Arabie saoudite: Trudeau fait preuve d’une incompétence culturelle flagrante

«Comment peut-on croire qu’on puisse imposer nos valeurs du jour au lendemain dans un pays où l’on vient à peine d’autoriser les femmes à obtenir leur permis de conduire un véhicule?» s'interroge l'auteure.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Comment peut-on croire qu’on puisse imposer nos valeurs du jour au lendemain dans un pays où l’on vient à peine d’autoriser les femmes à obtenir leur permis de conduire un véhicule?» s'interroge l'auteure.

Sanctions économiques, étudiants rappelés et liaisons aériennes annulées : l’Arabie saoudite ne décolère pas devant l’appel de Chrystia Freeland, ministre des Affaires internationales du Canada, à la libération de Samar et Raif Badawi. Le gouvernement Trudeau, de son côté, maintient sa position et reste ouvert au dialogue.

Conséquences d’un exemple flagrant de l’incompétence culturelle du gouvernement Trudeau : un manque total de sensibilité dans l’approche d’une situation aiguë qui exigerait, d’une part, de mettre en avant une action distincte et prioritaire à court terme pour libérer Samar et Raif Badawi et, d’autre part, un plan d’intervention à long terme visant l’éducation à la démocratie, plutôt que de condamner le gouvernement saoudien en matière de protection des droits de la personne.

Bien sûr, on connaît les priorités de notre politique étrangère fondée sur notre Charte des droits et libertés. Une charte « canadienne » de laquelle s’inspirent nos valeurs culturelles et l’animation de notre démocratie en sol canadien, mais peut-on vraiment l’exporter ?

Comment peut-on croire qu’on puisse imposer nos valeurs du jour au lendemain dans un pays où l’on vient à peine d’autoriser les femmes à obtenir leur permis de conduire un véhicule ? Cette nouveauté semble illustrer une ouverture de l’Arabie saoudite à l’égard des droits des femmes au sein de la société saoudienne. Peut-être aussi que les Saoudiens en avaient tout simplement marre d’être les constants chauffeurs de ces dames… Reste à voir l’évolution juridique des droits des Saoudiennes…

À la suite de cet incident diplomatique, le gouvernement Trudeau se dit ouvert au dialogue. Mais comment s’y prendre pour entamer un dialogue interculturel sur des sujets aussi délicats liés à la politique interne d’un pays ? Par ailleurs, les répercussions de cet incident ne se limitent pas à nos seules relations avec l’Arabie saoudite, elles s’étendent à un ensemble de pays où les droits de la personne ne sont pas respectés comme nous l’entendons.

Le Canada prétendrait-il se faire le défenseur des droits de la personne sur la planète ?

Si c’est le cas, on doit clarifier notre politique étrangère dans ce domaine, élaborer un plan stratégique d’intervention diplomatique à long terme — en partenariat avec nos alliés — ciblant des objectifs éducationnels et promotionnels auprès de certains pays ouverts à considérer l’implantation d’un modèle démocratique nord-américain. Peut-être est-ce déjà fait ? Prière de nous en montrer les succès…

Le processus sous-tend que notre gouvernement détient les compétences culturelles nécessaires à la persuasion et à la négociation. Utopie ou chimère ?

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