Au-delà de «SLĀV»

Le spectacle «SLAV» proposait une revue théâtrale basée sur les chants traditionnels afro-américains recueillis par John et Alan Lomax dans les années 1930.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le spectacle «SLAV» proposait une revue théâtrale basée sur les chants traditionnels afro-américains recueillis par John et Alan Lomax dans les années 1930.

Le mot SLĀV devient emblématique d’une polémique qui agite fortement les consciences. Il témoigne en fait d’un malaise qui habite non seulement la société québécoise, mais qui est également présent dans de nombreuses sociétés à l’heure actuelle.

Le Canada a depuis longtemps reconnu la nécessité de s’adapter à un monde nouveau qui se développe sous nos yeux. Dès les années 1970, on se met à parler de « multiculturalisme ». Ce monde nous interpelle fortement parce qu’il est radicalement différent de celui qui pouvait caractériser avec une stabilité relative des valeurs, des us et des coutumes, la plupart des sociétés avant l’avènement du XXe siècle et maintenant du XXIe.

Ce nouveau siècle dans lequel nous sommes entrés depuis bientôt une vingtaine d’années radicalise encore plus le type de questions interculturelles que le spectacle SLĀV a pu soulever.

Le monde actuel est radicalement différent même de celui du siècle passé parce qu’il signifie l’interpénétration et la coexistence d’individus issus de cultures fort différentes les unes des autres.

L’après-Seconde Guerre mondiale nous avait permis de vivre ici au Canada un phénomène d’une certaine ampleur, celle de l’arrivée de nombreux immigrants venus essentiellement d’Europe. Des exils forcés par une haine et une discrimination sans précédent dans l’histoire occidentale. Puis sont arrivées les vagues successives de Chinois, de Vietnamiens, de Haïtiens, parmi tant d’autres venus ici avec chacun des histoires singulières.

Tous ces individus sont porteurs de valeurs qui bousculent la donne et qui nous amènent à nous poser plus que jamais les questions relatives à l’apport des cultures les unes aux autres et aux dispositifs politiques et culturels afférents.

Il faut d’abord reconnaître ce fait que, de décennie en décennie, la culture se transforme, ainsi que la politique. Il est impossible dans ces domaines de s’accrocher à des façons de penser et de faire qui appartiennent à une autre époque.

Un malaise

Pour ma part, j’ai éprouvé un certain malaise en découvrant la une du D Magazine du Devoir le 23 juin dernier. On y voyait une photo de Robert Lepage et Betty Bonifassi, tous deux fixant l’objectif avec un air de martyr et de peur inscrit dans leur gestuelle et leur regard.

Puis, le titre pouvait attirer notre attention : « Pour que résonne la mémoire des asservis ». Je me suis demandé ce que c’était que cette « mise en scène ».

 
À mes yeux, ce qui s’annonçait tenait de la spectacularisation de faits historiques qui se prêtent mal à ce type de dispositif. Il est très difficile et très complexe de mettre en scène la douleur et l’abus, même quand il s’agit de quelque chose que l’on connaît bien, ou que l’on pense connaître parce qu’on partage une certaine histoire ou la même couleur de peau. La musique noire américaine a elle-même évolué vers des formes extrêmement sophistiquées et novatrices, que l'on pense à Thelonius Monk, Cole Porter, Billie Holiday, Mahalia Jackson, Cecil Taylor ou Aretha Franklin.
 

L’annulation du spectacle par le Festival international de jazz de Montréal est néanmoins regrettable. Il aurait fallu à mon humble avis plutôt laisser vivre ce spectacle, tout en mettant sur pied une série de débats publics sur les questions soulevées. Des débats avec des penseurs et artistes ayant réfléchi aux questions soulevées de longue date et avec des points de vue étoffés.

Malheureusement, certains spécialistes du jazz vous diront qu’ils ont abandonné ce festival depuis longtemps vu son orientation essentiellement commerciale. Les médias, dans leur ensemble, se sont investis dans cette « affaire », certains en utilisant des mots nouveaux pour eux, comme le concept d’appropriation véhiculé à tort et à travers.

Expo au MBAM

Par ailleurs, l’exposition en cours au Musée des beaux-arts nous permet d’explorer diverses facettes de ces questions épineuses.

L’exposition D’Afrique aux Amériques : Picasso en face-à-face d’hier à aujourd’hui est un assemblage plutôt téméraire, certains pensent gratuit, d’oeuvres de Picasso, d’oeuvres africaines d’époque et d’oeuvres contemporaines d’artistes de descendance africaine. On peut se demander où est le lien vraiment entre Picasso et l’art contemporain africain.

