Paul Gérin-Lajoie: un politique authentique et un idéal inspiré à une nouvelle génération

Paul Gérin-Lajoie n’a jamais baissé les bras; il nous rappelle constamment que l’éducation est la mère de toutes les libertés.
Illustration: Tiffet Paul Gérin-Lajoie n’a jamais baissé les bras; il nous rappelle constamment que l’éducation est la mère de toutes les libertés.

Paul Gérin-Lajoie aura été l’un des hommes politiques les plus authentiques du Québec moderne. Un homme en qui on aura eu confiance depuis sa première élection en 1960.

Il n’a jamais trompé ni déçu tous ceux qui lui avaient fait confiance et qui, dans sa suite, ont appuyé son engagement en faveur de l’éducation comme force libératrice des préjugés, de la bêtise et de la pauvreté.

On a tellement connu de politiciens qui sont venus à la vie publique pour se satisfaire eux-mêmes ou pour cultiver leur ego, plutôt que de véritablement contribuer à l’amélioration de nos conditions de vie commune, qu’il vaut la peine de souligner l’apport d’un homme comme Gérin-Lajoie, qui demeura intègre et n’a jamais cessé de se dévouer à la cause de l’éducation et de la culture, et ce, jusqu’à 98 ans, bien après avoir démissionné comme député en 1969. Il est certainement un être hors du commun.

On a tellement vu de ces politiciens qui, après avoir fait la leçon du désintéressement pendant leur mandat, n’ont d’autres priorités, après leur retour à la vie privée, que de vouloir profiter de leur nom ou d’exploiter les réseaux qu’ils se sont créés pendant leurs années de vie publique. Il y en a beaucoup, de ces émules, c’est certain, et il est facile de les reconnaître. Mais la politique, ça peut aussi être noble, rester propre et être salvateur. Il n’est pas vrai que toute la politique est sale et veule. À travers ce magma, il y a des lueurs de vérité et de probité. Paul Gérin-Lajoie est resté égal à son engagement d’origine et l’a toujours servi avec dignité et intégrité, autant ici, au pays, qu’en Afrique par la fondation qu’il a mise sur pied et partout où sa voix pouvait porter.

Paul Gérin-Lajoie est le héraut d’un engagement public exemplaire et le modèle à citer. Il est un exemple probant pour contrer le cynisme de notre temps et servir d’inspiration aux nouvelles générations.

J’aurai eu la chance de le connaître en 1963, à l’époque du projet de loi 60 qui proposait de créer un ministère de l’Éducation au Québec et de laïciser la gestion de l’enseignement. Depuis 1875, le système d’éducation était devenu l’apanage de l’Église, qui s’en était emparée après la défaite du premier ministre Pierre-Joseph-Olivier Chauveau. C’est ce dernier qui avait créé le premier ministère de l’Instruction publique en 1868, juste après la Confédération de 1867. Chauveau, un homme de lettres, avait assumé personnellement le poste de ministre de l’Instruction parce qu’il jugeait que c’était pour l’heur l’initiative la plus urgente du premier gouvernement du Québec.

Chauveau croyait en l’éducation comme force de libération des esprits, comme occasion de s’ouvrir sur le monde et de se défaire de l’ignorance dans laquelle trop de ses compatriotes se trouvaient. Paul Gérin-Lajoie a repris le flambeau, près de 100 ans plus tard, pour permettre au Québec moderne de rattraper son retard et de mieux mettre à profit toutes ses ressources humaines.

Un idéal

Mais ce qu’il a aussi fait de remarquable, c’est d’avoir transmis un idéal à toute une nouvelle génération de jeunes qui faisaient alors leurs premières classes dans l’action publique étudiante. Il a suscité l’émergence d’un groupe de jeunes leaders étudiants, et sa détermination à réformer le système les a poussés à défendre plus que leur intérêt personnel et à s’engager directement à améliorer la condition générale de toute une société. Les Bernard Landry, Pierre Marois, Michel Vaillancourt, Serge Ménard, Robert Gratton, Achille Tassé, Chantal Gagnon, Denise Bombardier, Michael McAndrew, Michel Pelletier, Denis de Belleval et plusieurs autres étaient inspirés par l’action énergique et révolutionnaire de Paul Gérin-Lajoie. Lui mordait le fer, nous, nous ébranlions les certitudes.

