Des élections remplies de coups bas au Québec

Une coalition syndicale a placardé dans plusieurs villes des affiches qui assimilent les politiques du PLQ à celles de la CAQ.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Une coalition syndicale a placardé dans plusieurs villes des affiches qui assimilent les politiques du PLQ à celles de la CAQ.

Il y a une grande utilisation de la tricherie et des techniques douteuses pour convaincre la population dans la précampagne électorale qui a cours au Québec. La tricherie électorale vient de largement y dépasser le stade des appels automatisés. La transgression des normes généralement reconnues des campagnes électorales semble actuellement être la règle plutôt que l’exception pour ces élections provinciales. Que ce soit par excès de zèle ou par calcul politique assumé, de nombreux membres de partis politiques semblent aussi prendre un malin plaisir à jouer hors des normes acceptées.

La droite et la gauche se rejoignent sur ce point. Alors que des membres de la droite lançaient le site Internet Québec Fier qui dénonce les libéraux, une coalition syndicale a placardé dans plusieurs villes des affiches qui assimilent les politiques du PLQ à celles de la CAQ. Devant la multiplication des sites et individus faisant la promotion ou dénonçant une option politique, le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence s’inquiète. Des sites Internet publient des propos disgracieux, diffamatoires, homophobes, racistes ou xénophobes. Certains de ces propos contreviennent à une ou à plusieurs lois et attaquent personnellement des individus. La dérive en est rendue à un tel niveau que ce centre de prévention lève le drapeau rouge pour signaler les possibles dérapages que pourraient entraîner ces campagnes d’opinion partisane reposant beaucoup plus sur le calcul politique que les faits.

Il faut dire que l’exemple vient du gouvernement lui-même. Bien avant le début des élections, les préposés aux communications du gouvernement du Québec ont dénoncé une tentative de les transformer en des « instruments de propagande politique ». C’est que le Conseil exécutif leur avait envoyé des lignes directrices pour mieux faire passer le message d’austérité du gouvernement Couillard. Le président de leur syndicat, Richard Perron, dénonçait les cinq guides qui leur avaient été remis et qui fournissaient les réponses à donner s’ils étaient interrogés par les journalistes. Les tentatives créatives du gouvernement pour influencer l’opinion publique ont continué. Les partis d’opposition ont par la suite dénoncé le budget du gouvernement Couillard du 22 novembre 2017 qui offrait des baisses d’impôt et plein de bonbons électoraux pour différentes clientèles cibles. Ce budget a de plus été promu avec une campagne publicitaire agressive et à saveur électorale, ce qui en faisait de la publicité pour le Parti libéral payé par les fonds publics.

Danger de triche

La nomination du propriétaire de L’actualité à la présidence de la campagne électorale du Parti libéral, Alexandre Taillefer, a par la suite aussi amené son lot d’indignation. Ce média emploie un agrégateur de sondages aux méthodes qui ont été publiquement mises en doute. En fait, la pratique même de faire des sondages avant les élections peut être remise en question puisqu’elle peut inciter au vote stratégique ou créer un effet d’entraînement au lieu de demander de voter en fonction de ses convictions, ce qui devrait être la norme. En démocratie, la population est censée avoir droit à une information impartiale et équilibrée pour faire des choix éclairés. Or, beaucoup de médias au Québec ont des biais qu’ils ne laissent pas toujours paraître. Rappelons à ce sujet que Radio-Canada n’est pas un organisme neutre et exempt de pressions politiques. Selon ses règles de fonctionnement, ses émissions d’affaires publiques doivent refléter le Canada comme nation et évoquer les avantages sociaux, économiques, culturels et politiques de l’appartenance à la communauté canadienne. Ce média n’est donc pas neutre dans une lutte qui oppose, comme actuellement, des partis fédéralistes à d’autres souverainistes.

Le danger de triche est partout et doit être pris en compte. Le Directeur général des élections du Québec se disait récemment préoccupé au sujet des entreprises Internet qui amassent et vendent des données personnelles sans respecter la vie privée. Dans le passé, il a été démontré que ces informations ont servi à faire de la propagande électorale. Il n’est pas dit que cela ne se fera pas durant ces élections au Québec. Si tous ont le droit à leur opinion, elle doit cependant être considérée avec un recul critique par ceux qui les lisent ou les entendent. Comme la vraie campagne électorale n’est pas encore commencée, beaucoup d’autres exemples de tricherie risquent de faire surface d’ici le 1er octobre.

25 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 10 août 2018 05 h 25

    Pour mériter mieux que...

    Nous acceptons largement de tricher dans nos vies pour arriver à nos fins.
    C'est ce que je vois autour de moi au quotidien. Mais peut-être est-ce autrement de votre côté ?
    Alors, comment notre société (et combien d'autres avec elle ?) pourrait-elle condamner des partis politiques pour leurs pratiques alors qu'ils snt remplis de gens cherchant à arriver à leurs fins ?

    Pour ma part, arrivé dans la jeune soixantaine, je n'ai jamais accepté de voter pour quelqu'un en qui je n'avais pas confiance. Et cela, tout parti confondu.
    C'est dire, oui, que j'ai donc plusieurs foist annulé mon vote...