Pour sa part, Picasso primitif, l’exposition (au titre malheureux, par ailleurs) présentée à l’origine au Musée du quai Branly à Paris et adaptée par le Musée des beaux-arts, présentait avec un réel esprit d’investigation les liens entre Picasso et les arts africains et océaniens en circulation à son époque. Au MBAM, dans la plupart des oeuvres contemporaines montrées, aucune presque ne commente directement l’oeuvre de Picasso comme aurait pu le faire le grand artiste afro-américain Fred Wilson par exemple.

Par ailleurs, les artistes utilisent des formes qui se pratiquent aujourd’hui sur tous les continents — peinture, photographie, sculpture, etc. — pour explorer différentes facettes de leur histoire ou de la contemporanéité. S'il s'agissait d'admettre les artistes de la diaspora africaine au musée, cette idée a cours depuis longtemps en Occident, au moins depuis les années 1980, pour ne citer que Les Magiciens de la Terre, Africa Remix, et plus récemment les expositions à la Fondation Vuitton à Paris en 2017, et à New York, toujours avec plus ou moins d'acuité, Primitivism in 20th Century Art, ou The Short Century: Independance and Liberation Movements in Africa. Ici, le Musée des beaux-arts n’innove en rien et, par conséquent, aurait pu davantage prendre appui sur la recherche dans ce domaine.

En fin de compte, il s’agit surtout d’une vaste scénarisation basée sur la production d’effets, que ce soit dans le choix des oeuvres ou dans le design de l’exposition. Malgré tout, cela semble plus acceptable ici au musée qu’au théâtre. Il est vrai qu’il n’est pas ouvertement question ici des heures sombres de l’humanité. Le discours officiel est par ailleurs tout aussi empreint d’humanisme compatissant et d’empathie souhaitée que celui du TNM quant au spectacle d’Ex Machina.

En réalité, cet humanisme compatissant ne fonctionne plus. Il convient à une société canadienne qui se veut bienfaisante avec son concept de multiculturalisme, avec l’idée de tolérance qui l’accompagne. Mais l’heure n’est plus à la tolérance. Il faut agir et construire un monde nouveau, ce qui implique une évolution culturelle considérable, un changement de mentalités et une ouverture réelle à l’autre. Il faut ensemble construire cet horizon nouveau.

Comment ? En mettant en place des dispositifs culturels et institutionnels qui reposent sur un véritable esprit de recherche, de rigueur et d’innovation sur le plan des idées et des formes. En valorisant l’excellence plutôt que la complaisance ou un esprit bien-pensant. Il faut ainsi construire une cosmopolitique qui aille au-delà du cosmopolitisme à la québécoise, ou du multiculturalisme à la canadienne.

Au Québec, en ayant cet esprit-là, nous avons réalisé une réelle révolution dans les années 1960 et 1970, avant de subrepticement glisser vers une société de confort et de matérialisme, une société du spectacle. Il est temps de bouger à nouveau.

***

NDLR: Quelques informations supplémentaires ont été ajoutées à ce texte après la mise en ligne.

32 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 23 juillet 2018 01 h 17

    Le monde évolue sans qu'il ait besoin d'en rajouter.

    Ce texte me donne l'impression que beaucoup de gens, fort impressionnables, sont prêts à partir en peur pour pas grand'chose. Une manifestation bruyantes de quelques dizaines d'individus, un gros battage médiatique et tout est sans dessus-dessous. Pourquoi ai-je donc cette impression, aussi persistante que désagréable, de me faire manipuler?

    • Christiane Gervais - Abonnée 23 juillet 2018 10 h 16

      Et pourquoi a-t-on cette impression que ces "flagellants" ont tellement mauvaise conscience d'être qui ils sont, ou le considèrent si peu glorieux, qu'ils sont prêts à se laisser diluer par n'importe quel apport culturel qui leur assurera de faire disparaître le leur?

      S'ouvrir aux autres, les accueillir et marcher avec eux, eux entrant dans notre univers, n'a rien à voir avec ce multiculturalisme tribal.

      Oui, nous sommes manipulés, et certains en redemandent.

  • Yves Côté - Abonné 23 juillet 2018 04 h 09

    Ce texte...

