Donald Trump et nous

Le mérite de Trump, c’est d’avoir compris que le libre-échange, longtemps profitable aux États-Unis, était désormais contre-productif.
Photo: Andrew Harnik Associated Press Le mérite de Trump, c’est d’avoir compris que le libre-échange, longtemps profitable aux États-Unis, était désormais contre-productif.

C’est entendu, les États-Unis sont un empire ; mais l’empire américain souffre présentement d’un déficit de puissance dû essentiellement à son déclin industriel…

C’est l’habileté tactique de Donald Trump à avoir su canaliser, à son avantage, les aspirations des victimes de la mondialisation de l’économie américaine, laquelle a entraîné la destruction d’environ dix millions d’emplois manufacturiers directs, et du double indirectement ! Ce sont donc ces 30 millions d’ouvriers américains, sacrifiés par leurs propres employeurs américains, qui constituent la base électorale de Donald Trump. Et c’est sur sa capacité de répondre aux aspirations de la classe ouvrière américaine que se jouent la réputation et l’avenir de sa présidence.

Le mérite de Trump, c’est d’avoir compris que le libre-échange, longtemps profitable aux États-Unis, était désormais contre-productif puisqu’il minait progressivement la puissance industrielle, commerciale et financière de l’empire américain. Son audace sans nom — son effronterie en quelque sorte —, c’est d’avoir abandonné sans état d’âme la cause du libre-échange, puis d’avoir embrassé dans l’enthousiasme un néoprotectionnisme brutal, sans compromis…

Par le passé, le gouvernement américain avait laissé l’économie américaine se mondialiser sous la pression insistante des multinationales américaines, et voilà que maintenant, avec Trump, il fait volte-face en exerçant à son tour une forte pression sur ces mêmes multinationales américaines afin qu’elles rapatrient leurs opérations manufacturières sur le territoire national. Cette réindustrialisation aux forceps pourrait très bien réussir puisqu’elle s’accompagne de très généreuses baisses d’impôts pour les entreprises.

Un tel succès aurait comme avantages, d’une part, d’enrayer le déficit chronique de la balance commerciale des États-Unis et, d’autre part, de répondre aux aspirations légitimes des couches populaires américaines qui espèrent retrouver la prospérité qu’elles avaient connue à l’époque des Trente Glorieuses !

Si la Chine, qui avait été conquise, dépecée et spoliée par les impérialistes occidentaux et japonais, a pu effectuer une prodigieuse renaissance qui l’a portée aux premières loges de la puissance économique mondiale, pourquoi alors les États-Unis, à l’instar de sa rivale chinoise, ne pourraient-ils pas eux aussi retrouver leur puissance perdue ?

Quant à nous, Québécois, dont l’économie s’est aussi mondialisée au prix exorbitant de 200 000 emplois industriels supprimés, nous pourrions tirer profit du changement d’orientation économique de notre puissant voisin et rompre avec notre habitude séculaire de copier, d’imiter et de plagier notre grand frère américain. Grâce à cet espace de liberté qu’on se donnerait, nous pourrions penser notre propre redressement industriel sur un modèle authentiquement québécois axé sur nos intérêts nationaux, sur la nécessité de transformer nos richesses naturelles chez nous, sur notre savoir-faire industriel et sur nos valeurs de collaboration, de solidarité et de partage dans le cadre d’une économie mixte. Tout le contraire du modèle capitaliste américain pur et dur…

Finalement, Trump, malgré son évidente démesure, ses décisions contradictoires et ses déclarations outrageantes, ne nous aurait-il pas rendu un fier service ? Celui d’être nous-mêmes, c’est-à-dire autonomes, créatifs et responsables quant à notre destin national.

20 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 21 juillet 2018 03 h 42

    SVP...

    "Donald, trompez-nous..."

    Voilà la supplication, souvent silencieuse, faite par les Nord-Américains qui manquent trop de courage pour avouer ouvertement le ratatinement en humanité qui les touche.

    Tourlou !

