Ne pas se tromper de combat

Il aura suffi de quelques voix pour faire dérailler deux productions.
Illustration: Tiffet Il aura suffi de quelques voix pour faire dérailler deux productions.

Le Conseil des arts du Canada a, il y a environ deux ans, refusé de subventionner le projet Kanata au motif qu’il n’y avait pas d’Autochtones d’impliqués directement dans la production, tant dans l’élaboration de la fable que dans la distribution, alors qu’il y serait abordé la condition historique des peuples aborigènes en Amérique. C’était déjà là une décision hautement problématique qui a fait peser des exigences hétérodoxes sur un projet en imposant à ses responsables la participation obligatoire d’Amérindiens : faut-il en déduire qu’Ariane Mnouchkine et Robert Lepage n’avaient pas encore fait suffisamment leurs preuves en tant que créateurs sensibles à la diversité ? On sent donc monter en provenance de ce cénacle Canadian une âcre odeur d’idéologues, très éloignée de l’arm’s length policy à l’origine de l’instauration d’agences gouvernementales pour soutenir les artistes. Cette approche instaure à mon sens un climat malsain de rectitude politique — comme au temps du sinistre « réalisme socialiste » —, laquelle impose son ordre symbolique d’en haut au nom d’une autorité autoproclamée « qui veut notre bien » : il s’agit en d’autres mots d’une instance censurante.

On peut chercher à ménager la chèvre et le chou en déplaçant le débat vers les questions politiques de domination « blanche » sur les peuples autochtones ou les communautés noires ; comment nier que c’est là un terrain parfaitement légitime dans l’espace citoyen où de tels combats peuvent et doivent être menés ? Sachons ne pas nous tromper de combat, car, ici, on a préféré se livrer à une attaque consternante sur des créateurs en les chargeant en tant que boucs émissaires d’une situation globale de spoliation (appelée « appropriation culturelle ») dont on les accuse d’être les complices : Mnouchkine a bien raison de parler d’une tentative d’intimidation puisque, dans les circonstances, le dialogue soi-disant souhaité ne pouvait pas être vraiment productif, car il fallait convenir sine qua non de l’inclusion obligatoire de « représentants autochtones » dans un processus créateur, alors que cela signifiait en fait qu’il devenait légitime d’attribuer un droit de veto ne serait-ce qu’à un seul interlocuteur (comme Webster qui, une fois consulté pour SLĀV, a jugé qu’on ne l’avait pas écouté !).

Petits commissaires des peuples

Faudra-t-il s’en remettre dorénavant à de petits commissaires des peuples autochtones ou des communautés noires et autres, chargés de surveiller les artistes en train de répéter et, selon leur bon vouloir, d’avoir le privilège exorbitant de les blâmer en ameutant l’opinion publique contre eux ? Il y aurait beaucoup à dire aussi sur l’équivalence pernicieuse faite entre le théâtre et le cinéma (ou la télé), où prévaut la vraisemblance dans la personnification des rôles racisés ou genrés. Le théâtre, quand il s’éloigne de la convention dite réaliste, est justement un lieu où les personnages peuvent présenter une apparence autre que celle annoncée par un nom, une catégorie ethnique ou une fonction, et qui n’est nullement tenue de se prétendre « réelle » : les objets, les gestes et les costumes suffiront à cerner une identité fictive et, dès lors, Hamlet pourra être joué aussi bien (à talent égal) par un Noir, une Wallonne, un Huron-Wendat, une Japonaise ou… Laurence Olivier. Vouloir prescrire un contenu fictionnel ou une distribution selon des critères propres à telle minorité (visible ou non) ou à tel ou tel groupe d’intérêts constitue un déni de la libre représentation du monde.