Le 2 juin dernier est décédé dans l’anonymat le Dr Jacques Mackay, président en 1962 du Mouvement laïque de langue française, un groupement formé de têtes fortes comme Jacques Godbout, Yvette Beaumans, Camille Laurin… qui intervenaient aussi sur la place publique dans ce grand débat sur l’éducation qui cherchait à redéfinir les bases du cadre social du Québec pour les ajuster aux besoins de la liberté de pensée.

Il est triste de constater l’absence de tout témoignage public de reconnaissance au Dr Jacques Mackay quand notre devise est toujours « Je me souviens ».

Le legs de Paul Gérin-Lajoie nous appartient et il est loin d’être clos : 53 % des Québécois seraient des analphabètes fonctionnels, dont 20 % ne savent ni lire ni écrire n’ayant aucun accès direct aux ressources écrites de l’intelligence ou de la science, et ne sont même pas en mesure de remplir le formulaire d’obtention du permis de conduire ! Le flambeau est là : qui prendra vraiment la torche pour libérer les esprits de l’ignorance, de l’à-peu-près et du « t’sé ben » ? Une plaie béante dans notre fierté nationale, un signe distinctif d’une société qui vit très bien avec sa honte et qui n’a d’autre choix que de se rattraper.

Paul Gérin-Lajoie n’a jamais baissé les bras ; lui, comme P.-J.-O. Chauveau, nous rappelle constamment que l’éducation est la mère de toutes les libertés. Si seulement ses funérailles nationales pouvaient servir de réveil à ceux qui nous gouvernent et sombrent dans l’indifférence tranquille.

21 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 9 août 2018 04 h 24

    L’éducation est la mère de toutes les libertés.

    Merci monsieur Serge Joyal pour ce beau témoignage à Paul Gérin- Lajoie, le père de l'éducation au Québec, qui nous inspire par son dévouement à la cause de l'éducation et de la valeur du service public comme une profession noble.
    En 1967, je venais juste d'arriver à Montréal, une jeune émigrée diplômée en littérature anglaise et pleine d'enthousiasme pour le service public.
    Grâce à l'ouverture et à la vision de Paul Gérin-Lajoie pour une éducation publique pour tous, j'ai été engagé tout de suite comme enseignante au secondaire, par la Commission catholique de Montréal où j'ai travaillé jusqu'à ma retraite. Je lui dois tout mon respect et mon admiration pour avoir laïcisé l'éducation québécoise.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 9 août 2018 21 h 54

      "pour avoir laïcisé l'éducation québécoise".

      Au milieu du 19e siècle, nos ancêtres francophones, au Québec, brûlèrent leurs écoles plutôt que d’avoir à payer des taxes pour les entretenir.Éépisode nommé «LA Guerre des éteignoirs ».Pour avoir SURTOUT démocratisé l'enseignement, oui! Ce n'est pas Gérin Lajoie qui a laïcisé. Sauf erreur, la religion et la pastorale sont disparues des écoles , beaucoup plus tard,. avec Pauline Marois.

      Il faut rappeler que, avant la réforme Gérin Lajoie en éducation, ce sont des religieux et religieuses qui tenaient le fort. Sans eux, nous serions assimilés: il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain! Mais, les études avancées étaient le lot d'une infime minorité réservée en très grande grande partie aux garçons. Avec la démocratisation de l'Éducation, les femmes qui étaient une infime minorité dans les universités, en 1959, sont en majorité dans nos universités,en 2018.

  • Yvon Bureau - Abonné 9 août 2018 07 h 11

    Une utopie

    Que le budget de l'Éducation devienne égal ou supérieur au budget de la Santé.

    Gratitude infinie à VOUS, Paul Gérin-Lajoie. Bienvenue chez les VIVANTS du passé, grand VIEvant!

  • Rose Marquis - Abonnée 9 août 2018 07 h 37

    Hommage à M. Paul Gérin-Lajoie

    Voilà un texte que j'apprécie presque entièrement, je m'explique: il y a une fin de phrase ''..mieux mettre à profit toutes ses ressources humaines.'' que je n'aime pas car je déteste que l'on réduise les citoyens et citoyennes d'un pays à des ressources humaines comme si l'éducation ne servait qu'à fournir des ''ressources humaines''. Je crois que M. Gérin-Lajoie en créant le ministère de l'Èducation visait à former de véritables citoyens et citoyennes.