  • Francine Desmarais - Abonnée 21 juillet 2018 08 h 16

    Pelín d'erreurs

    Enlever l'accès aux soins médicaux, réduire l'accès à l'avortement, éliminer les balises de protections de l'environnement, couper les fonds pour l'éducation, réduire les visas pour scientifiques étrangers, permettre l'extraction pétrolière près des côtes, réduire les impôts des plus fortunés....
    Je dirais que le bilan après 18 mois est très négatif!

    • Nadia Alexan - Abonnée 21 juillet 2018 10 h 51

      L'auteur, Jaques Houle, ne parle pas du bilan interne de Trump. Il ne parle que du «libre-échange.» Il faut faire la part des choses. Le libre échange a favorisé les multinationales qui ont exporté les usines et la fabrication de produits au tiers-monde à la recherche d'une main-d’oeuvre à rabais et au détriment des travailleurs américains qui ont perdu des emploies solides et bien rémunérés.
      Il ne faut pas mettre la tête dans le sable. De quelle souveraineté nationale parle-t-on quand une entreprise privée peut contester nos lois devant les tribunaux, selon les ententes de libre-échange négociées en secret: l'ALENA, l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne (l'AÉCG) et le Partenariat Transpacifique?Poussés par le patronat et les transnationales, nos gouvernements troquent de plus en plus notre liberté contre une poignée de sociétés privées, dont les pouvoirs surpassent ceux de l'État.
      Ces ententes accordent aux sociétés des pays membres le droit de contester toutes les lois et les règles sur la protection de l'eau, de l'environnement, de nos services publics, de nos pensions, notre santé, nos aqueducs, routes et ponts, qu'ils considèrent une entrave à leur capacité de faire des profits. Donc une transnationale peut poursuivre nos gouvernements pour pertes de profits, dans des tribunaux secrets, à huis clos, sans qu'il ne soit possible de recourir à l'appel. Ces accords internationaux ne portent nullement ni sur l'intérêt public ni sur l'environnement.
      Pendant des années, nos élites n'ont pas arrêté de marteler que la mondialisation et le libre-échange seraient une source d'emplois et de prospérité. Vérification faite, c'est un mensonge. Le Québec a perdu des milliers d'emplois, bien rémunérés, dans le secteur manufacturier. Les salaires stagnent et la sous-traitance se propage partout, avec la précarisation des emplois à temps partiel, ce dont les femmes sont particulièrement touchées, et les inégalités augmentent. Beaucoup

    • Nadia Alexan - Abonnée 21 juillet 2018 12 h 49

      La suite de mon commentaire si haut: Beaucoup de chômeurs ont été exclus de la couverture des prestations de l'État.
      Les accords de libre-échange constituent une Charte de droits pour les grandes sociétés et empêchent les gouvernements de légiférer pour le bien commun.

    • Gaston Bourdages - Abonné 22 juillet 2018 07 h 44

      Que j'aime votre appuyée et pesée analyse madame Alexan ! Votre seule mention de « Bien commun » est à ce point pertinente. Bien commun, équité et inégalité, justice et injustice sociale, indignité et dignité humaine...des pistes de réflexion sur un genre de «monde» souhaitable et réalisable encore qu'il s'agisse d'un choix à faire.
      Je conclus avec cette question : « Au service de qui, le plus exactement possible, sont nos dirigeants politiques ? » Être prisonnier des grandes sociétés est aussi un choix de.... « Money talks, period ! »
      Gaston Bourdages,
      Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Gilles Bousquet - Abonné 21 juillet 2018 08 h 42

    Une récession canadienne et québécois...bénéfique ?

    .Bien oui, une récession mondiale, version Trump, va régler les dommages à notre environnement mondial. Le Canada manque de main d'œuvre, pollue en masse, avec son pétrole sale et coupe à blanc nos forêts. Une solide récession va tout nous arranger ça.

    Trump, notre sauveur qui veut polluer la terre, à la place des autres nations, principalement, la Chine...sur terre. À la place de venir de l'Ouest canadien, la pollution va nous venir du sud mais, comme les vents dominants nous viennent de l'ouest, on va se contenter de récolter le réchauffement de la planète avec la fonte de la calotte...