En somme, il aura suffi de quelques voix pour faire dérailler deux productions en entraînant dans leur entreprise toute une communauté (pas seulement la leur), prise alors en otage. Quelle insoutenable attitude réactionnaire, c’est-à-dire contraire à tout ce qui a été conquis en tant que libertés d’expression et de création ! Nul ne souhaite, bien entendu, soustraire quiconque à la critique et, en tant que tel, j’ai émis par le passé des réserves très sévères sur certains spectacles de Lepage. Toutefois, si on a un désaccord avec les choix d’un créateur, on devrait le faire sur pièce, une fois que l’objet artistique est rendu public, pas en amont, et certainement pas selon des diktats qui relèvent de la bien-pensance. Il m’apparaît inquiétant d’avoir à rappeler de telles évidences…

Un dernier mot adressé à tous ceux et celles qui ont estimé que, dans ces « affaires », Robert Lepage l’a bien cherché et qu’il n’a eu que ce qu’il mérite, car de bonnes âmes l’avaient généreusement mis en garde… À ces gardiens de la vertu artistique, je réponds que les souffrances subies et les douleurs ressenties par quiconque ne peuvent servir de caution à des interdictions ou à des comportements punitifs à l’endroit de quiconque. Résistons à toute solution qui implique la contrainte en matière d’art, et laissons la délibération ouverte à tous suivre son cours.

22 commentaires
  • Pierre Macduff - Inscrit 2 août 2018 00 h 08

    CENSURE, FAÇON 2018

    L’auteur nomme avec acuité les forces en présence dans l’annulation des représentations de Slāv et du projet Kanata. La censure dont elles ont été l’objet n’a pas encore connu écho en Europe, ce qui ne saurait tarder, notamment pour Kanata, porté par deux figures emblématiques du théâtre de la fin du XXe siècle en Occident. Mnouchkine a été la première récipiendaire, en 1987, du Prix Europe pour le Théâtre, créé par l’Union européenne afin de récompenser les personnalités ou institutions théâtrales qui ont «contribué à la réalisation d’événements culturels déterminants pour la compréhension et la connaissance entre les peuples»; Lepage l’a obtenu, en 2007, à l’instar de Peter Brook, Giorgio Strehler, Heiner Müller, Robert Wilson, Pina Bausch, Patrice Chéreau qui, tous, ont marqué l’histoire du théâtre, de la danse ou de l’opéra par, notamment, le caractère humaniste de leurs réalisations. Imagine-t-on le tollé qu’aurait suscité, en 2018, une production de Pina Bausch interdite de soutien ou retirée de l’affiche parce que sa distribution n’aurait pas inclus des danseurs russes pour un projet de relecture du Sacre du printemps vu son sous-titre «Tableaux de la Russie païenne en deux parties»? L’exemple est grotesque à dessein mais le grotesque revient en force, notamment dans le discours du directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada, Simon Brault ― digne successeur du juge Vadeboncoeur qui présidait le Conseil des arts de la Région Métropolitaine de Montréal au moment d’interdire Les fées ont soif. Ce dernier exigeait des théâtres qu’ils soumettent préalablement les textes des créations pour éviter que le langage estimé ordurier de certaines pièces du terroir n’offense des spectateurs. En 1978, le président du CARMM se défendait d’exercer une censure : les compagnies n’étaient pas tenues de demander une subvention, mais si elles choisissaient de le faire, elles devaient respecter la politique du Conseil, plaidait-il… La bien-pensance de 2018 ne p

  • Gabriel Laverdière - Inscrit 2 août 2018 06 h 51

    Merci

    Merci M. David pour ce texte qui dit tout ce que je pense depuis le début de cette catastrophe. Il fallait bien le dire, ces vertueux inquisiteurs sont des réactionnaires en costumes, des vandales de l'art. Étonne de voir des gens et peuples libres saborder leurs propres créations avant même qu'elles existent, alors qu'ailleurs dans le monde (et ici et ailleurs à d'autres époques) c'est l'État qui s'en charge, avec les mêmes atours vertueux, le même coup de marteau bienveillant. Par ailleurs, je suis heureux de vous voir soulever l'embarrassante sortie de Webster, que je respectais, auparavant: être consultant ne donne pas l'autorité de dicter au créateur là où il doit poser son pinceau. Quelle audace! Et cette Maïtée Labrecque-Saganash qui, après s'être plainte de la pièce encore inexistante, se lamente de son annulation, accusant au passage Lepage d'être "lâche" et de n'avoir pas suivi les bons "conseils" des protestataires, qui souhaitaient "bonifier" son oeuvre. Quelle audace faut-il pour penser pouvoir bonifier l'oeuvre d'un Lepage? Est-ce de l'audace, de l'hallucination ou une possession idéologique? Le silence des artistes face à cette affaire a été assourdissant. J'espère que ceux et celles qui n'ont pas osé parler quand il le fallait ne gémiront pas trop lorsqu'on fera mourir leur propre travail avant même que quiconque ait pu juger par soi-même de sa valeur.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 août 2018 10 h 18

      D’accord avec vous M. Laverdière.

