Visa le noir, tua le blanc

«C’est bien facile de crier au meurtre quand on n’est jamais victime», répond l'auteur à une lettre publiée par «Le Devoir».
Photo: iStock «C’est bien facile de crier au meurtre quand on n’est jamais victime», répond l'auteur à une lettre publiée par «Le Devoir».

Réplique au texte d’Alexis Tétreault, publié sur les plateformes numériques du Devoir le 14 juillet 2018

« La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. » — Françoise Giroud

Je brise moi aussi mon silence refoulé dans l’optique de mettre un peu de lumière sur un débat qui tourne en rond depuis trop longtemps. Avec son texte « Quand l’essentialisme devient un humanisme » du 14 juillet dernier, monsieur Tétreault prend comme élément déclencheur la collation des grades des diplômés LGBTQ+ de l’Université McGill. Son texte est mon propre élément déclencheur, et à cela s’ajoutent bien évidemment les oeillères que l’on s’est mises par rapport à SLĀV.

Je comprends les inquiétudes de monsieur Tétreault et de toutes les personnes s’étant portées à la défense de SLĀV. À première vue, il paraît en effet contre-intuitif, sinon ridicule que des groupes antiracistes ou inclusifs basent leurs revendications sur des caractéristiques qu’ils cherchent justement à endiguer. Par exemple, on reproche aux communautés noires de discriminer selon la couleur de peau, alors que le combat est d’éliminer cette distinction. On en veut aussi aux LGBTQ+ d’exiger des événements pour eux ainsi qu’une meilleure représentation, alors que ces personnes cherchent à supprimer les différences basées sur le genre, le sexe et l’orientation sexuelle. Oui, monsieur Tétreault, je comprends votre désarroi.

Mais il s’agit bien là d’une incompréhension candide, qui n’a pas cherché à s’informer au-delà des médias, au-delà de notre situation d’individu privilégié. Je suis moi-même quelqu’un qui se définit comme un homme, ma peau est claire, je suis principalement intéressé, malgré moi, aux personnes du sexe opposé. A priori, donc, il m’est bien difficile de vivre une quelconque forme de discrimination. La seule que je vis est d’ordre réellement objectif, celle qu’on cherche à instaurer ; si je ne suis pas accepté pour un emploi, c’est que je n’ai pas les compétences requises, pas parce que mon employeur potentiel avait des préjugés négatifs à mon égard.

Or, je m’exprime ici en tant qu’allié ; cette personne qui ne vit pas de discrimination, mais qui a décidé de comprendre la situation de ceux et celles qui en vivent. Quand, tous les jours, la société vous rappelle que vous n’êtes pas dominant, que vous n’avez pas certains privilèges informels, que vous n’êtes pas « normal », je conçois bien qu’au bout du compte, on puisse s’en lasser. Quand, chaque jour, on vous lance un commentaire misogyne dans la rue, on vous fait une blague sur les « fifs » ou on vous lance un regard de dégoût ou de méfiance à cause de préjugés par rapport à des gens de votre couleur de peau, je comprends parfaitement que cela devienne un facteur déterminant dans votre personnalité et vos revendications.

Pour un Blanc, pour un homme, pour un hétéro, donc, il est facile de s’ériger à l’encontre des quotas et autres moyens pour paliers les inégalités. Il est facile de dire que c’est raciste d’exiger qu’on prenne en compte la couleur de peau d’un individu pour jouer un rôle, que c’est sexiste de considérer le genre d’une personne en sus de ses compétences, ou encore que c’est discriminatoire d’organiser des événements réservés aux membres d’une communauté minoritaire ; c’est bien facile de crier au meurtre quand on n’est jamais victime.

