch, j’ai vu des artistes de Lille s’éclater dans l’univers de l’auteur américain Don DeLillo, j’ai vu des acteurs de la troupe d’Ivo Van Hove faire l’amour sur Wild is the Wind de Nina Simone. J’ai vu des transgenres jouer des transgenres et cela aussi était bien !

Bref, toutes et tous se sont éclatés sur le territoire de jeu libre qu’est la scène, et ce, pour notre plus grande joie, car s’inventait sous nos yeux une nouvelle théâtralité qui nous invitait à échapper aux règles parfois trop rigides de notre époque.

Que Robert Lepage invité par cette femme monument du théâtre qu’est Ariane Mnouchkine ait eu l’idée de faire entendre l’histoire de nos Premières Nations sur l’illustre scène du Théâtre du Soleil puis en tournée internationale, démontre son attachement pour la culture autochtone. Michel Nadeau, qui fut engagé comme auteur et dramaturge sur ce projet ambitieux, a livré un vibrant plaidoyer en faveur du processus de création. Arianne Mnouchkine a défendu avec fougue et sincérité sa collaboration avec Robert Lepage, qui s’annonçait prometteuse.

Je n’ajouterai pas ma voix à celles qui ont déjà condamné l’absence d’artistes noirs dans SLĀV ou de créateurs autochtones dans Kanata, mais je tiens à affirmer que je rejoins entièrement le point de vue de Lepage qui défend la liberté de l’artiste de prendre la peau de l’autre. C’est là que le coeur battant du créateur prend tout son sens. C’est dans cette ouverture à la différence qu’on pourra s’affranchir de la violence au lieu de la subir !

L’art de la transformation

Ce qui est révoltant pour moi, c’est que dans l’urgence de la situation amplifiée par les récriminations qui pleuvent de toutes parts, l’on oublie le rôle fondamental du théâtre que défend magistralement Robert Lepage et qui repose sur l’art de la transformation, de la communication, de l’échange et du partage.

On vient de tuer dans l’oeuf une création que personne n’avait vue et ne verra jamais en niant complètement la pertinence de son contenu. Idem pour SLĀV qui, au cours de sa brève existence, a frustré des milliers de spectateurs désireux de partager avec les artistes leur révolte face à l’esclavage. Comment peut-on condamner un propos que l’on ne connaît pas ? Là aussi, je sens le sol basculer sous mes pieds.

Cette bascule culturelle est sociale, politique !

Après ces tremblements de corps, de coeur et de voix, je rêve d’un après où le respect et la tolérance régneront sur ce que nous avons de plus précieux, la liberté d’expression.

Soixante-dix ans après le Refus global, cette réplique d’Yvirnig dans Les oranges sont vertes, de Claude Gauvreau, est d’une actualité désarmante : « La censure, c’est le rasoir gigantesque rasant au niveau du médiocre toute tête qui dépasse ! La censure, c’est la camisole de force imposée au vital ! »

37 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 14 août 2018 05 h 53

    J'applaudis

    Vous levez le rideau, frappez trois coups du cœur et jouez le retour du vital devant le Québec.

    C’est beau. C’est grand. Ça me soulève.

    Debout, les bras portés haut, j'applaudis parce que vous rasez les censeurs.

  • Robert Morin - Abonné 14 août 2018 06 h 50

    Mais alors...

    ...pourquoi a-t-on annulé les représentations de SAV et pourquoi le TNM a-t-il fait son acte de contrition public? Les signataires du Refus global avaient très certainement une colonne vertébrale plus ferme et solide il y a 70 ans...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 août 2018 08 h 00

      En effet, il y a 70 ans, les signataires du Refus Global ont posé un geste politique en toute connaissance de cause des remous qu'ils et elles allaient provoquer. Aujourd'hui, que la seule existence de spectacles comme SLAV et Kanata soit un objet de polémique est interprété comme une « bascule » sociale et politique dont il faudrait pouvoir se prémunir en se plaçant sous l'aile protectrice du respect et de la tolérance. Cette frilosité es d'autant plus inquiétante si on considère qu'en effet la malheureuse conjonction de circonstances qui ont conduit à ces annulations n'a plus grand chose à voir avec le rasoir de la censure dont Gauvreau parlait à raison.