      Il ne faudrait pas inclure tous les Autochtones et tous les Noirs avec les petits groupes d’anarchistes comme les Webster, les Maïtée Labrecque-Saganash et les Autochtones anglophones du ROC, qui ont pratiqué de l’intimidation, des menaces voilées et du chantage pour faire annuler deux pièces de théâtres. De la même façon qu’il ne faut inclure tous les musulmans dans l’équation islamiste terroriste, on ne devrait pas refaire les erreurs du passé. Mais deux actions négatives ne produisent jamais un résultat positif. Nous ne sommes pas dans le domaine des mathématiques mais bien dans les relations humaines.

      Pour les bien-pensants et donneurs de leçons de la très Sainte rectitude politique, oui ceux qui se disaient Charlie hier, sont devenus ce qu’ils reprochaient aux djihadistes. Lorsque le véritable dialogue n’est pas au rendez-vous et que les négociations ne sont qu’un prétexte pour donner l’apparence démocratique, la censure et l’autocensure ne sont jamais très loin pour les créateurs et les artistes. Comme dans les dictatures de droite ou de gauche et dans les théocraties, les dogmes et les doctrines doivent être suivis à la lettre sinon il y a toujours des conséquences. Vouloir réécrire l’histoire de la domination colonialiste anglo-saxonne en s’en prenant aux Québécois n’était pas très brillant hier, ne l’est pas aujourd’hui et pour demain, il risque d’avoir des conséquences que nos belligérants n’ont pas anticipé.

      Ariane Mnouchkine et Robert Lepage ont préféré annulé Kanata que de faire de la politique d’apaisement parce que la liberté d’expressions artistique, c’est sacrée pour un artiste. C’était courageux vu les coûts encourus dans un domaine où les gens ne font pas partie du 1%. Mais, on ne négocie jamais avec un fusil sur la tempe.

  • Pierre Macduff - Inscrit 2 août 2018 06 h 59

    La fin du texte allait comme suit :"La bien-pensance de 2018 ne porte plus sur la condamnation de la nudité sur scène (« Quand ça bouge, c’est indécent » ― les Ballets africains, 1967), du « joual » (subvention non-accordée aux Belles-sœurs, pour une présentation à Paris, 1972) ou de l’image jugée profanatrice d’une icône de la chrétienté (Les fées ont soif, 1978). Elle renaît sous d’autres idéologies, avec des visées de prime abord plus nobles mais néanmoins similaires, au final : jeter l’interdit sur ce qui ne cadre pas avec les valeurs du moment."

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 août 2018 09 h 37

      Il faut pourtant le répéter : si un interdit a été jeté sur ces oeuvres, c'est au manque de moyens de leurs auteurs qu'il faut en attribuer la cause en dernière instance. Prétendre qu'elles ont été censurées par l'effet de la réprobation pas forcément brillante, du reste, c'est appeler une censure morale dont les créateurs n'auraient pas besoin si nos grands défenseurs de l'Art mettaient plus de zèle à fréquenter les oeuvres qu'à instrumentaliser des controverses bidons pour mousser leurs argumentaires à l'encontre des minorités « tyranniques » téléguidées par le complot multiculturaliste néolibéral canadian. Que le monde des arts profite bien de l'occasion qui lui est offerte de se trouver une petite place dans le choeur des victimes : avec les élections qui se pointent, nos créateurs ne vaudront à nouveau pas mieux qu'une toute petite cocarde que les nationalistes réactionnaires recouvreront sans même y penser en portant leur main sur le coeur pour leur salut au drapeau.

    • Claude Bariteau - Abonné 3 août 2018 07 h 26

      M. Maltais-Desjardins, les fonds pour Kanata ont manqué 1) parce le CAC a refusé de subventionner ce projet de théâtre dont les acteurs étaient une troupe chevronnée sous la direction de Mme Mnouchkine, 2) parce que des commanditaires américains se sont récusés après des critiques venant de porte-parole autochtones qui voulaient que le projet soit réaligné selon leurs vues, prenant ainsi le volant des mains des coproducteurs et co-auteurs.