Monsieur Tétreault dit qu’« on en vient à considérer un individu par ses aspects biologiques et non pas par son caractère ou par la fonction qu’il occupe dans son milieu ». Le problème est que la société s’en charge déjà, de cette distinction basée sur les aspects biologiques. De fait, alors que, dans la vie quotidienne, on refuse de voir les inégalités et les discriminations — parce qu’elles sont subtiles et insidieuses —, on déplore que ces mêmes victimes de discrimination en soient la cause lorsqu’elles s’offusquent et demandent à être plus visibles, plus présentes. Il s’agit bien là, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, de viser le noir, tuer le blanc — ou bien l’inverse, en l’occurrence. Exiger une représentation paritaire en politique n’est pas sexiste ; elle le sera lorsqu’il n’y aura aucune différence de traitement entre les hommes, les femmes, ou peu importe la manière dont l’individu a décidé de se considérer. Exiger une diversité de couleur de peau n’est pas raciste ; ce le sera lorsque plus personne ne prendra en compte ce facteur inconsciemment pour forger un jugement sur un individu.

En outre, il est facile de reprocher aux autres d’avoir une paille dans l’oeil, que ce soit la communauté noire, qui exige des actrices noires dans SLĀV (oh ! les antiracistes sont racistes !), ou la communauté LGBTQ+, qui demande une collation des grades pour elle-même (oh ! les inclusifs sont exclusifs !). Cependant, il serait bien, en tant que société, que l’on s’acharne plutôt sur la poutre que nous avons dans nos propres yeux en ce qui concerne la discrimination en tout genre.

25 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 17 juillet 2018 07 h 44

    Pas besoin d'en rajouter.

    Toute société humaine, quelle qu'elle soit, comporte en soi son lot d'injustices et de discriminations. Il est faux de se croire privilégié car cette notion est toute relative: toute personne est appelée un jour à subir une forme de discrimination, raciste ou culturelle, et nul n'en réchappe: nous sommes tous appelés à être le "juif" ou le "nègre" de quelqu'un d'autre. Mais personne ne me fera avaler que la "discrimination positive" n'en est pas une; en fait elle n'aura jamais rien de positif. Elle nous fait croire qu'on vient de régler un problème alors qu'en fait elle ne règle rien. Elle ne fait qu'ajouter une poutre de plus dans notre oeil, dans l'édifice de nos préjugés et de notre satisfaction bien-pensante.

    Pour ce qui est de la pièce "SLAV", on devrait laisser les gens de théâtre faire leur théâtre et éviter de leur dire comment ils doivent le faire. Point final. Si des personnes s'estiment lésés par le résultat final, rien ne les empêche de faire le leur et de le faire selon leurs goûts.

  • Cyril Dionne - Abonné 17 juillet 2018 07 h 47

    Les apôtres de l’apartheid volontaire

    Vous pensez aujourd’hui au Québec que la discrimination est rampante envers les personnes de couleurs et ceux dont la sexualité ne répond pas aux critères des conventions religieuses? Le Québec et la société occidentale ne sont pas parfaits mais ils ont évolué et continuera d’évoluer. Pensez-vous pour un instant qu’ailleurs, dans les pays qui n’ont pas connu un siècle des Lumières que c’est beaucoup mieux? Les gens d’une pensée binaire à la Georges W. Bush (vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous) sont le véritable problème dans cette équation.

    Les apôtres de la Sainte rectitude politique aux accents essentialistes sont apparus pour la première fois sur les campus des universités américaines. Nos étudiants des sciences sociales à majorité de race caucasienne, ont commencé à s’attaquer à tous les symboles qui représentent dans leur imaginaire collectif, une forme de discrimination. Tellement que leur posture est à l’extrême gauche, qu’ils ont été rabroués par des gens comme Bernie Sanders entre autre. Cette maladie qui a atteint nos rebelles sans cause a permis l’élection de Donald Trump en divisant le vote progressiste. Maintenant, au sein du parti démocrate, vous retrouvez trois groupes distincts : les démocrates néolibéralistes à la Hillary Clinton, les démocrates progressistes à la Bernie Sanders et enfin, nos extrémistes gauchistes qui veulent limiter le discours des autres. Staline en serait fier.