    • Hélène Paulette - Abonnée 14 août 2018 09 h 19

      Dans les deux cas, monsieur Morin, le couperet est venu des USA (annulation d'un artiste américain qui aurait pu faire boule-de-neige au FIJM et retrait d'un important commanditaire américain pour SLÀV) à qui nous sommes largement inféodé pour cause de show business ou, comme on dit ici, d'industrie culturelle lourdement commanditée. Après avoir sacrifié les mesures sociales à l'économie, nous passons maintenant l'art à la moulinette...

    • Jean-François Trottier - Abonné 14 août 2018 10 h 01

      M. Maltais Desjardins, en tant que censeur vous la posez un peu.

      Vous vous drapez dans la vertu avec une aisance qui dit comment VOUS, et vous seul, savez distinguer le bien et le mal.

      Le mal surtout, hein, puisque de bien vous ne soufflez mot. Jamais.
      C'est en général la caractéristique des "casseurs d'opinion" veulent polariser toute question autour de leurs propres fixations morbides, par exemple "nous on est le bons" et les aut' c'est toutte des mononc'. Plus exclusif que ça...

      La bascule sociale n'est pas la polémique.
      Elle est dans du fait que quelques blancs incapables de survivre à leur propre malaise identitaire ont un besoin pathologique d'étiqueter tout pour être sûrs d'être les bons.

      La meute en est un autre exemple connu. Les extrêmes se rencontrent.

      Demandez-vous sérieusement comment vivre l'appropriation culturo-politique des problèmes des noirs en se posant en leur porte-parole. C'est déplacé en ta. Faudrait la décence de les laisser parler par eux-mêmes, à moins qu'on les en juge incapables ?

      Je parle du confort suffisant de la position des censeurs, qui ne laisse aucune place au doute.

      Rien de plus facile que de condamner, surtout en parlant d'uin passé qu'on se complait trop souvent à nier.
      Le Refus Global avait et a encore une portée culturelle que vous refusez d'admettre à la moindre évocation. Autrefois tout autant on a condamné le Refus Global pour raisons de catéchisme, qui diffère du vôtre mais a la même portée insignifiante.

      Le gros, gros, gros bon sens aurait voulu que l'on convie tous les gens à un dialogue pendant et suivant le spectacle pour que tous finissent pas se sentir à l'aise et respecté. Ce ne sont pas les censeurs qui auraient essayé, hein!

      Dans les faits vous vantez le travail de gens qui ont érigé des barricades morales et créé de la frustration partout... et rien fait d'autre.

      Je vous prie de me croire, personne ne remet en question votre identité. D'accord, vous êtes un "bon".
      Vous avez moi

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 août 2018 10 h 05

      Vous avez raison, madame Paulette, mais ce n'est pas du tout cela que madame Pintal évoque, justement.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 août 2018 10 h 41

      Monsieur Trottier, je passerai vite sur vos ignobles attaques personnelles. Elles ne déshonorent que vous. Mais juste au cas où quelqu'un d'autre aurait compris de travers, je ne nie pas du tout la portée culturelle et sociale et politique du Refus Global, ni ici, ni ailleurs, ni jamais. Par ailleurs, je ne crois pas qu'on ait le choix entre crier à la censure et se ranger, autrement, dans le rang des censeurs. Je vous laisserai en juger tout seul au gré de vos humeurs.

    • Jean De Julio-Paquin - Abonné 14 août 2018 10 h 49

      M.Morin,
      Je suis d'accord avec vous. Il est dommage que madame Pintal après avoir désavoué Lepage et pris toute la mesure des leçons de Slav, écrive cette lettre dans un acte maintenant de contrition. Je ne la crois pas sincère. Son mal est déjà fait.

