Les Laurentides, entre explosion et implosion

Les luttes citoyennes menées à Saint-Adolphe-d’Howard, entre autres, témoignent de l’attachement des Laurentiens à leur territoire.
Photo: Municipalité de Saint-Adolphe-d’Howard Les luttes citoyennes menées à Saint-Adolphe-d’Howard, entre autres, témoignent de l’attachement des Laurentiens à leur territoire.

Les Laurentides connaissent depuis quelques années une forte croissance démographique et un dynamisme économique qui font l’envie de bien des régions du Québec. En revanche, ces atouts produisent des effets pervers sur les plans social et environnemental.

La croissance démographique des Laurentides, l’une des plus marquées au Québec, crée d’abord une forte pression sur l’accès aux services publics et aux ressources communautaires, déjà fragilisé par un sous-financement chronique auquel se sont ajoutées les mesures d’austérité des dernières années. Par exemple, en 2015, le Centre intégré de santé et de services sociaux des Laurentides a vu son budget amputé de 23 millions de dollars, ce qui a entraîné une réduction des services, en particulier en santé mentale. […]

Pôles négligés

Les Laurentides jouissent d’une croissance économique réelle avec un taux de chômage légèrement inférieur à la moyenne québécoise et un revenu disponible par personne un peu plus élevé, quoiqu’inégal entre hommes et femmes et selon les MRC (municipalités régionales de comté). L’industrie s’y est largement diversifiée au cours des dernières années, bien qu’à ce chapitre, elle ait connu en 2016 le plus fort recul des régions du Québec. […]

Ses principaux pôles de développement sont le tourisme de villégiature, l’industrie forestière dans les Hautes-Laurentides et le transport électrique avancé à Saint-Jérôme. S’y ajoutent l’aéronautique, l’agriculture et l’industrie agroalimentaire. La plupart de ces pôles mériteraient toutefois un appui plus soutenu du gouvernement. Par exemple, l’industrie du bois d’oeuvre, toujours menacée par l’humeur du voisin étatsunien, devrait avoir un meilleur accès à des marchés locaux, comme celui de la construction dans le secteur non résidentiel. Et l’expertise en transport électrique avancé, initié en partie à Saint-Jérôme il y a déjà vingt ans, a tardé à recevoir l’attention des gouvernements. […]

Enfin, pour que se poursuive cette croissance, on devra se préoccuper davantage de la formation de la main-d’oeuvre jeune et adulte. La proportion de la population active n’ayant aucun diplôme secondaire est au-dessus de la moyenne québécoise (35,6 % contre 31,1 % pour l’ensemble du Québec). […] Si on ajoute à ce portrait un vieillissement de la population plus marqué qu’ailleurs, particulièrement dans les Hautes-Laurentides, on prévoit pour les prochaines années un manque important de main-d’oeuvre qualifiée.

La croissance démographique et économique des Laurentides, toujours dans le contexte du modèle néolibéral adopté par nos derniers gouvernements, encourage l’étalement urbain. Dans les Basses-Laurentides, l’autoroute 15 prend l’allure d’un boulevard Taschereau et l’on empiète de plus en plus sur les terres agricoles […].

Environnement et culture

Plus au nord, avec l’expansion récréotouristique, la menace pèse sur la santé des lacs et des rivières, dont dépendent la pérennité et la qualité de l’eau. […] La menace pèse aussi sur de nombreuses aires naturelles reconnues pour leur faune et leur flore ou pour la beauté de leur paysage. Les luttes citoyennes menées à Saint-Adolphe-d’Howard contre la ligne aérienne d’Hydro-Québec, dans la région de Sainte-Lucie pour la défense du mont Kaaikop et à Grenville-sur-la-Rouge contre un projet minier témoignent de l’attachement des Laurentiens à leur territoire.

Finalement, le secteur culturel continue d’être un parent pauvre de cette croissance régionale en dépit de l’arrivée de nombreuses salles de spectacle, dont le nouveau et magnifique Théâtre Gilles-Vigneault à Saint-Jérôme. En effet, de 2010 à 2015, les dépenses de l’administration publique ont carrément diminué dans des domaines comme les métiers d’art (– 64,4 %), les arts médiatiques (– 51,0 %), la danse (– 36,9 %), les bibliothèques (– 3,8 %), sans parler du Musée d’art contemporain des Laurentides. Outre ce financement inadéquat, ce qui manque le plus, ce sont des lieux de création collective et de diffusion comme l’Atelier de l’île ou les Jardins du précambrien (qui viennent malheureusement de fermer) à Val-David. […] La culture n’est pas un produit de consommation : elle est de l’ordre de l’air qu’on respire ; elle témoigne de l’état de santé de nos communautés.

Des commentaires ou des suggestions pour des Idées en revues ? Écrivez à rdutrisac@ledevoir.com.

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d’un texte paru dans la revue À babord !, été 2018, no 75.
3 commentaires
  • Michel Picard - Abonné 10 juillet 2018 06 h 48

    bravo

    Bonjour Marcei, excellent article qui a trouvé au moins un couple de lecteurs outre-Atlantique,

    Christiane et Michel

  • Loyola Leroux - Abonné 10 juillet 2018 09 h 42

    Pour pousser la réflexion sur les Laurentides

    L’article de monsieur Gosselin est très intéressant et décrit bien notre réalité. Il serait intéressant de pousser la réflexion sur au moins deux sujets.

    Concernant le manque de main d’œuvre, un thème à la mode actuellement dans nos médias, il faudrait résoudre un semblant de contradiction. D’une part des experts, lourdement diplômés, nous prédisent rien de moins, qu'une catastrophe, le manque de main d’œuvre et sa conséquence le besoin d’immigrants et d’autre part, d’autres experts, tout aussi compétents, nous annoncent que les robots vont remplacer la moitié de la main d’œuvre actuelle. Il y a de quoi perdre son latin, pour ceux qui ont eu la chance de l’apprendre !

    Un autre sujet à explorer concerne les règles municipales pour encadrer l’urbanisme. En divisant le territoire en secteur résidentiel, commercial et industriel, dans les années 60, nos dirigeants ont imposé, à courte vue, l’utilisation de l’automobile au détriment de la marche à pieds ou de la bicyclette, pour rejoindre les commerces de proximité. Il me semble que cette division du territoire devrait etre revue.

    Enfin, monsieur Gosselin souhaite que le gouvernement s’implique d’avantage, espérons que le candidat local de la CAQ ne soit pas élu, lui qui prône la privatisation comme solution à tous nos problèmes.

    Cordialement,

    Loyola Leroux, Prévost

  • Marie Nobert - Abonnée 10 juillet 2018 23 h 50

    Les «vrais pays d'en haut» historiques (partie de l'Ontario septentrional) et les «terribles pays d'en haut» (de misères et devenus spéculatifs)!!! ??? (!)

    «Je suis de race forte et de source féconde...» Misère.

    JHS Baril