      Mais, pour vous, tout ça c'est seulement une question d'argent, aucunement une décision d'imprimatur d’un organisme canadien, ni un retrait de l’investissement engagé de dirigeants à la suite d'interventions de porte-parole reprenant les arguments du CAC.

      Le problème ainsi défini -pour bien argumenter, vous savez très bien que l'art consiste à cadrer le problème selon nos vues-, vous vous retournez et apostrophez non les créateurs mais les « défenseurs de l’Art » qui ont la manie de s’en prendre à la tyrannie des minorités qu’ils estiment propulsés par un complot du multiculturalisme canadien.

      Du coup, voilà blanchis le CAC et les porte-parole et noircis les défenseurs de l’Art et de la liberté d’expression. Vous le faites parce que pour vous estimez un incontournable l’obligation faite aux organismes canadiens par la charte des droits et libertés de faire la promotion du patrimoine multiculturel canadien.

      Ce serait même une position honorable dont les effets collatéraux ne sont que des accidents de parcours sur le chemin vertueux pavé par M. Trudeau en 1982, hélas grossis ad nauseam par des « nationalistes réactionnaires »

      Jamais vous ne dites toutefois que M. Trudeau a agi de la sorte pour intégrer au reste du Canada les Québécois et faire d’Ottawa, comme l’a souligné Kenneth McRoberts, la capitale d’une véritable « nation » : la canadienne ce qui implique qu’il n’y en a pas d’autres, seulement des réactionnaires et quémandeurs au statut d’ayants droits, que n’ont pas les promoterus de l’Art.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 août 2018 09 h 21

      Non, monsieur, je ne dis pas que ce sont « seulement » des questions d'argent. En revanche, ce que j'entends ici ad nauseam, c'est que toute cette saga serait à comprendre sur le fond du complot multiculturaliste canadien, qu'on caractérise chaque fois en le rapportant à la conception du Canada de Trudeau comme s'il avait eu l'insigne pouvoir non seulement d'écrire tout seul la charte canadienne sans compromis, ce qui est faux et comme s'il avait eu sur les « canadians » un tel ascendant que les mobiles de leurs actions pouvaient chaque fois être réduits à ses sombres visées, ce qui est absurde. Je vous l'ai déjà dit, monsieur, en tout respect, je crois que vous vous êtes enfermés (notez le pluriel) dans un récit où le réel ne trouve grâce qu'à titre de péripétie d'une histoire où il doit trouver impérativement son sens.

      Concernant le CAC, même s'il va de soi pour vous (et votre récit) que je ne peux que le « blanchir », je réserve mon jugement puisque je ne me suis pas donné comme vous la peine d'analyser ses règles de subventions ni de quelles façons elles ont été appliquées. Je reconnais volontiers qu'il est investi d'une mission de promotion de l'unité canadienne, mais je suppose qu'on s'opposerait vivement et ni plus ni moins légitimement à ce que le CALQ supporte régulièrement des productions hostiles à l'affirmation nationale du Québec, pour dire le moins.

      Ce qui est réactionnaire (et désolé pour ceux qui ne se privent pas de personnaliser comme ils me reprochent de le faire), c'est cette manière toute manichéenne de tracer les contours du terrain et d'enjoindre à chacun de choisir son camp du bon côté des choses, dont on se réserve la garde. Ce ne sont pas le défenseurs de la liberté d'expression que je vise, mais ceux qui prétendent en user seuls de manière légitime à l'encontre de ceux qui n'adhèrent pas à leur vulgate politique.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 août 2018 09 h 54

      Je précise, histoire de vous épargner une objection : le rôle joué par Trudeau, ce serait plus d'avoir synthétisé dans sa personne, son discours, son action une mouvance canadienne qui n'en aurait pas eu tant besoin. Peut-être, mais si justement on se garde de brandir des figures emblématiques, on a aussi accès à des lectures moins caricaturales. Ainsi, au-delà de l'estimation que du profit ou des pertes que chacun acteurs pouvaient estimer au lendemain de '82, il y a les effets objectifs. Je ne dis pas qu'ils soient bons pour le Québec, seulement que c'est futile de pointer du doigt les conspirateurs pour les mesurer.

