Paul Gérin-Lajoie, un démocrate jusqu’à la fin

Pour Paul Gérin-Lajoie, il était fondamental que la gouvernance de l’éducation publique soit administrée par les communautés locales afin d’assurer des choix qui reflètent équitablement leurs besoins et leurs réalités, rappelle l'auteure.
Photo: Fédération des commissions scolaires du Québec Pour Paul Gérin-Lajoie, il était fondamental que la gouvernance de l’éducation publique soit administrée par les communautés locales afin d’assurer des choix qui reflètent équitablement leurs besoins et leurs réalités, rappelle l'auteure.

Comme des centaines de milliers d’élèves qui ont commencé l’école en 1964, sous la gouverne d’un tout nouveau ministère de l’Instruction publique et d’un ministre visionnaire et courageux, je suis une enfant de Paul Gérin-Lajoie. Du haut de mes 6 ans, j’ignorais la chance que j’avais d’entrer dans une ère nouvelle, celle de la démocratisation de l’éducation au Québec.

Avoir accès à l’instruction partout en province, garçons et filles, pauvres et riches constituait, désormais, l’espace dans lequel les futures générations s’épanouiraient et créeraient le Québec moderne. Je fais partie de ces acteurs et témoins privilégiés qui ne pourront jamais être assez reconnaissants envers l’homme, tant son oeuvre eut de l’impact dans nos vies. Dans la mienne, il a permis à mes parents comme à bien d’autres, par sa réforme, de s’impliquer à l’école. Une ouverture inconcevable auparavant. Fille issue d’une famille de la classe moyenne, son oeuvre m’a permis, comme à des milliers d’autres, de développer, sans limites, mon potentiel. Et cela n’est qu’une partie du sens qu’il a voulu donner à la démocratisation de l’éducation. En effet, à titre de présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, de 2009 à 2017, nous avons tissé, ensemble, un lien exceptionnel et nos discussions ont beaucoup porté sur cet enjeu auquel il avait tellement réfléchi. Pour lui, il était fondamental que la gouvernance de l’éducation publique, sous l’égide du ministère, soit administrée par les communautés locales afin d’assurer, en toute imputabilité, des choix qui reflètent équitablement leurs besoins et leurs réalités. C’est, entre autres, pour l’importance qu’il accordait à cet engagement des communautés en éducation qu’il a défendu à nouveau, avec conviction, cette position en commission parlementaire, en 2016, alors que le modèle de gouvernance des commissions scolaires était fortement menacé par un projet de loi.

Paul Gérin-Lajoie savait observer. Tant sur la scène canadienne qu’internationale, il avait compris que sans la prise en charge par les communautés de l’éducation, la réussite ne pouvait être garante de leur plein développement. L’actualité en témoigne toujours aujourd’hui.

Le Conseil de l’Ordre de l’excellence en éducation l’a décoré de la médaille de l’Ordre à titre de membre émérite il y a à peine deux semaines pour son apport exceptionnel au réseau de l’éducation du Québec et à son rayonnement international. Son fils François, fier compagnon de route de son père, venu recevoir la médaille, a témoigné, à nouveau, de l’engagement, de la passion et de la ténacité de PGL, comme il se plaisait à l’appeler. Jusqu’à son dernier souffle, il aura été un combattant et, surtout, un homme qui laissera en mémoire le plein sens de ce que doit être l’engagement social et politique.

À voir en vidéo