    • Jean-François Trottier - Abonné 14 août 2018 11 h 17

      "Cette frilosité es d'autant plus inquiétante si on considère qu'en effet la malheureuse conjonction de circonstances...".
      Mon oeil. Relisez-vous.

      Je m'appuie sur vos paroles, qui refusez le moindre explication cuturelle à notre société.

      Quant à votre "conjonction de corconstances". vous omettez de dire comment elle a été opportune pour quelques-uns. Elle n'est certainement pas maljheureuse pour ceux qui sont en manque de reconnaissance,

      Je vous ai vu nier le fait évident de l'analphabétisme, défendre le multiculturalisme comme si votre vie en dépendait, et ici faire des nuances basées sur une histoire que vous réécrivez.

      Ce que Gauvrau disait, entre autres et après bien d'autres, c'est que l 'art doit inquiéter.

      A contrario, l'art qui n'inquiète pas est du divertissement. Confondre les deux est d'autant plus facile quand on veut se poser en juge.

      Je vais plus loin. La culture inquiète, par définition.
      Une culture qui n'inquiète pas est morte et de vos nombreuses interventions j'ai déjà noté que c'est ce que vous souhaitez, que la culture n'inquiète surtout pas. Mettre le couvercle.
      Il est sain de se sentir mal à l'aise dès qu'on parle de culture. C'est forcément ardu.
      D'autre part tout ce qui n'est pas dit finit par sortir tout croche. C'est ce à quoi on a assisté dernièrement sous l'impusion de quelques personnes tellement sûres d'avoir raison, mais tellement raison!

      Ce n'est pas dans le passé seulement que la culture dérange. Arrêtez de fabuler, ça va aider.
      Le rasoir est de toutes les époques. Votre exclusion est spécieuse.

      Le voilà, votre malaise identitaire : dans VOTRE utilisation abusive sinon élitiste du mot "frilosité", bien appuyée par The Gazette évidemment, dans un bel esprit de colonisé.
      Liée aux accusations de racisme de QS, dont vous vous réclamez, on ne peut se tromper sur le sens y accordé.

      Patinez tant que vous voulez maintenant. J'ai autre chose à faire.

  • Raynald Rouette - Abonné 14 août 2018 07 h 09

    « Cette bascule culturelle est sociale, politique »!

    Cet été il s’est produit je dirais, deux cassures sociales.

    Au Canada en 1982, tout est devenu politique. Pour s’assurer que le Québec rentre dans le rang d’une simple province comme les autres, tous les moyens ont été pris.

    Ça a donné, la loi sur le multiculturalisme et la charte canadienne des droits et libertés. L’équivalence de deux camisoles de force ou entraves pour le Québec.

    Alain Deneault a bien raison de dire: « Le Canada un projet colonial réussi »!

    • Luc Archambault - Abonné 14 août 2018 17 h 21

      Alain Deneault erre en prétendant que le Cda est un projet colonial réussi. Pour qu'il le soit, encore eut-il fallu qu'il parvene à emporter l'adhésion des colonisé,es que nous serions. Or, il est loin du compte. Pour parvenir à s'mposer, il lui a fallu toujours le faire, de la Conquête à aujourd'hui, de force & d'autorité impériale contre le libre gré démocratique des victimes de leurs abus coloniaux ignobles. L'Empire le plus puissant de toute l'Histoire de l'Humanité est depuis la Conquête parfaitement incapable d'obtenir le clair OUI démocratique du Peuple Souverian du Québec. Contrairement par exemple l'Australie, pareillement sous tutelle britanique.