  • Cyril Dionne - Abonné 21 juillet 2018 08 h 51

    Le début d’un temps nouveau

    Les millions d’ouvriers américains, sacrifiés par un libre-échange malsain, sont la force derrière Donald Trump. Eux, les laissés pour contre qui ont perdu travail et maison durant la crise de 2008. Trump est le seul à part peut-être Bernie Sanders, qui parle à ces gens parce que même s’il est milliardaire, il a plus en commun avec eux qu’avec les élites de l’establishment aux souliers cirés. Mais ce que les Américains apprécient le plus chez lui, c’est qu’il ne parle pas la langue de bois, se fout de la rectitude politique et surtout, il tient ses promesses. Donc, ce n’est pas un politicien.

    Avec la baisse d’impôts et la tarification des produits importés aux États-Unis pour avoir un commerce réciproque entre les nations, l’économie américaine va connaître des sommets jamais vus auparavant. Fini les accords de libre-échange comme l’ALENA. Oui, l’époque glorieuse de la prospérité qu’ils avaient connue après la 2e guerre mondiale reviendra au pays de l’oncle Sam. Les Américains sont isolationnistes de nature.

    Les autres nations comme le Québec, pourraient prendre note de ces bouleversements à l’échelle mondiale. Avec plus de 80% de ses importations en direction des États-Unis, le temps est venu pour le Québec de se diversifier et surtout, de commencer à produire chez nous pour les gens de chez nous. Nous avons l’expertise et les ressources naturelles pour tirer notre épingle du jeu tout en maintenant un niveau de vie assez agréable pour les citoyens.

    La mondialisation, par l’entremise du libre-échange, a été un échec cuisant pour les gens ordinaires. Cette forme de capitalisme sauvage a enrichi ce 1% de la population mondiale à des niveaux jamais vu auparavant. Les mondialistes, avec leurs manigances camouflés, on su soutirer les pouvoirs politiques et économiques des différentes nations du monde tellement qu’elles ne sont plus souveraines chez elles.

    Le néolibéralisme est le malheur du siècle pour la classe moyenne.

  • Gilbert Talbot - Abonné 21 juillet 2018 09 h 35

    Trump n'est pas le bon modèle pour nous.

    Bien dit madame Desmarais. Le progrès de notre société oui passe par la prise de contrôle de notre propre destin , de notre développement économique et environnemental, ce que ne fait pas du tout Trump. Trump veut rendre la gloire passée à l'Amérique. Et pour y arriver, il est prêt à polluer davantage son environnement et le nôtre, trahir ses alliés, se lancer en guerre commerciale contre nous, envahir le Vénézuela et plier devant des despotes criminels comme Poutine et Kim Jung Un.Non merci! Ce n'est pas le chef du monde libre qui agit ainsi, c'est le maître des esclaves qui parlent. Obéissez-lui ou vous périrez! ''Ave Cesar, morituri te salutant'', comme disait l'autre.

    • Cyril Dionne - Abonné 21 juillet 2018 13 h 53

      Trump est le président des États-Unis et personne au Québec ne vote pour lui. Durant les 10 dernières années, les échanges commerciaux entre les États-Unis et le Québec, eh bien, les Québécois en sont sortis avec une différence positive de plus de 250 milliards. Pas surprenant que notre leader adoré, Philippe Couillard, veut s’adresser directement aux Américains, la base de Trump, pour leur dire qu’ils sont plus riches en commerçant avec le Québec. N’est stupide que la stupidité.

      Laissez les Américains avoir un gouvernement des Américains, par les Américains et pour les Américains. Ils sont souverains chez eux alors que nous, sommes encore des Tanguy.

      Trop drôle votre allusion au Venezuela. Envahir ce pays serait bénéfique pour les Vénézuéliens parce que présentement, ils sont sous la botte d’un tyran gauchiste, Nicolás Maduro, et ils crèvent littéralement de faim.