Pour un développement innovant à Montréal

La construction du nouveau campus de l’Université de Montréal à l’emplacement de la gare de triage d’Outremont est un projet qui devrait permettre de créer des liens entre Outremont, Parc-Extension et le Mile End.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La construction du nouveau campus de l’Université de Montréal à l’emplacement de la gare de triage d’Outremont est un projet qui devrait permettre de créer des liens entre Outremont, Parc-Extension et le Mile End.

Comme d’autres grandes villes, Montréal est dynamisée par tous ses acteurs économiques et sociaux. Même l’agriculture urbaine y fait son apparition. Un tissu serré s’y développe, notamment dans le domaine de l’enseignement, de la culture, du divertissement et des arts. Une population extrêmement diversifiée anime le tout. Grâce à sa mixité et à sa densité, la ville travaille, palpite, surprend et divertit. Comme toute grande ville Montréal a sa personnalité propre, son identité. Son âme est citoyenne et collective.

Et pourtant, on continue de déplorer l’exode des jeunes familles vers les banlieues, qu’on attribue à la hausse des taxes foncières et à celle du prix des habitations. N’y a-t-il pas d’autres raisons ? On continue d’accorder des permis de construire aux promoteurs sur des terres agricoles à proximité de l’agglomération montréalaise, et ce, malgré le gel des changements de zonage.

Par ailleurs, alors que l’avenir de Montréal passe entre autres par la densification de son habitat, les mesures en ce sens restent beaucoup trop timides. Plusieurs organismes s’y consacrent, notamment « Vivre en ville ». Densifier, c’est respirer. C’est la seule façon d’assurer un bon niveau de services, de créer un appel d’air pour des commerces de proximité, pour la création de parcs et d’écoles, pour permettre une mobilité durable. La création des aires AATC (Aménagement axé sur le transport en commun) ou TOD (transit-oriented development) est un premier pas, mais insuffisant, car jusqu’à aujourd’hui, ces aires ne permettent pas la réalisation de quartiers urbains, de vrais milieux de vie.

Les projets fusent

La récente construction du nouveau campus de l’Université de Montréal à l’emplacement de la gare de triage d’Outremont en est un bel exemple. Bientôt terminé, ce projet devrait permettre de créer des liens entre le très résidentiel arrondissement d’Outremont, le très populaire quartier Parc-Extension et le très « branché » Mile End. Cette revitalisation d’une friche industrielle est pleine de promesses de mixité sociale et de décloisonnement des quartiers. Ce développement d’un établissement d’enseignement universitaire participe intelligemment à la croissance et à la densification de Montréal.

Autre exemple, l’heureuse initiative, en son temps, de construire la place Jean-Paul-Riopelle, encadrée par le siège de la Caisse de dépôt d’un côté et l’agrandissement du Palais des congrès de l’autre, s’inscrit dans cette dynamique de créer des liens entre les quartiers, ici le Vieux-Montréal et le centre-ville, revitalisant l’un et l’autre.

Et pourtant, je déplore que cette créativité déployée pour des projets institutionnels ne se retrouve pas dans des projets de constructions résidentielles. Ici s’inscrit le manque de vision de Griffintown, pourtant si près du but. Densification, oui, mais à quel prix et avec quelles lacunes ! Où sont les écoles, les parcs, les centres culturels qui sont des éléments essentiels de tout nouveau quartier ? Où est le maillage urbain propice à la convivialité et au « vivre-ensemble » ? À déplorer aussi la réalisation fort probable du mégacentre commercial Royalmount, copié-collé du « DIX30 », jusque dans la dénomination projetée « 15-40 ». Quel intérêt pour les Montréalais, pour la ville ? Quel conformisme ! On peut se demander à quel besoin répond ce projet, alors qu’à courte distance le centre commercial L’Acadie offre déjà les mêmes possibilités.

Quelques pistes

Pour assurer un développement urbain innovant propre à l’identité montréalaise, nous pourrions emprunter diverses pistes :

La première piste redonnerait le fleuve Saint-Laurent aux insulaires montréalais. Il y a bien entendu le vieux projet de déplacer l’autoroute 10 qui relie le centre-ville à l’île des Soeurs et au pont Champlain afin de permettre l’accès et l’aménagement des berges. Alors, dans un même ordre d’idée, ne pourrions-nous pas aménager les espaces vacants du Vieux-Port, tel le quai de la Pointe-du-Moulin, tout autour du silo numéro 5, comme le suggère l’architecte Pierre Thibault depuis plusieurs années ? Mettre à la fois en valeur les silos à grain, notre patrimoine industriel, et la voie maritime, cet accès exceptionnel vers les Grands Lacs, pénétrant au coeur de l’Est nord-américain et vers l’océan Atlantique. Nous pourrions même construire sur le fleuve comme à Amsterdam, où d’immenses blocs d’habitations érigés dans l’eau sont amarrés aux quais.

