N’oublions pas le sud du Québec

Outre le financement direct des projets d’acquisition, les groupes de conservation ont un urgent besoin de soutien financier afin d’assurer l’intendance des aires protégées.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Outre le financement direct des projets d’acquisition, les groupes de conservation ont un urgent besoin de soutien financier afin d’assurer l’intendance des aires protégées.

Alors que l’intention du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs de concentrer les nouvelles aires protégées dans le nord du Québec est dénoncée, à juste titre, par la Société pour la nature et les parcs (SNAP), le Réseau de milieux naturels protégés (RMN) tient à rappeler au gouvernement qu’il est essentiel d’investir en conservation volontaire. En effet, les terres privées sont nombreuses et coûteuses dans le sud du Québec, ce qui complique la création d’aires protégées. Cependant, la conservation volontaire offre des mécanismes adaptés au contexte de cette région, et les organismes de conservation de la province ont développé l’expertise nécessaire pour y arriver.

Le sud du Québec, où se concentre la majeure partie de la population, regorge de milieux naturels exceptionnels, qui abritent 66 % des espèces menacées ou vulnérables de la province. Cette diversité offre des services écosystémiques essentiels à la vie, tels que la régulation du climat, la purification de l’eau et de l’air, l’approvisionnement en ressources et nourriture, l’atténuation des impacts des changements climatiques et la diminution du risque d’inondation. La protection des milieux naturels dans les régions densément peuplées permet de maintenir ces services en plus de soutenir le développement économique des régions, d’offrir des lieux de proximité pour l’épanouissement des individus et d’assurer la connectivité entre les milieux naturels à travers la province et au-delà des frontières.

En faire davantage

66 %
Proportion des espèces menacées ou vulnérables habitant le sud du Québec

Pour conserver les milieux naturels de la province efficacement, des actions doivent être menées tant en terres publiques qu’en terres privées, là où les pouvoirs de l’État sont plus restreints et où les enjeux d’occupation du territoire ne cessent de s’accentuer. La conservation volontaire est un outil incontournable pour y arriver. Les organismes de conservation ont développé, grâce aux années passées sur le terrain, des approches innovantes en collaboration avec des acteurs diversifiés. Ils sont donc des alliés naturels et essentiels des instances gouvernementales.

C’est pourquoi les 15 millions de dollars récemment octroyés à Conservation de la nature Canada par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques pour soutenir des projets d’acquisition sont un pas dans la bonne direction. Rappelons que le Canada et le Québec ont pris des engagements internationaux de protection de 17 % des milieux terrestres et de 10 % des zones maritimes et qu’ils sont encore loin d’avoir atteint leurs objectifs d’ici 2020.

Il est maintenant temps de mettre en place un programme de soutien qui tient compte de la diversité des acteurs de la conservation volontaire et de la complexité des enjeux d’aménagement du territoire. Outre le financement direct des projets d’acquisition, les groupes de conservation ont un urgent besoin de soutien financier afin d’assurer l’intendance de ces aires protégées et de payer les taxes municipales et scolaires de leurs propriétés protégées.

Qui plus est, il serait souhaitable qu’un nouveau programme gouvernemental comprenne des fonds pour soutenir la coordination provinciale des groupes de conservation, comme le fait le RMN depuis 25 ans. Ce soutien permettra la mise en place de bonnes pratiques qui sont essentielles pour l’atteinte des objectifs de conservation à long terme. Aujourd’hui, 226 organismes de conservation, individus et municipalités protègent et gèrent plus de 55 000 hectares de milieux naturels situés en terres privées.

Les organismes de conservation du Québec sont prêts à travailler en partenariat avec le gouvernement pour établir les assises d’un mode de financement souple et fonctionnel qui s’adressera à tout le mouvement de la conservation en terres privées afin d’en assurer la pérennité et l’efficacité. Nous souhaitons que ce programme puisse représenter l’hétérogénéité des groupes de conservation du Québec, qui cheminent tous vers un objectif commun de protection du territoire pour les générations futures.

3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 24 juillet 2018 08 h 40

    D'accord

    Je suis prêt à payer de mes impôts pour ça.

  • Daniel Cyr - Abonné 24 juillet 2018 08 h 57

    Au delà de la simple rentabilité économique

    À ce très bon texte que j'appuie sans réserve, je me permet de souligner un point non négligeable, souvent oublié mais crucial de l'action environnementale en général. Les organismes environnementaux auxquels se rattachent les organismes de conservation, s'attardent souvent à des éléments jugés non rentables de nos milieux de vie... non rentables économiquement faut-il comprendre, et encore à court terme, mais combien essentiels pour nous et pour la vie autour de nous. Est-ce trop élémentaire pour que l'on s'en rende compte? Ces organismes restent mobilisés avec très peu de moyens financiers, soutenus la plupart du temps par une action bénévole très fragile, et veillent au bien commun, il est utile de le rappeler. Je suis impliqué dans la conservation de la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford, située très loin de chez moi pour ceux qui serait tentés d'y voir des liens douteux, combien de gens voient l'importance des tourbières dans nos milieux de vie? Pourtant cette tourbière est très importante pour tous les villageois de ce petit coin de la Montérégie où l'eau potable provient encore en grande partie de puits individuels. L'eau et sa qualité sont essentielles, personne ne peut en douter. Les tourbières participent pourtant à l'intégrité de cet élément fondamental et je vous fais grâce de plusieurs points de leur importance. Les organismes environnementaux participent souvent ainsi par la bande, à la diffusion des connaissances... au delà des croyances... et de la trop facile rentabilité économique!

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 24 juillet 2018 18 h 15

    Concernant le sigle

    Si l'organisme se nomme «Réseau de milieux naturels protégés», pourquoi le sigle retenu est-il RMN et non RMNP? C'est une première.