    • Jean-François Trottier - Abonné 3 août 2018 10 h 18

      M. Maltais Desjardins, les "nationalistes réactionnaires" (tiens! je n'avais plus vu cette expression depuis mes discussions avec les gens d'En Lutte.) se préoccupent avant tout de la base de la culture.
      Pas des drapeaux, pas plus le vôtre qu'un autre.

      La culture d'un peuple comprend tout ce qui se vit, et se mesure à ses différences avec les autres peuples. Elle comprend entre autres ingrédients essentiels la langue. Pas trop compliqué ? Merci.
      L'art est, en terme généraux encore, est la culture qui s'affiche, qui se met en évidence. Ça va chez vous ?

      Attention, on passe au verset politique.
      Le portrait-type des plus démunis au Québec est : français, unilingue, analphabète fonctionnel. Pauvre parce que français, parce qu'unilingue et parce qu'analphabète.

      Le premier relève d'un racisme larvé.
      Le second découle de ce racisme comme une barrière.
      La troisième découle du racisme aussi, et garantit que cette génération, commes les 10 précédentes, ne s'en sortira pas, et pas plus la suivante.
      Des trois, la pire est la troisième.

      Elle touche 50% de la population environ. Ce 50% n'est pas également réparti du tout, du tout. Il est francophone. Ça nous fait environ 60% des francophones, ça. C'est pas asez pour vous ça ?
      L'omission est le pire des mensonges. Ne vous noyez pas dedans.

      Maintenant,
      qui est le "sale" réac? Celui qui n'a que les classes sociales en bouche suivant Marx et société monolithique, ou celui qui tient compte de Marx dans un contexte que celui-ci n'a jamais connu, i.e. un apartheid ignoré sciemment par les colonisés?

      Pour prétendre s'occuper des démunis, faut connaître leur condition, pas nier le problème.
      Encore moins insulter les gens en général parce qu'ils se préoccupent, eux, des vrais pauvres, pas de théories fumistes.

      Enfin,
      selon vous l'importance d'une oeuvre se mesure à son audience. "Acheter c'est voter", hein?
      Utiliser les "lois du marché" pour avoir raison! Jusqu'où irez-vous ?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 août 2018 15 h 01

      Jusqu'où j'irai ? Guère plus loin que le début de votre texte, même si j'en ai lu tous les mots, y compris ceux où vous répétez une fois de plus légende urbaine concernant le présumé analphabétisme fonctionnel de 50% de la population du Québec (et ne vous fatiguez pas à citer la fondation québécoise, qui a lu de travers les études). Je vous laisse à « vos » pauvres. Je suis sûr qu'ils vous sauront gré de votre vertu.

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 2 août 2018 09 h 04

    «Ne pas choisir, c’est encore choisir» (Jean-Paul Sartre)

    À quelques exceptions près, le Devoir a singulièrement manqué de courage dans toute cette polémique entourant la censure de SLAV et de KANATA. Pourtant quand il s’agissait de défendre la liberté journalistique, il n’y avait pas de termes trop durs pour dénoncer les détracteurs de la liberté d’expression.

    Avant d’être à la direction du Devoir M. Myles en 2015, jugeait qu’il n’y avait «rien de plus critique et incisif qu’une bande de journalistes»! Aujourd’hui, en 2018, où se trouve «le sens critique et incisif» qui faisait du Devoir une «bande à part» face aux autres fatras médiatiques?

    Bien des lecteurs du Devoir ont le sentiment d’être devant une bande de feuillistes, ignorants de ce que signifie véritablement la censure, incapables de choisir, de voir que la liberté d’expression passe non seulement par la liberté de la presse mais également par la création artistique.

    L’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture reconnait et dans cet ordre:
    Le droit à la création sans censure ni intimidation; le droit au soutien à la diffusion et à la rémunération des activités artistiques; le droit à la liberté de circulation; le droit à la liberté d’association; le droit à la protection des droits sociaux et économiques; le droit à la participation à la vie culturelle.