    Ce texte pourrait très bien être titré : Comment tenter de noyer le poisson en eau libre, par une petite dizaine de paragraphes tricotés de travers ?
    La seule phrase solide que j'en retiens est celle de sa conclusion, "Il est temps de bouger à nouveau".
    Mais si je le fais, ce n'est certainement pas dans le sens de la propagande canadianiste, bien ficelé mais très mal caché, que Madame Pontbriand donne au détournement de sens et de faits historiques qu'elle tente ici de nous présenter comme analyse sérieuse...
    Désolé pour elle, mais c'en est presque risible tant tout cela y est présenté de manière trompeuse et manipulatoire.
    J'espère que peu nombreux seront les naïfs et les méconnaissants qui tomberont dans son panneau !
    Et j'espère pour elle qu'elle tirera quelques amitiés canadiennes et/ou avantages de son texte, parce qu'au niveau de la crédibilité intellectuelle et du sérieux en histoire contemporaine du Canada et du Québec, ce sera "vache maigre" pour elle selon moi.

    Vive la République !
    Vive le Québec Libre !

  • Nadia Alexan - Abonnée 23 juillet 2018 05 h 36

    La citoyenneté au lieu du communautarisme!

    La censure n'est jamais acceptable. L'ouverture à l'autre ne veut pas dire vivre dans le communautarisme et la ghettoïsation. Il nous faut un projet citoyen qui puisse nous réunir sous une vision solidaire, qui n'est pas morcelée avec différentes aspirations.
    Mais vous avez raison de dire que nous avons besoin de débattre de ces enjeux qui nous divisent, au lieu de les balayer sous le tapis.
    Le multiculturalisme à la Canadienne ne marche pas parce qu'il n'est pas propice à une citoyenneté cohésive, qui réunisse au lieu de diviser. Être un citoyen cosmopolite ne veut pas dire vivre dans les dogmatismes ethniques, raciaux ou culturels.

  • Claude Bariteau - Abonné 23 juillet 2018 07 h 33

    L'en deçà de SLÂV

    Votre texte, titré Au-delà de SLÂV, débute par un hommage au Canada, car il a su s'adapter à un monde nouveau avec le multiculturalisme.

    Après une critique d'une photo du Devoir et d'une exposition au Musée des Beaux Arts, vous proposez de construire, par la recherche et la rigueur, une cosmopolitique dépassant celui du Québec et le multiculturalisme canadien.

    Ainsi campé au Canada, vous invitez le Québec à s'ouvrir comme entre 1960-1970 avant de sombrer dans le confort, ce que devrait aussi faire le Canada pour aller au-delà du multiculturalisme.

    En le faisant, vous entrez dans l'arène politique, ce qui implique de savoir que la valorisation du multiculturalisme n'est pas issue d'un débat mais d'une loi en 1971 proposée par le premier ministre Trudeau qui venait de déployer des militaires au Québec pour mettre au pas des « felquistes » mais, avant tout, des promoteurs d'une démarche démocratique pour construire le Québec.

    En 1980, ce premier ministre s’est de nouveau opposé à cette démarche, car anti-canadienne, en promettant de changer les choses au Canada. Il le fit en insérant le multiculturalisme dans la constitution et cadenassant celle-ci en se foutant du gouvernement du Québec.

    Depuis, les habitants du Québec se cherchent et encore plus après la charge canadienne en 1995.

    Or, vous proposez une démarche menant à une survalorisation cosmopolitisme, qui s’apparente à la nation post-nationale de Justin Trudeau.

    En politique, l’au-delà est politique et implique une démarche politique, qui, pour changer les choses, se doit d’être démocratiquement débattue et fondée.

    Vous n’y faites jamais écho.

    J’imagine que c’est parce que vous valorisez le système politique monarchiste canadien imposé aux habitants du Québec, comme Pierre Elliott Trudeau a voulu imposer son Canada en 1970 et en 1980, mais aussi Jean Chrétien en 1995.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 23 juillet 2018 08 h 27

      Ce à quoi vous faites seulement écho, c'est aux machinations libérales fédérales du dernier demi-siècle, réelles et supposées, comme si elles étaient seules responsables des mutations culturelles profondes de la société canadiennne et québécoise. Ces changements n'ont pas été « démocratiquement fondés », peut-être. Ils ont eu lieu et continuent. On peut choisir de le déplorer et de s'enfermer dans le tribunal de l'histoire. Elle a eu lieu.

