La crise des médias est la plus grande menace pour la diversité canadienne

La semaine dernière, neuf hebdomadaires et un quotidien de Postmedia ont annoncé leur fermeture. Cette annonce, qui suit celle de 36 publications du Canada anglais et de plusieurs autres au Québec, n’est pas une surprise, estime l'auteure. 
Photo: Chris Young La Presse canadienne La semaine dernière, neuf hebdomadaires et un quotidien de Postmedia ont annoncé leur fermeture. Cette annonce, qui suit celle de 36 publications du Canada anglais et de plusieurs autres au Québec, n’est pas une surprise, estime l'auteure. 

Chaque 1er juillet est l’occasion pour le Canada de mettre en avant sa diversité culturelle et la vitalité de ses régions. Pourtant, cette année, la fête a un goût amer. Cette pluralité tant célébrée s’effrite à grande vitesse, au rythme effréné des fermetures de journaux locaux. Cette année, la voix de nombreuses régions du pays s’est éteinte et, à moins d’une action rapide du gouvernement Trudeau, cette diversité régionale ne sera plus qu’un slogan vide de sens.

La semaine dernière, neuf hebdomadaires et un quotidien de Postmedia ont annoncé leur fermeture. Cette annonce, qui suit celle de 36 publications du Canada anglais et de plusieurs autres au Québec plus tôt cette année, n’est pas une surprise, et c’est ce qui fait le plus mal. Depuis plusieurs mois, nous interpellons les gouvernements et les élus de tous les partis au sujet de la crise des médias. Tous disent comprendre l’intérêt de maintenir une information journalistique de qualité partout au pays, mais le sentiment d’urgence n’y est pas.

L’année 2018 sera sans doute l’année charnière de l’information au pays. Sera-t-elle celle où les gouvernements auront eu le courage de dépasser les intérêts partisans pour assurer la survie du journalisme régional et national ? Pour le moment, le Canada demeure le cancre parmi les pays industrialisés sur le plan de l’aide gouvernementale aux médias et il serait temps de sortir de cette queue de peloton.

Nous pourrions discuter en long et en large des décisions prises par un média ou un autre pour s’adapter au virage numérique. Mais s’attarder sur cette question masquerait le véritable enjeu : les médias écrits pourront-ils survivre au Canada sans l’aide de l’État ?

La réponse est non. Les médias écrits sont tous passés en mode « survie » au cours des trois ou quatre dernières années, chacun se demandant comment produire la même information avec moins de revenus. Ceux-ci sont condamnés à disparaître si rien n’est fait, car la source de leur désarroi demeure bien présente : la chute des revenus publicitaires.

La publicité, le nerf de la guerre

Le débat sur l’avenir de l’information est complexe, et il est commun de blâmer les médias comme étant responsables de leur sort. Cette posture me semble aussi pertinente que de dire qu’un chômeur est responsable d’une crise économique qu’il subit. Nous n’avons plus le temps des faux débats et des disputes partisanes. Que les journaux soient payants ou gratuits, imprimés ou numériques, à tendance fédéraliste ou souverainiste, la question n’est plus là. Les médias vivent tous principalement de revenus publicitaires et la source s’est tarie considérablement depuis que Google et Facebook ont mis la main sur ces milliards de revenus.

Ces jours-ci, il est aussi de bon ton de dénigrer le travail des journalistes parmi les opposants à toute aide gouvernementale aux médias. Ceux-ci semblent à la fois mal connaître ce métier et fermer les yeux sur ses apports nécessaires. Sommes-nous réellement prêts à vivre dans un monde sans information journalistique ? Qui passera des journées à décortiquer les projets de loi ou les budgets, à assister aux débats parlementaires ou à enquêter pendant des semaines sur des systèmes de corruption ? Les journalistes sont les yeux et les oreilles de la population et ils sont un atout nécessaire à la démocratie.

Les timides programmes d’aide récemment créés tant du côté provincial que du fédéral doivent céder la place à des mesures beaucoup plus costaudes et structurantes. On pense ici particulièrement à des crédits d’impôt sur la masse salariale, qui permettraient le maintien des emplois et la continuité dans la production de contenus d’information de qualité.

Au Québec, lors de la campagne électorale, nous interpellerons nos politiciens pour savoir s’ils considèrent que le journalisme professionnel doit encore jouer son rôle de contre-pouvoir et de surveillance. Cet automne, nous attendons des engagements concrets de la part de tous les partis pour assurer la pérennité et l’indépendance de nos sources d’information.

À Ottawa, le gouvernement fédéral préparera pour sa part son dernier budget avant les élections. Espérons que le message sera entendu à temps.

1 commentaire
  • Jacques Patenaude - Abonné 3 juillet 2018 18 h 39

    "Nous pourrions discuter en long et en large des décisions prises par un média ou un autre pour s’adapter au virage numérique. Mais s’attarder sur cette question masquerait le véritable enjeu"

    "la source s’est tarie considérablement depuis que Google et Facebook ont mis la main sur ces milliards de revenus."

    Vous avez raison il faut que google, facebook et inc. soient obligé par nos gouvernants et les entreprises de presse de payer pour le contenu qu'ils ont gratuitement et c'est par l'ntervention de l’État que ça doit passe. N’empêche que je suis maintenant inviter à " partager" sur facebook mes opinions avec les abonnés du Devoir alors qu'avant on avait une tribune large pour discuter de nos préoccupations au sein de notre journal. Maintenant à part quelque la section opinion il faut aller sur facebook.
    En fait je crois que si facebook et consort étaient traité comme des médias soumis aux mêmes lois que nos journaux donc ayant à assumer les mêmes contraintes légales notamment sur le diffamation et bien d'autres choses car les coûts juridiques de la publications sont exorbitants.Ils se limiteraient aux photos de chats. je crois que les publicitaires seraient moins intéressée à y acheter autant de pub..