    Désolé, mais l’approche des essentialistes est incompréhensible. Instaurer un système de quotas à partir de la discrimination positive nous amène directement à une société style communiste où le génie humain, le talent et l’effort ne trouvent plus leur place. Consacrer l’apartheid et la ségrégation raciale comme des éléments positifs dans une société, eh bien, Martin Luther King doit se tourner dans sa tombe. Excusez-nous, mais la discrimination, la ségrégation et l’apartheid seront toujours de la discrimination, de la ségrégation et de l’apartheid.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 juillet 2018 08 h 10

    Excellent

    Quand on fait reproche d'essentialisme à ceux et celles qui sont essentialisés, c'est comme si on leur disait qu'ils et elles confirment les soupçons dont ils sont l'objet et se rendent eux-mêmes responsables d'attiser la discrimination. Tout se beau monde devrait se mettre aux sermons du chanoine Rioux.

    • Nadia Alexan - Abonnée 17 juillet 2018 08 h 40

      L'explication de monsieur Gignac ne tient pas la route. On ne corrige pas la discrimination et le racisme en faisant de même. Je peux citer deux exemples d'intégration et de succès phénoménal malgré la couleur de la peau noire. Boucar Diouf et Dany Laferrière sont deux exemples éloquents de réussite, parce qu'ils n'ont pas attendu la bienfaisance de l'état ou de groupes qui agissent contre le racisme pour s'épanouir. Au lieu de chialer, ils ont pris les choses entre leurs mains et ils ont fait une contribution inestimable à la société, ce qui a fini par leur apporter la reconnaissance et l'admiration de leurs semblables.
      Il faut essayer de s'intégrer au lieu de se lamenter tout le temps. «On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre.»

    • Bernard Dupuis - Abonné 17 juillet 2018 10 h 08

      Que pouvez-vous dire au sujet des « sermons du chanoine Rioux »? À moins que vous vouliez dire le « chanoine Groulx »?

    • Jean-Charles Morin - Abonné 17 juillet 2018 11 h 18

      Pour ma part, je préfère de loin les sermons du "chanoine Rioux" aux admonestations du sous-diacre Malltais-Desjardins.

    • Raymond Labelle - Abonné 17 juillet 2018 11 h 52

      Supposons un instant, par exemple (je ne connais pas assez les faits pour savoir) qu'il y a discrimination envers les comédiens noirs à l'embauche.

      Même si, par hypothèse, on voulait corriger une telle discrimination, il ne faudrait pas essentialiser les Noirs en les confinant à des rôles de Noirs ou en interdisant à des non-Noirs d'incarner des Noirs. Refuser cet essentialisme n'est pas nécessairement incompatible avec une possible reconnaissance de traitement discriminatoire envers un groupe ni même avec l'adoption de mesures de discrimination positive.

      Ainsi, par exemple, il pourrait arriver qu'un.e comédien.e noir.e incarne un personnage que l'on suppose blanc d'une pièce de Shakespeare et qu'un comédien.ne blanc.he incarne un esclave noir dans SLAV.

      En fait, jouer le rôle de l'autre me semble beaucoup plus intéressant pour la compréhension entre personnes que de se faire essentialiser et condamner à représenter son ethnie ou minorité visible seulement.

    • Raymond Labelle - Abonné 17 juillet 2018 14 h 37

      Le théâtre est une action par laquelle on représente autre que soi. C’est-t-y assez contre-essentialiste ça ?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 juillet 2018 15 h 56