La deuxième piste serait de développer harmonieusement les ruelles, qui sont un des trésors cachés de Montréal. Elles sont un des révélateurs d’identité des Montréalais puisqu’ils y donnent libre cours à leur imagination, au gré de leurs besoins et de leurs fantaisies. Les ruelles procèdent d’un désordre ordonné où chacun s’y retrouve ajoutant garages, jardins, potagers, galeries couvertes, vérandas, verrières et autres cabanons. D’aucuns ont proposé des « logements accessoires » qui seraient justement construits dans les arrières cours. Selon la largeur des ruelles et des lots qui les bordent, il serait séduisant de développer un deuxième niveau d’occupation et d’accès de l’îlot urbain typique de Montréal. Bâti additionnel, ajout d’étage, surélévation des « plex », réglementation municipale mieux adaptée à la vie urbaine du XXIe siècle, circulation piétonne, la liste des possibilités est encore longue.

La troisième piste consisterait à faire preuve d’autant d’imagination et d’innovation pour les constructions d’édifices résidentiels que celles qui ont permis la réalisation du campus de l’Université de Montréal à la gare de triage ou celle de la place Jean-Paul-Riopelle. Il s’agirait d’intervenir sur des sites qui cloisonnent Montréal, comme les autoroutes Décarie et 40, les viaducs et les voies ferrées, pour aménager des logements et des espaces verts. Transformer ces cicatrices urbaines en espaces conviviaux et uniques desservant à la fois les familles et l’ensemble des Montréalais.

En 1967, Moshe Safdie nous surprenait avec son étonnant Habitat 67. Nous l’avons admiré. Pourquoi, un demi-siècle plus tard, ne faisons-nous pas preuve de la même audace ? Pourquoi sommes-nous devenus si frileux ? Les pouvoirs publics ont la responsabilité de l’avenir de Montréal. Demandons-leur d’oser, en concertation avec les citoyens et les promoteurs, l’innovation et la créativité. Faisons confiance à nos architectes, à nos urbanistes et à nos designers. Ils ont des idées, ils sont innovants et créateurs. Écoutons-les.

3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 26 juin 2018 08 h 00

    Petit oubli ?

    Le nouveau campus de l'UdeM sur le site Rockland reliera présumément Outremont, Park Extension, le Mile-End ET AUSSI Town of Mount-Royal. Pourquoi avoir oublié cette dernière? Va-t-elle faire ériger un mur protecteur entre elle et le campus?

  • René Pigeon - Abonné 26 juin 2018 11 h 45

    Ériger des appartements tout le tour d’une rangée de silos utilisée comme structure portante ?


    Je suppose que les silos à grains sont maintenus parce que leur démolition serait plus couteuse (béton armé) que la valeur du terrain ainsi libéré pour de nouveaux usages. À partir du moment où nous acceptons, psychologiquement et non seulement économiquement, que l’espace occupé par les silos est perdu pour longtemps (au même titre que les espaces occupés par la nature), peut-on envisager utiliser une rangée de silos comme une structure portante à laquelle on attache des appartements sur toute sa surface ? Ces appartements seraient érigés en sandwich autour d’une rangée de silos.
    De tels appartements seraient préfabriqués selon plusieurs modèles formant un tout architectural agréable. L’espace vide à l’intérieur ou à l’extérieur entre les silos pourrait être employé pour y loger des ascenseurs et autres services communs comme un stockage de chaleur captée durant l’été et récupérée durant l’hiver pour chauffer les appartements.

  • Francois Racine - Inscrit 26 juin 2018 16 h 11

    Commentaire éclairant d'un architecte !!!

    Bravo Cyril pour ton commentaire éclairant et clairvoyent ! Je suis présentement en France et après avoir visité le projet Confluence à Lyon, le projet Euralille 3000 et pour travailler présentement sur un projet de réflexion sur l'ancien square Gallery dans Griffintown, nous pouvons comme peuple être plus ambitieux dans nos pratiques de design urbain. C'est vrai que le Quartier International peut paver la voie comme pratique innovante et structurante pour le tissu urbain de Montréal. Il faut absolument que nos pouvoirs publics et nos élus prennent un leadership au nom du bien collectif. Cet élan, je l'ai constaté en France et dans des villes qui n'ont même pas l'importance de Montréal comme métropole. Pour aller dans le sens de ta réflexion, j'aimerais revenir sur une citation d'un interview d'Oriol Bohigas: "Je répète que la ville est un problème social, économique, mais surtout un problème de définition formelle. Une forme de ville est une forme de collectivité. Il ne s'agit donc pas d'un problème banal et superficiel mais d'un problème social parce que la forme de la ville définit la vie de la collectivité ; la planification ne peut y prétendre, mais un projet concret, dans lequel l'espace public est exactement dessiné peut le faire […] ".
    François Racine, architecte+urbaniste, professeur Département études urbaines et touristique, UQAM.