      Là, Le Peuple Souverian d'Australie dispose d'un État validé par référendum par Le Peuple, depuis... je vous le donne en mil... 1901 ; à peine ± 30 ans après l'imposition de l'AANB | Acte d'Amérique du Nord britannique adopté par le seul parlement de Westminster à Londres en 1867. Ici, l'État illégitime du Royaume de la Couronne canado-britannique a disposé de 117 ans pour obtenir le clair OUI référendaire des Québécois,e. Or, les partisans de telle Couronne ignoble et indigne s'en sont toujours bien gardés, parce qu'ils savaient que si la question avait été posée, c'eut été NON. Ils s'en gardent toujours bien aujoud'hui parce qu'ils savent que si la question était posée ce serait encore et toujours NON.

      On est loin de la réussite! On peut même à bon droit plutôt parler d'immense échec et d'abracadabrantesque fiasco qui n'a aucune espèce d'avenir fertile.

      En effet, aucune dictature coloniale n'a pu s'imposer durablement contre la volonté libre d'un Peuple. Pourquoi donc en serait-il autrement de l'État illégitime du Royaume de la Couronne britano-canadian puisque malgré son immense ascendant, sa titanesque force, il a été incapable de nous faire disparaître comme il a tenté désespérément de le faire depuis 259 ans après qu'aux lendemains du 13 sept. 1759 s'impose dans Québec la loi martiale britanique.

  • Philippe Dubé - Abonné 14 août 2018 07 h 42

    Posture coloniale

    Après de nombreuses semaines de débat sur la question épineuse de l'appropriation culturelle, on comprend mal que Madame Pintal s'insurge devant la "censure" faite à la sacro-sainte lliberté de création sans jamais se demander comment et pourquoi des pans complets d'autres cultures n'ont jamais même eu droit de parole sur leur propre destinée. Faire les gorges chaudes sur un état de fait qui n'est pas le sujet de l'enjeu en présence m'apparaît être un cas d'une 'surdité culturelle' grave à l'égard d'une question qui est pourtant au coeur du colonialisme. Lire à ce propos, "Le portrait du colonisé, précédé de Portrait du colonisateur" de Albert Memmi.

    • Cyril Dionne - Abonné 14 août 2018 08 h 23

      Cher M. Dubé,

      Personne n'a interdit aux Premières Nations de présenter leur version de l'histoire. Tout le contraire. Mais faut-il vous rappelez que l'art et le théâtre ne sont que des façons de communiquer en autant d'une part, que l'écoute active soit au rendez-vous. Pour cela, les gens doivent trouver des affinités culturelles et artistiques avec les spectacles présentés sinon, ils iront voir ailleurs. C’est bien beau de présenter des spectacles à 100% autochtone, mais si personne n’est là pour regarder et écouter, est-ce qu’ils feront un bruit? Ici, c’est sans parler de la rentabilité économique de la production.

      Les autochtones ont leur propre chaîne de télévision, APTN et toute une panoplie de moyens de communications pour faire passer leur message, le tout, payé par les généreux contribuables. Mais de cela, on n’en parle pas. Ils présentent des productions autochtones, tout en anglais évidemment, la langue de leur conquérant, que personne ne visionne, écoute ou regarde. Et personne ne parle d’appropriation culturelle encore une fois.

      Nous ne sommes pas les colonialistes; regardez plutôt vers Ottawa et le ROC. Et c’est aberrant qu’au nom d’une certaine rectitude politique, on restreint la liberté d’expression des créateurs comme Robert Lepage. Mais a y penser, si ce dernier ne s’affichait pas comme un souverainiste convaincu, est-ce qu’il y aurait eu un brouhaha de la part de nos rebelles anglo-saxons orangistes sans cause de Concordia et d’ailleurs et nos éternelles victimes autochtones qui parlent la langue de Don Cherry du ROC? Posez la question, c’est y répondre.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 août 2018 09 h 12

      Vous êtes dans le champ.

      Selon le dirigeant du Conseil des Arts du Canada « l'appropriation des récits, des façons d’être et des œuvres d'art des autochtones est tout simplement une continuité du colonialisme et de l'affirmation de ses droits sur la propriété des peuples autochtones ».