  • Gilbert Talbot - Abonné 9 août 2018 07 h 45

    Il y a eu aussi le frère Untel

    Avec Gérin-Lajoie, il y a eu aussi cet anonyme représentant des frères enseignants, le frère Untel, qui par ses "insolences" a secoué l'apathie québécoise face à une langue de plus en plus joualisée. Il fut aussi l'artisan constructeur des programmes des premiers cégeps. Je m'en souviens!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 9 août 2018 20 h 13

      Je suis arivé en éducation, en septembre 1960. "Les Insolences du Frère Untel" parues en septembre 1960. C'était de la dynamite, surtout pour l'époque.Quant à moi, il a sorti le tapis rouge pour M. Gérin Lajoie: il a lancé le besoin d'une réforme. Imaginez, en 1960, un "petit Frère D'Alma, qui osait critiquer les autorités poliques et religieuses. Un "petit Frère" qui critiquait le cardinal Léger, les évèques, ses supérieurs de communauté.Cette dernière l'enverra "se calmer" en Europe où il décrochera un doctorat en philosophie. Il reviendra au Québec, par après, et ira travailler quelques années au Ministère de l'Éducation, à la Direction de l'enseignement collégial. Le frère Jean Paul Desbiens a occupé une place majeure dans la réforme de l'Éducation.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 9 août 2018 08 h 10

    Il ne faut pas exagérer tout de même...

    Cet homme a laissé un héritage au système de l'éducation. La création d'un Ministère fut une réponse positive même si le clergé était opposé. La disparition du cours classique fut une erreur et les écoles dites polyvalentes ont coûté cher. Des sommes d'argent fut dépensées pour équiper ces écoles en atelier avec du matériel qui dort dans les entrepôts. La situation actuelle exigerait un autre Gérin-Lajoie pour donner un second souffle à l'éducation. Proulx n'est qu'un beau parleur... Nous gardons un souvenir de Gérin-Lajoie et aussi de son épouse Andrée Papineau qui l'a secondé.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 9 août 2018 18 h 19

      Je suis heureux diplôme du collège classique. IL fallait les faire disparaître pcq il fallait démocratiser.Je suis un heureux retraité de l’éducation, niveau secondaire. J’ai vécu le tout de 1960 à 1993.D’ailleurs, je dois à feu MONSIEUR Gérin Lajoie l’obtention d’une bourse de perfectionnement, dite d’excellence, qui m’enverra me perfectionner, à plein temps, de 1963 à 1965, à l’UDM.Il manqquait de profs, de conseillers en orientations, d'orthopédagogues, de psychoéducateurs PARTOUT!

      Bien sûr, que, dans les premières années du nouveau système, il y eut des essais et erreurs : cela était normal pcq il fallait créer, inventer….et corriger. Notamment l’exploration d’atelier et l’enseignement de métiers dans à peu près toutes les « polyvalentes ». Cela a été corrigé, par après : maintenant l’enseignement de métiers est centralisé. En fait, les écoles dites « polyvalentes », en 2018, sont rares, pcq n'ont plus d'enseignement de métiers. Au début des années 1970, nos écoles secondaires manquaient de locaux tellement elles recevaient de très nombreux élèves; il leur a fallu trouver des solutions pratiques : les derniers baby boomers allaient à l’école.

      D’autre part, il faut rappeler la parution du livre du Frère mariste Jean Paul Desbiensl, en septembre 1960 : « Les Insolences du Frère Untel ». Ce livre a connu un succès très retentissant au Québec et a, quant à moi, lancé le besoin d’une réforme en éducation; je pense qu'Il a facilité les choses pour le futur Ministre de l'Éducation!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 9 août 2018 18 h 36

      "La situation actuelle exigerait un autre Gérin-Lajoie pour donner un second souffle à l'éducation"

      Non, il ne faut pas dramatiser! Il ne faut pas tout changer : il faut donner des services dans les écoles.La CAQ fait une Grosse erreur en voulant faire disparaître les Commissions scolaires : arrêtons de jouer dans les structures et concentrons-nous sur les services.

      Dans notre société pluraliste de 2018, pas facile de faire l’unanimité sur l’Éducation. Les problèmes de nos écoles publiques actuelles sont causés, selon moi, par 2 facteurs 1-une certaine détérioration sociale : l’enfant-roi, le parent-roi, une certaine attitude de certains parents, quand ce n’est une non implicationl: les gens de la DPJ sont débordés dans plusieurs régions. Vous savez que, quand l’enfant en est rendu à sa 3e ou 4e mère, son 3r ou 4e père……2-L’écrémage dû aux écoles privées subventionnées et aux concentrations, pour élèves forts, offertes dans beaucoup d’écoles secondaires publiques; cela fait en sorte que les autres élèves du régulier, au public, sont moins stimulés.