    • Léonce Naud - Abonné 23 juillet 2018 08 h 57

      Richard Maltais Desjardins : les « mutations culturelles profondes » dont vous faites état ne se produisent ni dans la société canadienne ni dans la société québécoise mais bien chez ces immigrants plus ou moins récents qui s’intègrent graduellement avec plus ou moins de difficulté dans l’une ou dans l’autre.

    • Claude Bariteau - Abonné 23 juillet 2018 09 h 01

      Monsieur Maltais Desjardins, je ne me transforme pas en juge aveugle. Je sais autant que vous que des changements ont eu cours dans la composition de la population du Canada et du Québec.

      Mon propos ne les nie pas. Il rappelle des choix politiques qui ont marqué le Canada et le Québec, qui ne sont pas des sociétés. Le Canada est un pays reconnu depuis 1931 et se construit en pays depuis. Le Québec est une province qui a cherché à s'exprimer dans ce pays, ce qui a conduit à des luttes politiques sur des bases différentes.

      Cela étant, je ne prône pas une démocratie abstraite et un républicanisme à la Robespierre, ce qu'il vous arrive de me reprocher pour avancer que la réalité, la vraie que vous construisez, est plus complexe.

      Je la sais aussi plus complexe mais, contrairement à vous -ce que je pense-, je me situe au niveau des pâquerettes, celui des rapports au quotidien entre les habitants du Québec, pour signaler ce qu’ils partagent et que construire sur cette base implique qu’ils s’inventent démocratiquement et se dotent de moyens pour contrôler leur avenir.

      Par définition, mon propos s’adresse aux promoteurs du Québec comme pays. Il leur dire qu’ils font fausse route s’ils ne pensent pas le pays en faisant de l’égalité de citoyens et des citoyennes l’assise, ce qui implique de jeter aux poubelles les idées de convergence et d’activer un projet valorisant les citoyens et les citoyennes plutôt que des sujets d’un état monarchiste constitutionnel.

      Si vous avez une autre approche, dites-le, car ce que je lis de vos commentaires ne me permet pas de la discerner.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 23 juillet 2018 09 h 35

      Monsieur Bariteau, c'est toujours un plaisir d'être détrompé sur vos intentions, que je comprends mal, à vous mal lire peut-être. Pourtant... Vous prêtez volontiers aux auteurs de valoriser « le système politique monarchiste canadien imposé aux habitants du Québec, comme Pierre Elliott Trudeau a voulu imposer son Canada en 1970 et en 1980, mais aussi Jean Chrétien en 1995. » ce qui les exclut d'emblée du lot de ces « habitants du Québec, pour signaler ce qu’ils partagent et que construire sur cette base implique qu’ils s’inventent démocratiquement et se dotent de moyens pour contrôler leur avenir. » (pardonnez la maladresse du collage, ici). Vous le savez, pour moi, il y a fausse alternative. Il faudra un bon jour arrêter de prétendre que ceux qui ne partagent pas le projet de pays que vous chérissez se font les complices indignes d'une sujétion qui leur aurait été infligée de force. Les québécois n'ont pas fait sécession. Rien ne les empêche de le faire. Ce n'est ni la faute à Trudeau ou Chrétien, ni celle des ethnies multicultarisées par leurs soins, ni celle des anglos. C'est leur choix. Il n'est peut-être pas judicieux, mais ils en sont seuls responsables et méritent aussi notre respect, au ras des paquerettes :).

    • Yves Côté - Abonné 23 juillet 2018 09 h 48

      Monsieur Maltais-Desjardins, pour affirmer que les Québécois ont fait le choix d'être du Canada, vous oubliez seulement un fait tout à fait avéré : la grande tricherie canadienne bien organisée de 1995...
      Pour avoir une perspective plus respectueuse de la réalité, je vous invite bien amicalement à ouvrir les yeux sur la chose et ne pas faire comme si tout avait été conforme à l'honnêteté politique, intellectuelle, culturelle, démographique, etc..

    • Claude Bariteau - Abonné 23 juillet 2018 10 h 17

      Vous avez écrit que ces changements n'ont peut-être pas été démocratiquement fondés, mais ont été.

      Alors comment l'ont-ils été. Avec un bouquet de roses ? Des petits becs sur la joue. Des tapes dans le dos.

      Ne banalisez pas les actes posés. J'ai du respect pour les personnes qui ne partagent pas les idées que je mets de l'avant. Mais aucun pour celles qui veulent m'imposer les leurs en recourant au pouvoir dont elle dispose. Ces personnes ne se sont pas des complices. Elles sont les dirigeants d'un pays qui s'impose par des moyens qui n'ont rien de démocratique et vous le savez.