      Je souligne le mot appropriation, car il renvoie à une usurpation de la part d'un propriétaire de ce qui appartient à un autre propriétaire.

      SLÂL n’en fut pas. Pas plus d’ailleurs KANATA.

      Il s’agissait précisément de mettre à nue ce type d’appropriation dans divers pays du monde concernant SLÂL et au Canada concernant les peuples autochtones.

      Fallait-il recourir aux expropriés et aux expropriateurs pour que les pièces soient plus réalistes ?

      Non dit Mme Pintal, car le théâtre ne s’approprie pas de biens. Il révèle, au travers d’auteurs et de comédiens, des drames pour en faire prendre conscience.

      Par vos propos, vous refusez que le théâtre le fasse, comme M. Brault, le DG du Conseil des Arts, qui refusa de financer KANATA parce qu’il révélait le drame vécu par les Nations autochtones au Canada.

      L’art est un théâtre politique. Et la politique n’aime pas être mise à nue.

      Cela dit, Mme Pintal a vu SLÂL et a compris le message. L’avez-vous vu ?

    • Hélène Paulette - Abonnée 14 août 2018 09 h 29

      Monsieur Dubé, on ne prend pas la parole en en censurant une autre! Vous inventez une polémique qui n'existe pas.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 août 2018 09 h 56

      Il n'y a aucune mesure entre la censure qui sévissait à l'époque du Refus Global et la conjonction de facteurs de tous ordres qui ont entraîné l'annulation des deux spectacles. En attirant dramatiquement le regard de ce côté-là, qu'elle le veuille ou non, madame Pintal renvoie à la marge cela même qui est l'objet de la sollicitude des artistes impliqués. Cette protestation contre une censure imaginaire n'est que la contrepartie de la revendication d'un privilège dont la moindre mise en cause est aussitôt interprétée comme une interdiction. Posture de la victime.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 août 2018 10 h 45

      Par vos propos laissez-vous entendre, M. Maltais Desjardin, que vous prenez la posture d'un censeur inimaginable que serait le CAC ?

      C'est ce que laissent entendre vos propos.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 août 2018 11 h 12

      Merci de la question, monsieur Bariteau. Nous nous entendrons aisément pour dire que de ne pas accorder une subvention à un projet ne constitue pas forcément un désaveu de celui-ci. Ce qui cause malaise, c'est l'engagement très explicite du CAC envers les autochtones, dont l'esprit a tout récemment commandé la mise sur pieds de programmes dédiés au CAQ. Dans une économie de rareté, ce qu'on donne aux uns (je ne parle pas que d'argent), on l'enlève forcément aux autres. Si on veut favoriser l'émergence d'une parole plus authentiquement autochtone, il est fort probable que ce soit au détriment d'autres initiatives qui pour ne pas originer de là n'en serait pas automatiquement dénuées d'intérêt, même pour les autochtones. On ne refait pas une santé à un coureur en l'asseoyant dans une charette tirée par un marathonien. Opportunisme ou volonté de réparation ? Attitude proactive ou censure ? Je réserve mon jugement. Cependant, je ne vois pas pourquoi vous utilisiez le mot « inimaginable ». Si c'est pour suggérer qu'à mes yeux, il serait impensable que le CAC soit asservi à une volonté politique, ce serait me supposer un angélisme bien pitoyable. Je n'ai pas oublilé le saccage opéré à la SRC par Harper et je n'ai pas été par la candeur de madame Joly et les niaiseries vestimentaires de celui qui porte le nom de quelqu'un.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 14 août 2018 11 h 38

      @ C. Bariteau...pourquoi écrivez-vous SLÂL ? Peut-être l'avez-vous déjà expliqué ? du polonais ?