      Cher monsieur Labelle, je crois qu'on passe totalement à côté de ce qui est en cause si on limite le débat à se demander qui peut jouer le rôle d'un noir, combien il en faut, etc. En tout respect, cela donne lieu à des raisonnements sophistiques remarquables. L'essentialisation des personnes et des groupes marginalisés n'est ni causée par une production comme SLAV ni ne pourrait tant trouver remède si les créateurs avaient la délicatesse ou la bienveillance ou la condescendance de se donner des quota ou de s'astreindre à des standards moraux qu'il faudrait préciser. Ce n'est pas cela qui est en cause et, entre vous et moi soit dit, on s'en beurre joyeusement le train que monsieur Lepage ou madame Bonifassi aient été privés de nous faire bénéficier de leurs lumières ou qu'ils aient été opportunément dissuadés de donner un spectacle de mauvais goût. Laissons cela aux gardiens auto-proclamés de la Culture, de l'Universel et aux autorités policières, qui eussent efficacement réprimé toute tentative de les empêcher. Ce qui est en cause, c'est la persistence d'une discrimination systémique à l'encontre des minorités visibles, des femmes, des croyants, des LBGT, auxquels les exabollés de l'Identité québécoise francophone reprochent insidieusement de poursuivre leur combat pour la simple reconnaissance de leur existence quotidienne à l'encontre de leur grand projet national essoufflé depuis vingt ans. De cette discrimination, il est déjà si peu question dans les médias. Tout ce qu'on demande à ceux qui s'en plaignent un peu bruyamment, c'est d'aller se faire voir ailleurs. C'est plus net. Et plus pathétique.

    • Raymond Labelle - Abonné 18 juillet 2018 10 h 58

      Essencialisé, quand te désessencialiseras-tu ? Je me désessencialiserai quand tous les essencialisés auront été désessencialisés.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 juillet 2018 11 h 57

      Aidez-moi je vous prie à me défaire de l'impression que vous vous livreriez à un jeu purement verbal ;).

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 juillet 2018 12 h 01

      Monsieur Morin, heureusement, je ne vous demanderai pas d'abandonner votre culte et vos curés.

    • Raymond Labelle - Abonné 18 juillet 2018 12 h 27

      En fait, cette intervention (18 juillet, 10h58) résume les vôtres de ce fil: si des groupes s'essencialisent, seuls seraient à blâmer leurs oppresseurs (réels ou imaginaires, selon les groupes et les faits - mais réels selon vous). Les membres de ces groupes ne pourraient donc quitter la position essencialiste que lorsque leurs oppresseurs auront cessé de les essencialiser. Et une critique de cette auto-essencialisation en réaction à l'essencialisation des oppresseurs serait une autre marque d'oppression. D'après vous.

      Par position essencialiste, on entend celle selon laquelle seuls les membres d'un groupe, ou en tout cas une proportion (laquelle et déterminée par qui?) peuvent représenter ce groupe dans des manifestations artistiques, en tout cas de scène, et selon laquelle de telles représentations doivent être soumises à l'imprimatur de représentants (qui? désignés comment?) de ce groupe.

      Pour le reste, vous pouvez me relire. Je crois être assez clair. Vous y constaterez que j'aborde directement la question de la représentation du groupe dans la forme d'art théâtre qui, par définition d'ailleurs, implique d'incarner autre que soi. Ce qui est tout à fait dans le sujet que vous évoquez dans votre intervention principale.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 juillet 2018 22 h 20

      Merci pour les précisions, monsieur Labelle, mais je crains qu'on n'y arrive pas. L'essentialisation consiste à désigner telle ou telle caractéristique d'un individu ou d'un groupe comme le distinguant par nature des autres. Des fois, elle est revendiquée par ceux qui s'y reconnaissent, d'autres fois, elle leur est plutôt imposée de l'extérieur. Très souvent, les deux ensemble dans une dialectique complexe. Ainsi des noirs, par exemple, dont la couleur de la peau a servi par ici à justifier la discrimination, bien qu'elle ne soit pas une caractéristique essentielle, mais qui servira aussi aux communautés racisées à justifier la revendication d'une parole qui leur soit propre, donnant fatalement l'impression que c'est eux-mêmes qui sont racistes... comme certaines mouvances féministes plus radicales pourront passer pour un sexisme parfaitement symétrique à celui des hommes. La question philosophique de l'existence d'une nature humaine partagée entre les types sexuels, ethniques ou autres ou au contraire de l'indétermination foncière où nous resterions malgré ces traits n'est pas inintéressante - je dis ça je dis rien ! -, de même que la manière dont les arts est susceptible d'y apporter un éclairage théorique, mais, justement, le danger c'est d'adopter sur ces questions une position trop étroitement théorique ou esthétique, en mettant des majuscules partout et des carpettes pour s'essuyer les pieds avant d'entres dans les théatres où elles sont posées. Elles sont d'abord politiques. Le geste des contestataires l'est aussi. Leur cible, ce n'est pas monsieur ou madame, ni la Liberté d'expression, ni la Culture, ni la Démocratie, au secours desquels nos bonnes âmes se portent avec un certain mépris pour ceux qui les dérangent. Ce qu'ils mettent en représentation, c'est leur vision d'un monde où l'exclusion des noirs d'un spectacle a valeur de symptôme d'une discriminationdont personne ne veut parler, surtout pas avec des gens qui ont d'aussi mauvaises manières.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 juillet 2018 22 h 24