      Jean Chrétien était en guerre. Ses officiers l'ont confirmé à la commission Gomery.

      Pierre Elliott Trudeau était contre une hausse des pouvoirs du Québec et considérait l'indépendance une insulte à l'humanité à une époque où se multipliaient les pays après la reconnaissance par les Nations unies du droit des peuples coloniaux à l'autodétermination externe, qui est l'indépendance.

      Ce Trudeau a déployé l'armée en 1970 pour mettre au pas des felquistes. Pierre Laporte fut retrouvé mort dans un coffre d'auto à deux pas d'une base miilitaire à Saint-Hubert. Une équipe de journalistes chevronnés ont produit un document transformé en film. Celui-ci fut diffusé une fois en anglais puis tabletté à tout jamais par la radio d'état qu'est toujours Radio-Canada.

      Vous dites que ce n'est pas de leur faute si les Québécois n'ont pas fait sécession, mais de la leur, surtout pas celles des ethnies et des Anglo-québécois.

      Je n'ai jamais dit que c'est la faute des ethnies et des ANglo-québécois. Je ne dis pas que Chrétien et Trudeau ont pêché. Je dis seulement qui ont utilisé des moyens aux antipodes des règles élémentaires en démocratie.

      Or, c'est ainsi que furent toujours assujettis les habitants du Québec, quels qu'ils soient, l'important pour les dirigeants étant de conserver le pouvoir, les moyens étant secondaire, ce que vous lissez entendre.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 23 juillet 2018 15 h 18

      Judicieux conseil, monsieur Côté, de me rappeler les circonstances de 95. Je me garderai de vous inviter à mon tour à « ouvrir les yeux » sur le fait avéré que personne ne s'est présenté à l'isoloir sous une quelconque menace physique ou psychologique, le 30 octrobre 95, contrairement à ce qui cours jusqu'aux années soixante. Personne n'a forcé les québécois à se laisser infliger l'austérité à la Bouchard, ni à le réélire en 98. Assez de la posture de la victime. Cela valant aussi pour monsieur Bariteau, les règles les plus élémentaires de la démocratie ne requièrent pas du tout qu'on en use avec une honnêteté intellectuelle et morale qu'on s'attribue soi-même à bien meilleur compte, démagogie comprise, qu'à ses adversaires politiques. Les mauvaises raisons ne sont pas toutes du même bord...

      À monsieur Naud, je ne suis pas surpris de vous entendre dire que ces mutations culturelles sont le fait de l'immigration. Heureusement. Le ragout de patte, c'est bien bon... mais.

    • Claude Bariteau - Abonné 23 juillet 2018 19 h 04

      M. Maltais Desjardins, ce n'est pas parce que je ne partage pas votre lecture que j'adopte une posture de victime.

      Tout ce que j'ai écrit renvoie à des faits historiques connus et ce que je mets de l'avant n'a rien d'un propos intellectuel moralisateur que je pratiquerais uniquement pour confondre mes adversaires politiques.

      J'ai dénoncé, comme d'autres, les coupes bouchardiennes sans mandat, aussi les fusions municipales sans mandat. J'ai dénoncé la façon dont René Lévesque a utilisé des fiers à bras pour empêcher l'élection de Pierre Bourgault dans une circonscription de la rive-sud. Et je dénoncerais toujours les gens qui recourent à des moyens qui contournent les lois ou s'appuient sur des façons de faire comme celles utilisées pour décider ce qui est bien pour une population en refusant d'avoir son aval.

      Dans votre réplique, vous ne faites pas écho à l'aval des gens concernés par les décisions structurantes que prennent des dirigeants politiques. J'en suis bouche-bée.

      Je n'osais pas vous imaginer là où vous vous situez, sans le dire.

    • Léonce Naud - Abonné 23 juillet 2018 20 h 48

      Richard Maltais Desjardins : vous me faites dire que « ces mutations culturelles sont le fait DE l'immigration » alors que j'ai écrit exactement le contraire. J'affirme que ce sont les immigrants eux-mêmes qui entreprennent une mutation culturelle en commençant une nouvelle vie en Amérique. D’ailleurs, les Québécois qui émigrent vers d'autres pays font la même chose : ils cessent peu à peu de se comporter en Québécois et adoptent graduellement les us et coutumes de leur pays d'adoption.
      À l'époque où j'avais émigré en Israël, je n'étais certainement plus Canadien-français et pas encore Québécois mais tout simplement un Kibboutznick marxiste comme tout le monde dans mon kibboutz de Galilée (Messilot). C’est pourquoi, avec moi, puis-je vous dire que vous êtes mal parti avec votre « ragout de pattes. »

