250 ans de résilience en Acadie

La municipalité de Clare, au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, compte aujourd’hui un peu plus de 8000 habitants, francophones à 73%, soulignent les auteurs.
Photo: Jean-Sébastien Évrard Agence France-Presse La municipalité de Clare, au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, compte aujourd’hui un peu plus de 8000 habitants, francophones à 73%, soulignent les auteurs.

Dans une boutique du village francophone de Saulnierville, en plein centre de la municipalité de Clare, au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, on peut se vêtir de la marque Acadian Strong — ou mieux encore : Acadie Fort. Nonobstant l’agrammaticalité du calque, le message passe.

Curieux tout de même, ce t-shirt qui proclame la force de l’Acadie tout en présentant, à son dos, une image de la Déportation des Acadiens en 1755. Le traumatisme historique reste-t-il vif à ce point-là ?

Pour les gens d’ici, cet appel à la résilience résonne de façon particulière en ce moment où se célèbrent 250 ans de vie acadienne en Clare.

Clare, c’est un bout de territoire adossé à l’étincelante baie Sainte-Marie, nommée par Champlain en 1604. Autrefois surnommé « la Ville française », le secteur est flanqué de deux villes anglophones. Sa présence acadienne remonte aux lendemains du Traité de Paris de 1763, lorsque les autorités britanniques permirent le retour des proscrits, exilés ou emprisonnés. Exclus des terres fertiles de l’ancienne Acadie, ces familles et leurs descendants ont su tirer profit de la mer et de la forêt.

La municipalité compte aujourd’hui un peu plus de 8000 habitants, francophones à 73 %. C’est d’ailleurs l’unique gouvernement de la Nouvelle-Écosse ayant le français comme langue de travail, et c’est ici que se situe le campus principal de l’Université Sainte-Anne, seule institution postsecondaire francophone de la province. Aussitôt qu’on syntonise la radio CIFA 104,1 FM, aucun doute ne saurait poindre : on est en Acadie.

Certes, cette Acadie a toujours été tournée vers le monde. Au XIXe siècle, il y avait le commerce maritime et la construction navale ; au XXe, l’émigration et les échanges avec la parenté des États. Comme d’autres communautés francophones en milieu rural, nous aimerions attirer davantage d’immigrés de l’Afrique tout en incitant nos jeunes partis ailleurs à revenir.

Car notre communauté se heurte à de nombreux défis. La population est vieillissante, et malgré nos écoles francophones gagnées de haute lutte dans les années 1990, la jeunesse préfère parfois le recours à l’anglais. Aux prises avec une pénurie de main-d’oeuvre, plusieurs industries attirent des travailleurs principalement anglophones. Les tensions autour de la question linguistique demeurent palpables pour certains, tandis que, pour d’autres, l’assimilation est invisible, et il n’y aurait pas de problème.

Reste ce fait que confirmera tout résident ou visiteur : Clare vibre au rythme de sa francophonie.

Notre dynamisme culturel

À l’heure actuelle, Clare atteint un summum du rayonnement de sa production culturelle. L’écrivaine Georgette LeBlanc, qui vit et travaille ici, est devenue en début d’année la poète officielle du Parlement canadien. Aujourd’hui même, 28 juillet, Journée annuelle de commémoration du Grand Dérangement, le Festival acadien de Clare inaugure sa 63e édition par un spectacle réunissant pas moins de 25 artistes de la région. […]

Une équipe de quatre chercheurs de l’Université Laurentienne (Simon Laflamme, Julie Boissonneault et Lianne Pelletier) et de l’Université Sainte-Anne (Roger Gervais) s’est récemment penchée sur le dynamisme culturel de la francophonie canadienne en milieu minoritaire, pour le compte de la Fédération culturelle canadienne-française. Clare a été étudiée à titre de « petite ville à vitalité élevée » — un véritable « pôle culturel » dans le langage de ces spécialistes.

L’un de leurs constats concerne le lien très fort, à travers le Canada atlantique, entre activité artistique et identité acadienne. Qui parle de culture parle d’acadianité — et vice versa. Au lieu d’une francophonie abstraite et incolore, celle-ci s’enracine dans son historicité. […]

Qu’est-ce qu’on célèbre ?

Pour souligner cet anniversaire, le gouvernement municipal a fait l’acquisition d’un document aussi précieux que chargé d’ambivalence : le serment d’allégeance à la Couronne britannique signé par Antoine-Salomon Maillet, l’un des pionniers de la baie Sainte-Marie. Né à Port-Royal en 1723, Maillet avait connu les affres du camp d’Espérance, lieu d’accueil de réfugiés pendant la Déportation, et ensuite la prison à Halifax, avec des centaines de ses compatriotes.

Pour refaire sa vie en Clare et y installer sa famille, il dut se plier à ce serment inconditionnel.

D’aucuns pourraient y voir une défaite. Nous y lisons plutôt la volonté tenace d’un pari à gagner.