    • Hélène Paulette - Abonnée 14 août 2018 12 h 08

      Monsieur Maltais Desjardins, les signataires du Refus Global furent à peu près tous congédiés. N'est-ce pas ce qui est arrivé aux artistes de Slàv? Et les artistes qui ont travaillé en pure perte sur Kanata n'ont-ils pas subi un préjudice? N'est-ce pas ce qui est le plus grave?

    • Gilles Roy - Abonné 14 août 2018 12 h 10

      Sur APTN (signalé par M. Dionne) : Y a-t-il des gens qui regardent la série 1491? De l'idéologie pur beurre bien sûr, mais qui témoigne néanmoins de la façon (édifiante) dont les leaders autochtones et autres alliés «culturalistes» aimeraient que l'on recompose désormais le monde. Reste la question qui tue : les autochtones regardent-ils eux mêmes la série, produite à grands frais? C'est que d'habitude, les intentions didactiques de la télévision militante peinent à intéresser, même les convertis à la cause.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 14 août 2018 13 h 41

      @ P. Dubé ? professeur titulaire/ département des sciences historiques de l'UdeLaval ? Ces deux livres dont vous nous suggérez la lecture, furent écrits par un franco-tunisien-juif. «Le "colonialiste" fait, du paysan-libre et héréditairement attachée au sol qui l'a vu naître, un "colonisé" constamment soumis et humilié, un être amené et.. condamné à se conformer aux dictats de l'assimilation et de l'aliénation culturelle.»

      C'est ce qui se passe au Québec depuis plus de 250 ans. Nous résistons toujours...mais il faut plus, il faut combattre cette nonchalance...Un combat qui n'aura de cesse que lorsque nous aurons un Pays.

      Madame Pintal faisait des gorges chaudes!?...À mon avis, une relecture de son texte serait de mise.

      Aujourd'hui...cette aliénation culturelle se retrouve dans toutes les sphères de notre société québécoise. L'Art... du théâtre québécois en fait présentement les frais. La censure et l'ingérence de certains médias à la botte de commanditaires sans scrupules le démontrent bien. Demain...ce sera quoi? Déjà que notre langue subit de plus en plus les ravages du "colonialisme" anglais et américain: la nonchalance des immigrants venus s'installer au Québec ...sous tutelle "canadian".... qui choisissent l'anglais , faute de contraintes assez fortes et rigides. Sans parler de l'indifférence-crasse de nos politiciens québécois pourtant élus pour voir à notre propre survie et, à notre épanouissement en tant que peuple.

  • Bernard Terreault - Abonné 14 août 2018 08 h 48

    Hélas

    Si SLAV ou Kanata étaient produits avec les moyens du bord et présentés à des spectateurs qui payaient 100% des coûts de production et de la rémunération des artistes, ils n'auraient pas pu être censurés par les autorités. Critiqués, discutés ou louangés, peut-être, mais pas censurables d'après nos lois. Mais dès lors que l'artiste est subventionné, que ce soit par l'État ou par des mécènes, il n'est plus libre. C'est ''la loi d'airain'' de l'économie.

    • Luc Archambault - Abonné 14 août 2018 17 h 00

      C'est si simple que c'en est simpliste... l'artiste n'est pas suventionné en l'État actuel, ni par l'État ni par les mécènes ni par les spectateur,trices. Ce sont les théâtres, compagnies de théâtre, les productions, les diffuseurs et les médias qui le sont, nuance ! Et, les spectateur,trices aussi peuvent censurer un spectacle, avec leurs pieds, en ne s'y prensentant pas, c'est la loi d'airain de l'économie. Le problème de la censure donc ne serait pas réglé si ni l'État ni les mécènes ne financaient les productions artistiques.

      Tout ça pour quoi donc ? Pour dénoncer le fait que l'État et les mécènes investissent dans les production artistiques ? C'est ça ?

      Or ça, c'est un tout autre débat qui n'a rien à voir avec la censure. Le ramener ici est tout sauf pertinent et fertile.