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 23 juillet 2018 21 h 44

      J'aimerais bien savoir où VOUS me situez, sans le dire. Pardonnez-moi cependant d'insister un peu: quelles que soient les intentions qu'on peut prêter à tous ces politiciens, à tort ou à raison, ce qu'ils finissent par faire, ce n'est jamais que parce que les citoyens leur donnent leur aval, de façon au moins tacite. Ainsi, par exemple, en 2014, on nous annonçait une crise sociale majeure suite aux coupures du PLQ en éducation, en santé, en services sociaux. Au lieu de cela, la vaste majorité des syndicats ont conclu des ententes signées avec le gouvernement. S'ils avaient jugé les demandes gouvernementales à ce point iniques, ils auraient pu (plusieurs diront qu'ils auraient dû) faire comme nous, en 1983 : forcer le gouvernement de porter l'odieux de décréter leurs conditions de travail. Tout cela, monsieur, cela fait partie des faits et des avals dont vous suggérez que je n'y fais pas écho. Notre différend ne porte pas sur notre capacité à lire les faits, mais sur l'usage. Vous choisissez ceux qui s'accordent le mieux avec le récit des épisodes de notre sujétion. Vous êtes ici en fort bonne compagnie.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 24 juillet 2018 06 h 00

      Monsieur Naud, j'avais très bien compris que si le Québec subit (oui...) de telles mutations, c'est que les immigrants ont des difficultés d'intégration à la culture d'accueil, dite dominante dans le modèles interculturaliste. Intégration ou assimilation, la frontière est mouvante. Comme le « Kibboutznick marxiste comme tout le monde », il faut supposer qu'une immigration réussie ferait des nouveaux arrivants des québécois francophones comme tout le monde, qui ne seraient plus ni syriens, ni juifs ou autres et n'adhéreraient dans leur vie publique qu'à la charte à drainville, une sainte et apostolique. Pour le ragout, je reconnais que tant qu'ils ne proposent leurs différences qu'à titre de curiosités folkloriques, même les plus farouches nationaleux sont prêts à y ajouter un peu de harissa. Mais pas trop. On est pas des multiculturalistes.

    • Yves Côté - Abonné 24 juillet 2018 06 h 03

      Cher Monsieur Maltais-Desjardins, vous excellez tant en communication que vous montrez malgré vous et de manière assez boîteuse, la limite fréquente de vos raisonnements.
      Comme ici, lorsque vous usez de la méthode grossière et usée du "Je me garderai de vous inviter à mon tour"... et que vous y donner suite par la logique du "mais je vais le faire parce que ma raison dépasse l'expression de mon raisonnement écrit".
      De ce fait, par votre mauvaise foi à tenter de donner pour cible la liberté du vote de 95 au lieu d'admettre que vous ne réussissez pas à atteindre celle du respect des règles élémentaires de la démocratie par le Canada en 1995, vous montrez ouvertement à tous que l'élément qui porte vos contre-interventions habituelles n'est vraiment pas votre amour du Canada, amour que vous revendiqueriez ouvertement en avouant ce que tous nous savons, soit la tricherie honteuse de ce pays à ses propres règles et lois nationales, mais bien plutôt que c'est votre détestation du Québec et de tout ce qui peut s'en identifier qui motive votre oeuvre remarquée et obtue d'attaquant.
      Ce qui dans le cas présent nous présente la chose sans pouvoir ne plus en douter...
      Mais bon, là où plusieurs ici expriment leur amour du pays, libre aux autres d'exprimer leur désamour de celui-ci.
      Et ce, ne se rendant même pas compte qu'ils en font partie...
      Salutations républicaines, Monsieur !

    • Léonce Naud - Abonné 24 juillet 2018 06 h 58

      Richard Maltais Desjardins : votre horizon est tribal plutôt que national. C'est votre choix. « Que voulez-vous ? », dirait le gourou de Shawinigan. Alors qu’un chien truffier est dressé pour trouver des truffes,on m'a entraîné tout jeune à déterrer des invertébrés. Je n'y peux rien.

    • Claude Bariteau - Abonné 24 juillet 2018 09 h 50

      Il est encore temps de réagir à votre dernier commentaire, M. Maltais-Desjardins.

