Pour améliorer les conditions de vie de nos aînés

Les services déjà dispensés dans les CHSLD sont de qualité quand on considère le contexte dans lequel ils sont donnés.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les services déjà dispensés dans les CHSLD sont de qualité quand on considère le contexte dans lequel ils sont donnés.

Le débat provoqué par le dépôt de l’action collective par le Conseil pour la protection des malades contre le gouvernement du Québec est bien engagé. Il me laisse perplexe à plusieurs égards, étant donné que les CHSLD au Québec sont depuis belle lurette une cible privilégiée de promesses et de commentaires de la part de nos politiciens et de différentes organisations de défense de droits ou d’observateurs dits intéressés par le domaine : ils constituent un terrain de jeu idéal en période pré-électorale.

Cependant, il est bien possible ici qu’on ne puisse déclarer de gagnant à la fin. L’issue de ce débat risque de passer à côté de l’objectif qu’au fond on souhaite tous atteindre, soit améliorer les conditions de vie de nos aînés, qui ont largement contribué à créer la société dans laquelle nous vivons actuellement.

Ne nous méprenons pas : il n’est pas question d’affirmer que tout l’environnement de ces centres est idéal et qu’il ne doit pas faire l’objet d’une attention renouvelée ou d’investissements judicieux pour les rendre plus humains, plus attrayants, plus respectueux, au contraire… Il manque de physiothérapeutes, d’ergothérapeutes, de nutritionnistes, de techniciens en loisirs, d’infirmières et de bien d’autres soignants. Peut-être pas un grand nombre, mais un minimum selon chacun des établissements.

Rappelons-nous qu’il s’agit effectivement de milieux de vie, oui, mais de milieux de vie substituts, et que les personnes qui y vivent ont des besoins bien différents de celles qui vivent à domicile ou en résidence pour personnes autonomes (RPA). Ainsi, on ne peut s’attendre à ce que les CHSLD soient une copie conforme de milieux de vie naturels, car, justement, les besoins de leurs résidents sont bien différents.

L’action collective déposée pourrait bien, finalement, bénéficier plus à ceux qui l’ont concoctée depuis plusieurs mois qu’aux personnes concernées elles-mêmes. En fait, les coûts élevés déjà engendrés pour préparer cette action et ceux qu’elle va entraîner pour la présenter et la défendre (ou la bloquer) seront déduits des sommes qui pourraient éventuellement être accordées aux familles des plaignants, dont une grande part sont des aînés qui ont déjà quitté ce monde.

Pourquoi attribuer cet argent (quelques centaines de millions de dollars) aux avocats ou aux personnes qui ont vécu au cours des dernières années en CHSLD ou à leurs représentants ? Ne serait-il pas plus profitable d’investir dans l’avenir, dans différentes mesures qui auraient pour objectif d’améliorer le sort de ceux qui vivent présentement dans des CHSLD ou qui y vivront dans le futur ?

Améliorer les choses

Les 22 exemples de mauvais services cités par le Conseil pour la protection des malades sont bien réels, il n’y a aucun doute là-dessus. Certains méritent d’être qualifiés, bien sûr, et on ne peut dire qu’ils existent dans tous les CHSLD du Québec. Convenons qu’à la base, les services déjà dispensés sont de qualité quand on considère le contexte dans lequel ils sont donnés. Cela est confirmé par plusieurs.

Cependant, ils peuvent servir de point de départ à un engagement du gouvernement à améliorer les choses. Du fait que plusieurs instances, tant gouvernementales que paragouvernementales, des associations professionnelles et la population elle-même sont interpellées, il est nécessaire de constituer un regroupement politiquement indépendant, rattaché par exemple au Protecteur du citoyen ou au Commissaire à la santé récemment réhabilité, pour piloter cette démarche.

Encore faut-il que le gouvernement soit disposé à investir ces sommes dans les mesures retenues, sommes qu’il devra selon toute évidence dépenser de toute manière, d’une façon ou d’une autre, dans les prochains mois. Mieux vaut, à mon avis, utiliser ces sommes pour améliorer les choses pour l’avenir, plutôt que de les attribuer en dédommagement pour des actions passées, même s’il y a une certaine rhétorique pour ce faire.

Je suis d’ailleurs convaincu que, fondamentalement, les personnes visées par un éventuel dédommagement préféreraient que ces sommes soient consacrées à améliorer le milieu actuel de vie des personnes qui vivent en CHSLD ou qui sont appelées à y vivre dans le futur.