    Or, ces droits furent bafoués et comme vous le dites si bien M. Gilbert: «il aura suffi de quelques voix pour faire dérailler deux productions en entraînant dans leur entreprise toute une communauté (pas seulement la leur), prise alors en otage. Quelle insoutenable attitude réactionnaire, c’est-à-dire contraire à tout ce qui a été conquis en tant que libertés d’expression et de création!»
    Serait-ce question de lâcheté?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 août 2018 10 h 06

      Le Devoir est volontiers accusé d'avoir donné trop de place à ces « quelques voix ». Peut-être, mais ce n'est pas la faut de Brian Myles si seules « quelques voix » se sont élevées parmi les artisans, bien discrètes et timides, abritées elles aussi dans ces pages. Cela pour ne rien dire des « quelques voix », toujours les mêmes et disant toujours les mêmes choses dans les pages de commentaires, bien plus occupées à huiler leurs moulins à prières pour la prochaine campagne anti CAC, anti QS, anti PLQ, bref pro-on-sait-quoi.

    • Raymond Labelle - Abonné 2 août 2018 11 h 41

      Peu importe ce qu'on pense du sujet, impliquer qu'une opinion sur celui-ci n'est qu'un prétexte de campagne électorale imminente relève du procès d'intention gratuit. Et même si c'était vrai pour certaines personnes, ça ne l'est peut-être pas pour toutes et, de toute façon, ça n'est pas pertinent: seule la substance du sujet est important.

      Par exemple, si quelqu'un de QS mentionne quelque chose sur un sujet donné, même si elle le faisait en pensant à la campagne, ce qui nous intéresse c'est quel est le meilleur point de vue sur le sujet. Si ça fait une bonne discussion, pourquoi pas? Les campagnes devraient aussi servir à stimuler la délibération publique (on l'espère en tout cas). Et d'autres personnes indépendantes pourraient avoir la même opinion sur le sujet sans penser à la campagne.

      Présumer des intentions au-delà de qui est affirmé revient à prétendre être doué de télépathie.

    • Gaétan - Inscrit 2 août 2018 15 h 21

      Merci pour cette lettre d'une justesse implaccable. Il semble bien y avoir une errance au Devoir...

    • Claude Bariteau - Abonné 3 août 2018 07 h 57

      M. Maltais, votre goupillon asperge bien les Myles et les quelques hardis défenseurs des vues canadiennes, dont la vôtre, avant tirer vos cartouches de gel de poivre sur des prétendus supporters d’un parti politique dont le chef fut le seul à s’exprimer en faveur de la liberté d’expression.

      Vous répétez votre point de vue quasi au quotidien, comme le fait Radio-Canada sur tout le territoire du Québec, question d’y véhiculer ses visées montréalaises et parvenir à cloner les Québécois et des Québécoises selon les vues de M. Trudeau, que McRoberts (1999) a clairement mis en relief en expliquant que le projet politique de M. Trudeau visait, entre autres, à intégrer les Québécois (dans la tête de l’auteur il s’agissait des « ex-canadiens-français ») au Canada « grâce au bilinguisme officiel, à la Charte des droits, au multiculturalisme et au principe de l’égalité des provinces ».

      Alors, quand vous aspergez, vous bénissez les supporters du projet Trudeau et quand vous tirez sur desdits nationalistes rétrogrades, vous faites comme Radio-Canada et plusieurs médias en quête de subventions déguisées en appui à la liberté de presse bousillée par les Appel et Netflix de ce monde.

      Le nationalisme rétrograde revient en force avec la CAQ et a servi le PLQ de 2003 à aujourd’hui. Il faudrait vous remettre à jour. Chez QS, ce nationalisme est aussi ciblé parce qu’il ramène des habitants du Québec dans un passé bien connu. Le seul problème avec le PQ est qu’il n’ait pas encore trouvé comment penser le pays du Québec avec ses habitants de toutes origines, ce qui témoigne qu’il cherche hors du cadre discrédité par M. Trudeau comme de celui qu’il a créé pour faire de ces habitants des Canadiens.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 août 2018 08 h 52

      Monsieur Bariteau, je constate que vous n'appréciez pas qu'une de très peu de voix vienne troubler, si peu que ce soit, le bel ensemble avec lequel les habitués se confortent mutuellement dans cette chambre à échos qu'est devenu l'espace commentaires de ce journal. Je le regrette mais ne m'en excuserai pas et si je commets ici ou là quelques outrances, je ne pense pas qu'elles ajoutent tant à toutes celles qu'on lit, venues du bon côté des choses.