      Si, effectivement, nous chérissons des faits à notre usage, leurs choix visent à argumenter nos propos. Vous avancez que je choisis ceux faisant écho à « notre sujétion ».

      Je ne fais pas écho à « notre sujétion » au sens de « canadiens français » sur le territoire du Québec. Par contre, j'ai cru comprendre que cette sujétion-là vous tenaille en relisant votre commentaire sur les Trudeau et Chrétien, membres de ce « groupe » construit devenu race, franco-catholique à encadrer ou entité ethno-culturelle d'anthropologues, sociologues ou autres adeptes de catégorisation.

      Il y a une littérature « lamentative » qui en traite. J'y réfère et m'en inspire très peu. L'importance que j'accorde aux faits d'histoire concerne la sujétion des habitants du territoire du Québec et la façon dont ils l'ont été.

      Les Amérindiens en sont, les ressortissants français aussi de même que les immigrants britanniques et ceux implantés au Québec de 1900 jusqu'à aujourd'hui. Et ce sont les faits qui ont mené à leur sujétion et la dynamique qui en découla qui constituent la cible de mes analyses.

      Cela dit, je vous signale, comme analyste, que votre écho à l'approche syndicale de 1983 néglige qu'il s'agissait d'une réaction à la brisure du modèle tripartite de concertation mis de l'avant par le gouvernement Lévesque, ce qui n'était pas le cas sous le gouvernement Couillard, la concertation n'étant pas sa tasse de thé.

      Par ailleurs, l'austérité déployée par le gouvernement Bouchard s'inscrivit dans une démarche pour renforcer l'économie du Québec et relancer la « souveraineté-association » de Lévesque. Bouchard estimait ainsi obtenir l'appui d'un plus grand nombre de Québécois à ce projet, ce qui explique sa rélélection, mais aussi sa démission après qu'il se soit rendu compte que l'indépendance, qu'il refusait, était mieux reçue.

      Les faits sont sont mal servis hors contexte.

    • Jean-François Trottier - Abonné 24 juillet 2018 10 h 35

      @M. Maltais Desjardins

      Si vous considérez VRAIMENT que le référendum n'a pas été volé, alors je vous conseille de militer pour qu'il n'y ait aucune loi sur les caisses électorales des partis.

      Ottawa a mis en jeu plus du double de que les deux camps avaient comme budget, rien que ca, et je ne parle même pas de tout l'appareil gouvernemental qui a été mobilisé pour accepter le plus d'immigrants non-francophones possible dans les deux années qui ont précédé le référendum. Juste assez en fait pour le gagner. Un hasard je suppose.

      J'ai bien hâte de vous voir prendre parti pour la vision libertarienne et les PACK à l'américaine su notre sol.
      Alors seulement vous pourrez prétendre que le référendum s'est déroulé proprement.

      Vous ne pouvez pas jouer sur les deux tableaux comme vous le faites.

      Et vous ne pouvez en aucun cas prétendre que le projet du PQ était "trop flou" ou quoi que ce soit. Il se dirigeait vers la vraie social-démocratie, lui. Avec des valeurs sociales réalistes et surtout avec un vrai sens démocratique ouvert.

      Quant a la suite, avec la dépression collective qui a suivi... difficile d'en juger avec un vrai recul. Je vous conseille la plus grande prudence puisque l'un des à-coups un peu farfelus qui s'en s'ont suivis a été... la création de QS!
      Entre autres.

      L'avènement de Charest reste le pire parmi bien les cahots politiques qui ont suivi le grand désabusement.
      Comme quoi les extrêmes s'attirent.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 24 juillet 2018 11 h 18

      Comme vous y allez rondement, monsieur Côté, dans le genre de charge toute personnelle dont on me gratifie souvent par ici. Représailles pour des observations qui ne vous étaient pas expressément adressées ni à monsieur Naud, ni à monsieur Bariteau, bien que je sois parfaitement conscient qu'elles puissent contrarier la tranquille assurance avec laquelle votre petit cercle se fait écho. Elle vous permettra au moins de trouver un adversaire commun. À défaut de fibre existentielle propre, rien de tel qu'un bon ennemi pour faire nation, selon l'expression du chanoine Rioux. Je ne m'en garderai pas cette fois : ces petits ad hominem ne sont pas à la hauteur des propos que vous tenez le plus souvent. Si j'avais un reproche à vous faire, ce serait de perdre votre temps à me tracassser, vu que de toute façon, vous ne jugez pas utile d'argumenter sur le fond (je ne m'excuserai pas de cette remarque, voyez!).