250 ans après que les survivants du Grand Dérangement eurent débarqué sur nos plages, les Acadiennes et Acadiens de Clare sont toujours là. À marée basse, ils viennent « gratter des coques » en se promenant sur la grève et en causant, parfois en anglais, mais surtout en français, et toujours avec le coeur Fort attaché à leur Acadie.

13 commentaires
  • Johanne Fontaine - Inscrite 28 juillet 2018 06 h 22

    Pas sûre de très bien comprendre ce que vous tentez d'exprimer

    Je suis descendante d'acadien. Mes ancêtres sont partis de la région de Providence pour entrer au Québec, à l'Assomption où ils auraient passé l'hiver dans des tentes, sur les terres des Sulpiciens; au printemps on leur a confié la concession du ruisseau Vacher dans l'actuel village de Ste-Marie Salomé, non loin de Joliette dans Lanaudière. Lorsque je me suis installée à Vancouver en septembre dernier, j'ai apporté avec moi une copie d'un livre retraçant l'histoire des acadiens installés dans la concession du Ruisseau Vacher, mais depuis, je l'ai perdu. Dommage. J'ignore si je peux m'en procurer un exemplaire. Si vous savez comment, j'apprécierais.

  • Claude Bariteau - Abonné 28 juillet 2018 06 h 48

    Le retour

    Les Acadiens, déjà encerclés par des militaires et des colons britanniques, furent déportés par l'armée britannique qui choisit d'attaquer par l'est après avoir subi des défaites en Ohio contre les Français.

    La déportation fut un acte de guerre devant le refus des Acadiens de faire le serment d'allégeance. Le retour, négocié par le Royaume-Uni lors du Traité de Paris fut aussi un acte de guerre parce que là où ils furent déportés les Acadiens étaient mal reçus.

    Ils firent serment d'allégeance à leur retour pour avoir accès à un lieu et d'y vivre.

    Pour y vivre, il fallu qu'ils se tiennent entre eux en sachant qu'en cas d'attaques ils pouvaient prendre le large ou se cacher dans les bois.

    Aujourd'hui, c'est devenu plus problématique. Les attaques sont d'un autre ordre. Plusieurs ont quitté, les jeunes le font massivement et la poétesse locale est à Ottawa. C'est comme si l'exil s'est auto-activé et que la pérennité de Clare et de ses habitants est sous attaque.

    Dit autrement, cette pérennité tire à sa fin parce que Clare ne fut qu'un lieu de retour contraignant à l'image d'une réserve.

    C'est ça l'effet de la déportation et un retour dans une colonie totalement sous contrôle britannique dotn els dirigeants furent signataires du projet de Dominion of Canada conçu par Londres.

  • Gilles Bousquet - Abonné 28 juillet 2018 07 h 55

    Un sursaut

    Nos Francophones, à l'extérieur du Québec, sont condamnés à disparaitre...éventuellement, comme société francophone. Il y a bien quelques sursauts,, quand ils voient arriver leur disparition linguistique...normal mais, ils vont juste vivre en Anglophones, comme les descendants des Francophones le fond, en Nouvelle-Angleterre, pas trop traumatisés..

    • Serge Lamarche - Abonné 28 juillet 2018 16 h 07

      Quel défaitisme! Les anglophones sont aussi condamnés à disparaître et ils travaillent fort pour rester à flot aux dépends des autres!

    • Cyril Dionne - Abonné 28 juillet 2018 18 h 40

      On parle encore français au Nouveau-Brunswick? C’est surprenant. Ils se sentent tellement à l’aise au Canada anglais, eux qui ont combattu les Québécois aux cotés des fédéralistes durant les deux dernier référendums. Je ne pleure pas pour eux. Et ça doit être tout un honneur pour Mme Leblanc de devenir la poète officielle « of the Canadian Parliament ». « Congratulations Mrs. Lewhite ».

      Allumez; l’Acadie n’existe plus que dans votre imagination des 60 ans et plus. Et lorsque les gens vous prennent en otage et parlent en votre nom, on avait espéré qu’il devrait y avoir un sursaut d’Acadiens pour dire : Cela, ce n’est pas mon pays. Malheureusement, ceci n'est plus le cas.

  • Jacques Dupé - Inscrit 28 juillet 2018 08 h 26

    Tritesse

    La population francophone baisse, le français baisse... Que faut-il espèrer ?
    Des immigrands ?

    • Serge Lamarche - Abonné 28 juillet 2018 16 h 08

      Il faudrait donc faire des petits...

  • Gilles Théberge - Abonné 28 juillet 2018 08 h 59

    Oui il ne pouvait en être autrement. C’est un bonbon que les anglais, condescendants, on bien voulu donner aux acadiens.

    Puisqu’ils leur avaient tout pris...

    Et aujourd’hui, vous voudriez qu’on applaudisse...?