Montréal doit freiner de façon radicale son étalement urbain

De 1998 à 2008, la distance moyenne d’un déplacement dans le Grand Montréal est passée de 6,3 à 6,8 km, une augmentation de 8%.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir De 1998 à 2008, la distance moyenne d’un déplacement dans le Grand Montréal est passée de 6,3 à 6,8 km, une augmentation de 8%.

En cette période préélectorale, la surenchère à laquelle les partis politiques québécois se livrent en matière de promesses d’expansion des infrastructures de transport génératrices d’étalement urbain n’a rien de rassurant. Compte tenu du lien évident entre étalement urbain, congestion et pollution, cela compromet la compétitivité à moyen et long termes de la région métropolitaine de Montréal par rapport à celles de Toronto et d’Ottawa.

Qui peut alors s’étonner qu’une compagnie comme Amazon ait manifesté un intérêt pour Ottawa et Toronto, mais aucunement pour Montréal ? Une ville congestionnée incapable de maîtriser son expansion est vouée à la marginalisation. L’étalement urbain observé dans la grande région de Montréal est lourd de conséquences.

Actuellement, chaque jour, 1,3 million de véhicules franchissent les ponts de l’île de Montréal. Or, si l’île de Montréal avait la densité de population actuelle de Vancouver, elle accueillerait 3 millions d’habitants au lieu des 1,7 million d’habitants actuels, ce qui réduirait radicalement ce nombre de véhicules.

La situation actuelle engendre des coûts considérables si l’on songe que, pour les déplacements domicile-travail, un véhicule venant sur l’île à partir de l’extérieur parcourt en moyenne 57 kilomètres par jour, tandis qu’un véhicule provenant de l’île ne parcourt en moyenne que 19 kilomètres. Il s’agit là d’un rapport de 1 à 3. Notons qu’en dix ans, de 1998 à 2008, la distance moyenne d’un déplacement dans le Grand Montréal est passée de 6,3 à 6,8 km, pour une augmentation de 8 %.

Jusqu’à récemment, il était difficile de comparer avec exactitude l’étalement urbain de diverses zones métropolitaines du fait qu’il n’existait aucune méthode permettant d’estimer mathématiquement les frontières de la ville centrale, de la première couronne et de la deuxième couronne d’une région métropolitaine. J’ai récemment mis au point une méthode permettant de le faire, méthode qui a été appliquée aux cas de Montréal et de Toronto. Il ressort de cette application les faits suivants.

Gaspillage d’espace

En 2016, la population de la région métropolitaine de Toronto délimitée à l’aide de cette méthode représentait 138 % de la population de la région métropolitaine correspondante de Montréal, alors que la densité de population de la région métropolitaine de Toronto était égale à 177 % de la densité de population de la région métropolitaine de Montréal. Cela révèle que la région métropolitaine de Montréal est significativement moins dense que celle de Toronto (la densité moyenne de celle de Montréal est de 746 habitants au kilomètre carré, comparativement à 1323 hab./km2 dans le cas de Toronto).

En 2016, la superficie de la région métropolitaine de Toronto délimitée à l’aide de la méthode était de 4271 km2, tandis que celle de la région métropolitaine de Montréal était de 5510 km2, ce qui veut dire que la superficie de cette dernière excède de 29 % la superficie de la précédente, alors que la population de la région métropolitaine de Toronto dépasse de 38 % celle de la région métropolitaine de Montréal. Cela illustre à quel point la région de Montréal « gaspille » l’espace comparativement à celle de Toronto.

Un indice simple de l’étalement urbain consiste à diviser la densité de la deuxième couronne par celle de la ville centrale. Selon ce calcul, en 2016, l’indice d’étalement était de 4,3 % à Montréal contre 10,8 % à Toronto. Le fait que l’indice d’étalement de Toronto était 2,5 fois plus élevé que celui de Montréal découle de ce que la deuxième couronne est considérablement plus densément peuplée à Toronto qu’à Montréal. En somme, l’aire métropolitaine de Toronto est plus restreinte ; les densités y sont plus élevées et elles y varient moins du centre vers la périphérie que dans le cas de Montréal.

Cela tient, entre autres, au fait que l’Ontario a instauré, en 2005, une ceinture verte de 7200 km2 au nord de la région métropolitaine de Toronto, ce qui force toute la zone métropolitaine à se densifier, coincée qu’elle est entre, au sud, le lac Ontario et, au nord, la ceinture verte. Notons que l’instauration d’une ceinture verte est une mesure infiniment plus radicale que l’établissement de péages sur les ponts entourant l’île de Montréal que plusieurs proposent.

Grâce, entre autres, à l’instauration de la ceinture verte torontoise, entre 2006 et 2016, l’indice d’étalement de Toronto a « diminué » de 2,91 %, alors que celui de Montréal a « augmenté » de 11 %. En matière d’aménagement urbain, le courage est un ingrédient indispensable, sans lequel une ville ne peut que péricliter.

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