Pour cela, il faut que l’engagement du gouvernement soit clair, afin de contrecarrer les allégations (justifiées) faites depuis quelques jours par plusieurs observateurs indiquant qu’il y a déjà des rapports de visites et des études réalisées dans le passé qui contiennent des recommandations appropriées, dont certaines ont donné lieu à des engagements formels du gouvernement, mais sans qu’on y donne suite. Nous sommes dans la période idéale pour analyser ce que nos aspirants représentants à l’Assemblée nationale sont prêts à faire à cet égard pour changer les choses.

Enfin, je ne peux m’empêcher de souligner que la population a aussi un rôle important à jouer pour améliorer la situation, et cela doit commencer par visiter régulièrement nos aînés dans les CHSLD. Je suis bien placé pour constater que, trop souvent, ceux-ci sont délaissés, voire abandonnés, dans ce milieu de vie substitut, laissés à eux-mêmes et au personnel qui, pour la plupart, se donne à 110 %. C’est une responsabilité collective souvent négligée…

5 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 12 juillet 2018 05 h 50

    AMÉLIORATION DES CONDITIONS DE VIE DES AVOCATS ET DES JUGES

    Hé oui, monsieur Morissette!
    Vous avez sûrement remarqué que c'est généralement aux structures publiques que les avocats et juges s'en prennent.
    En bout de ligne, ce sera toujours les citoyens « moyens » qui payeront la note pour l'amélioration des conditions de vie de la magistrature.

  • Élaine Bissonnette - Abonnée 12 juillet 2018 06 h 58

    Ma mère

    Vous avez raison pour l'argent... Ma mère est décédée en 2004 et oui, elle a été mal nourrie. On a converti sa nourriture normale qu'elle mangeait toujours goulument en purée puisqu'elle ne pouvait plus bien avaler.. ayant eu le parkinson figé.. Eh bien, ils n'ont pas pris la même portion pour la convertir, ils ont dû couper au moins de moitié.. et elle a perdu du poids... Ils m'ont fait croire que c'était la maladie mais j'ai continué à leur dire que c'était pas possible , de la peser toutes les semaines jusqu'à ce que j'allume et que j'attende la médecin pour lui DIRE de doubler la portion de nourriture .. ne pouvant plus s'exprimer elle en laisserait si elle n'avait plus fin.. et ce fut réglé et elle mangeait tout.. Enfin, c'est terminé pour moi et pour elle surtout... Si j'avais remporté quelque somme, j'aurais cherché à l'investir dans un CHSLD.. pour faire avancer les choses... voilà
    Elaine Bissonnette

  • Denis Grenier - Abonné 12 juillet 2018 07 h 49

    Le devoir de mémoire.

    Cette action judiciaire est judicieuse. Elle aura le mérite de rappeler que plus jamais un gouvernement ne pourra se permettre de diminuer les budgets en santé et d'augmenter le salaire de vos pairs dans le but de présenter un bulletin financier obtenu dans un but électoral, la réélection, tout en pénalisant les personnes, nos personnes institutionnalisés les plus vulnérables, et tout en rejetant la responsabilité des effets des coupes budgétaires sur les gestionnaires immédiats qui ont été eux-mêmes compressés par une ou deux loi. M'entendez-vous bien monsieur Morissette ? Plus jamais ! Car par votre lettre vous pourriez être accusé, à tort, de vouloir défendre la méthode néo-libérale de gestion, sans empathie aucune, le déni de sa responsabilité et son apparence de bonne gestion avec le sourire fier des monseigneurs Leitao, Barrette et Couillard. Les pharisiens de notre ère. Dans ce terrain de jeu électoral, nous ne sommes pas tous intéressé à l'amélioration des conditions de vie de nos aînés en perte d'autonomie. Je me souviens.

  • Nadia Alexan - Abonnée 12 juillet 2018 09 h 20

    Le gouvernement ne comprend pas qu'avec une poursuite en justice!

    Il ne faut pas s'attendre que le gouvernement va respecter un engagement dans ce sens, même s’il promet d'améliorer le sort des aînés dans les CHSLD. Le gouvernement avait le temps de corriger la situation pénible au seine de ces maisons d'entreposage où on interne nos aînés. Le seul langage que les gouvernements comprennent est celui de la poursuite en justice.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 12 juillet 2018 21 h 12

    «(Les frais judiciaires de ce recours) seront déduits des sommes (…) accordées aux familles des plaignants» (Dr Guy Morissette)

    Et qu'en est-il de votre scandaleux salaire stratosphérique qui est «déduit des sommes accordées» au soin des aînés, hein?

    Pour consentir l'augmentation de salaire injustifiée du corps médical, les autorités de la Belle province ont rogné la dépense au fil du temps en laissant les vieux mariner dans leur pisse et en les gavant de «patates en poudre», d'où la nécessité de ce recours en justice.