    Pour mériter mieux que ce qu'on nous présente comme représentants élus, faudra peut-être un jour se réveiller et réfléchir sur nos propres valeurs et comportements individuels ?
    Non ?

    Tourlou !

  • Serge Picard - Abonné 10 août 2018 07 h 47

    Danger de triche

    Est-ce qu'il y a danger de triche lorsque le parti libéral utilise des centaines de million en fonds publics pour soupoudrer des subventions à vitesse grand V sachant maintenant que les élections arrive à date fixe pour promouvoir sa réélection?

    • Cyril Dionne - Abonné 10 août 2018 11 h 45

      D'accord avec vous que le PLQ est un grand joueur lorsque vient le temps de tricher pour se réélire de la même façon qu'il le fait pour amasser des fonds pour faire ses campagnes électorales. Il n’y a pas un parti politique plus corrompu que celui-là.

      Ceci étant dit, est-ce que les gens ont assez de jugeote pour comprendre que les promesses qui sont faites en politique et surtout lors d’une campagne électorale ne sont qu’illusoires ? Tous les partis trichent de cette façon, mais les libéraux et Québec solidaire en sont les champions. Lorsque les promesses sont trop belles, c’est qu’elles n’arriveront jamais à bon port.

      Pour QS, ils promettent l’apparition de quotas pour la parité homme/femme, le droit de vote aux immigrants qui ne sont pas des citoyens, de limiter le nombre voitures en circulation, de nationaliser la plupart des industries, les régimes d’épargne retraite et créer une banque nationale, de réduire la semaine de travail, la division du territoire québécois (Autochtones, anglophones francophones) est maintenant devenu possible et la gratuité scolaire de la maternelle à l’université sans aucune balise. Ils ne vivent pas sur la même planète que nous.

      Philippe Couillard avait fait 158 promesses durant la dernière campagne mais avait occulté le fait que les deux premières années de son mandat allaient être consacrées à l’austérité des dépenses publiques. Et seulement la moitié de ses promesse ont vu le jour. On peut penser aux super-cliniques, de l’augmentation de l’ordre de 4% dans les dépenses en santé et en éducation et enrayer la maltraitance envers les aînées ou les personnes ayant une déficience dans les établissements de santé publics et privés qui ont été occultées de son mandat.

  • Gilbert Talbot - Abonné 10 août 2018 08 h 54

    Coups hauts et coups bas

    Merci M. Gourd, vos avertissements sont bienvenus à l'orée d'une nouvelle campagne électorale. De vieux coups et de nouveaux vont surgir de ces partis rompus aux magouilles en tout genre. Moi je m'attends aussi à des coups hauts en originalité et en créativité. La campagne de Catherine Dorion et Sol Zanetti dans Taschereau en est déjà un bel exemple. Les attrapes-nigauds vont attraper les nigauds, mais j'ose croire qu'au Québec il n'y en a pas trop.

  • Gilles Bonin - Abonné 10 août 2018 08 h 57

    Bon on en est là...

    Les unes et les nouvelles prémonitoires ...

  • Nicole Delisle - Abonné 10 août 2018 09 h 50

    Qui ne le sait pas encore?

    Toute campagne électorale, à quelque niveau que ce soit, est avant tout une suite de déclarations plus ou moins exactes pour d’abord éblouir les électeurs, les attirer dans le giron d’un parti, pour ensuite les faire déchanter une fois que celui-ci est élu, faute d’avoir déclaré leur vrai agenda et dit leurs vraies intentions.
    Qui voterait pour un parti qui dirait ce qu’il en est vraiment de ses intentions, telle une austérité libérale qui a mis le Québec à genoux plutôt que de le faire évoluer? Si le peuple avait su vraiment dans quoi on les embarquait avec eux au pouvoir, le choix il y a quatre ans aurait-il été le même? Le phénomène va se reproduire inévitablement cette fois-ci. Alors qu’un changement est souhaité pour la plupart d’entre nous, combien se laisseront prendre au jeu de la » nouveauté » d’un parti pour en faire l’essai et voir si ce sera mieux? Mais si nous voulons vraiment ne pas perdre au change encore une fois, encore faut-il comprendre que «nouveau »ne veut pas dire meilleur pour la société. Ce « nouveau » qu’a-t-il vraiment à proposer dans son programme? Est-ce que cela correspond à nos valeurs, à ce que l’on désire au niveau social? Le Québec avancera-t-il ou reculera-t-il encore plus? Nous proposera-t-on un vrai projet de société où chacun quel qu’il soit y trouvera son compte? Le projet favorisera-t-il seulement les biens nantis de notre société en délaissant les démunis? Veut-on gérer le Québec comme une grosse entreprise privée où l’argent est maître à bord? On n’administre pas un pays comme une grosse »business »! Alors, portons notre réflexion plus loin et renseignons-nous avant de tomber dans les pièges de la campagne électorale! Lisons les programmes politiques, renseignons-nous, ne nous laissons pas berner par les beaux parleurs et les faux crieurs de
    bonnes nouvelles, soi-disant travaillant pour notre bien! Car ceux-là veulent justement VOTRE bien! Restons lucides et intéressons-nous à ce qui nous est proposé. Ayons les yeux ouverts