    • Claude Bariteau - Abonné 3 août 2018 09 h 47

      Je n'ai pas dit que je n'apprécie pas ces voix. Elles existent et je ne reproche pas à leurs auteurs de dire ce qu'ils soutiennent. Je ne vous fait d'ailleurs aucun reproche personnel et je ne cherche pas à lire vos excuses. J'ai seulement mis en contexte les propos.

      Comme vous, je n'apprécie pas les approches qui sont un réquisitoire anti-Québec. M. Trudeau a voulu stopper la montée de revendications venant du Québec qu'il a associée à un nationalisme étroit en imaginant qu'il avait tout du duplessisme, qu'il a combattu dans Cité Libre. Il l'a fait partagée par M. Pearson et par le PLC puis s'est activé à modifier le cadre constitutionnel canadien mais aussi, avec raison, l'imaginaire d'élites auto-proclamées au Québec qui ont mis d el'avant le concept des deux nations fondatrices.

      Cela étant, il reste qu'il est parvenu à ses fins en faisant un compromis pour obtenir l'appui des provinces ddu centre en insérant l'article 33 aprèss'être assuré que légalement il pouvait se passer du Québec, car il estimait le représenter.

      Ce sont des faits d'histoire, reconnus par M. Trudeau qui, à la retraite, a estimé avoir été trop loin. Qu'il ait été trop loin ne change rien à l'existence du cadre qu'il a mis en place.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 août 2018 10 h 06

      Merci, monsieur Bariteau. Vous le savez, pour moi, l'introduction de l'article 33 était davantage qu'un compromis, puisqu'il tempérait l'application de la majorité des articles centraux de la charte en préservant le privilège législatif de toutes les juridictions : fédérale et provinciales. Vous le savez aussi, pour moi, si cette concession a été accordée à la demande des provinces de l'Ouest, c'est au bénéfice du Québec qu'elle a agi, quels qu'aient été leur intention. Dans la suite des choses, les gouvernements québécois se sont retrouvés dans la très inconfortable situation d'utiliser les prérogatives de la loi de '82 en lui reconnaissant chaque fois de facto une légitimité qu'ils lui déniaient formellement. Ainsi le ver s'insinue peu à peu dans le fruit...

      Vous dites que Trudeau a reconnu être allé trop loin? Vous m'intéressez.

  • Solange Bolduc - Inscrite 2 août 2018 10 h 06

    La révolte gronde, tenez-vous le pour dit!

    Lorsqu'on a connu les pensoionnats, qu'on a subi tant d'interdits de la part de ces lieux occultes, sinon ténébreux, où la religion tenait lieu d'avertissements sévères contre les mauvaises actions des pensionnaires, ou la déséobéissance à la Loi, loi souvent contre nature, il va sans dire, et que les prélats imposaient le silence sur à peu près tout, l'enfermement de soi étant la règle de survie, je me demande si ces biens pensants de la rectitude politique actuelle, qui règnent en petit nombre, il faut le dire, mais affolent un grand nombre de citoyens, n'ont pas attrapé la maladie de nos curés d'antan : celle d'un autoritarisme basé sur le Vide, la puissance du contrôle de l'autre pour mieux assouvir leurs fantasmes ou leurs grossières petiteses.

    Porter le chapeau de l'autorité, de manière aussi déconcertante, interdire par besoin maladif de se faire entendre, alors qu'on refuse d'entendre la voix créatrice de l'autre, sa liberté d'être et de dire à sa façon, c'est fomenté une révolte qui, pour l'instant gronde dans le fin fond de la conscience collective, mais un jour, trouvera le moyen d'éclater au grand jour, en criant:

    «Le siège du virus rabique n'est pas dans la salive seule.» OU «Tu vas voir ce qui va te tomber sur la râble», ce qui va t'arriver (de fâcheux)»

    En attendant, la colère gronde dans le sang de celui qui l'on croit vaincu, mais refuse de courber l'échine !

    Sortons le gong de la colère, qu'il percute la conscience collective !