      J'ajoute que je ne me prononce pas sur la justesse de leurs perceptions. Tout au contraire, je crois que c'est cela qui doit être débattu et ne le sera pas, comme toujours, une fois qu'on se sera remis de l'émoi où nous aura jeté cet événement

    • Raymond Labelle - Abonné 18 juillet 2018 23 h 12

      "Des fois, elle est revendiquée par ceux qui s'y reconnaissent, d'autres fois, elle leur est plutôt imposée de l'extérieur. Très souvent, les deux ensemble dans une dialectique complexe." RMD.

      En effet. Tout n'est pas si simple. Justement, la censure et l'intimidation sont des réponses trop simples à ces questions délicates. Surtout lorsqu'elles visent des spectacles où les auteur.es ont l'esprit ouvert et dont le contenu lui-même n'est pas en cause.

      Avec le bon ratio de comédien.nes d'appellation contrôlée, tout à coup, le même spectacle avec le même texte n'est pas raciste. Le contenu n'est pas mis en cause, par les contestataires qui ont fait les médias du moins. Au moins, par exemple, dans le cas des Fées ont soif, ou dans d'autres cas où une censure a été demandée ou appliquée, celle-ci était en raison du contenu même. Ici, non.

  • Paul Gagnon - Inscrit 17 juillet 2018 09 h 44

    Ce qui est inquiétant, c'est que monsieur Marc-Antoine Gignac étudie en droit.

    Il est vrai que depuis 1982, nous avons un surgouvernement des Juges.

  • Bernard Dupuis - Abonné 17 juillet 2018 09 h 50

    Le procédé est celui de la victimisation

    Les Québécois furent longtemps accusés par Elliot Trudeau de jouer les victimes pour attirer la pitié. Il suffit de relire le livre de Pierre Vallière, ancien collègue de Trudeau à Cité Libre, pour retrouver la description des Québécois souffrant de pauvreté matérielle et intellectuelle, d’intolérance, de tentatives d’assimilations, bref d’être victimes de toutes les injustices des peuples colonisés.

    Nos voisins en avaient marre que nous nous présentions continuellement comme des victimes. On nous disait : « prenez-vous en main et cessez de vous plaindre ». C’est ce qui a donné naissance au mouvement indépendantiste à la fin des années soixante et permis au Québécois de vaincre ce sentiment de victimisation en s’affirmant comme jamais auparavant. Toutefois, il faut reconnaître que ce mouvement d’affirmation s’est essoufflé et reste inachevé.

    Il me semble que l’auteur ci-dessus veut reprendre ce procédé de victimisation. Toutefois, cette victimisation ne s’applique plus au peuple québécois, mais à certains groupes particuliers présentés comme persécutés.
    Pourtant dire que « … c’est bien facile de crier au meurtre quand on n’est jamais victime » ne tient pas la route devant l’histoire. Les Québécois furent victimes d’intolérance, de racisme et d’injustices pendant des centaines d’années. À la lumière de certains événements comme l’anglicisation de la ville de Montréal, de la censure de SLAV, de la culpabilisation à tout propos, certains pourraient dire que la colonisation des Québécois se poursuit. Pourquoi même Raido-Canada fait-il la promotion de la culture anglophone à la place de la culture française?

    Bernard Dupuis, 17/07/2018