      Autrement, je dirai simplement que votre prétention à l'effet que je nourrirais une « détestation » à l'endroit du Québec n'est fondée que sur le sentiment qu'il n'y a qu'une manière légitime de l'aimer, que c'est la vôtre et que quiconque n'a pas le courage de s'en confesser serait de mauvaise foi et mériterait, peut-être, le mépris des chasseurs de truffes. Ce n'est pas bien grave : je suis sûr que vous y prenez le plaisir que vous pouvez.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 24 juillet 2018 11 h 38

      Monsieur Bariteau, vous n'y verriez peut-être aucun intérêt, mais il m'arrive très souvent de regretter que nous ne puissions échanger de vive voix, à bâtons rompus. Ce qui nous sépare le plus, je crois, ce n'est pas tant l'interprétation des « faits », bien que je sois en désaccord avec votre lecture de 83 et du passage et de la démission du Bouchard, mais sur cette idée que les citoyens du Québec seraient actuellement privés de leur souveraineté nationale, qu'ils s'en revendiquent en tant que CF, d'anglos, d'immigrants, d'autochtones ou autrement. J'ai la conviction que le fait que nous n'ayons pas fait sécession en 95 et qu'il n'y ait pas eu de soulèvement populaire suite à un prétendu vol et que les gouvernements de Québec ont utilisé régulièrement la clause 33 de la charte canadienne participent tous de la manière dont les québécois exercent leur souveraineté nationale. Ils pourraient le faire mieux, peut-être. Sans doute. Mais prétendre qu'ils en auraient été empêchés par Trudeau, Chrétien, qui on voudra sauf eux, ce n'est tout bêtement pas vrai. En 98, une partie des appuis traditionnels du PQ n'a certainement pas migré vers Charest parce que Bouchard n'était pas assez souverainiste à leur goût. Voyons donc...

    • Yves Côté - Abonné 24 juillet 2018 13 h 34

      Monsieur Maltais-Desjardins, ennemi je ne suis de personne et donc, certainement pas de vous.
      Adversaire en idée, oui je suis.
      Et si ma "charge" d'aujourd'hui vous semble un peu rude, c'est qu'elle répond simplement de l'intensité et de la direction de la vôtre.
      Parce que si je n'ai pas d'ennemi, dans aucun domaine de l'existence je n'ai peur de personne pour autant. Raison pour laquelle si la liberté me tient tant à coeur, l'égalité en valeur, en usage de ton et en signification discours et propos de tous me semble aller de soit.


      Mes salutations républicaines, bis, Monsieur.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 24 juillet 2018 14 h 33

      Bonjour Monsieur Trottier. Vous savez, j'ai vécu sur la même planète que vous, en 95. Les commandites, les immigrants non-francophones, et tout cela, je connais. Mais je le répète : si les québécois avaient été si nombreux à désirer tellement l'indépendance, tout cela qui s'est passé sous nos yeux n'aurait fait que renforcer leur détermination, le jour du vote et encore plus aux lendemains du référendum. Ces faits-là ne vous plaisent pas. À MOI NON PLUS ! Même si vous arriviez à me dissuader de les exposer en brisant le bel accord qui rège entre vous, cela n'y changerait rien, sinon que le réel ne vienne plus troubler le récit que vous lui opposez.

  • Raynald Rouette - Abonné 23 juillet 2018 07 h 53

    Appropriation culturelle rime plutôt avec « assimilation ».


    Je ne crois pas que ce soit le but recherché par Robert Lepage.

    Pour des raisons nébuleuses, des « créateurs alliés » ont été attaqués dans leur intégrité...

    Ces deux attaques aussi soudaines, qu’imprévisibles démontrent clairement que la politique sur le multiculturalisme de 1982 est un échec, avec beaucoup d’effets improductifs et divisibles. La Charte Canadienne vient accentuer ses effets négatifs. L’affaire est est devenue politique.

    Qu’est ce qui animent vraiment les deux groupes contestataires? Frustration? Colère? Envie? Ou sous influence? Pourquoi mêler l’art à la politique? Deux domaines inconciliables!

    Pourquoi faire porter l’odieux de l’esclavagisme et du sort réservé aux amérindiens sur des artistes comme Robert Lepage? Pourquoi les doléances des deux groupes contestataires ne sont pas adressés aux véritables responsables?

    Ce genre d’événements malheureux éloignent et refroidissent les sympathisants et alliés, en plus de faire reculer les dites causes. C’est à y penser...