De la promotion de l’anglais dans les écoles primaires

Nous sommes parvenus au point où nos écoles, censées assurer la pérennité de notre culture, font la promotion active de l’anglais et négligent la production culturelle en français, déplore l'auteur.
Photo: iStock Nous sommes parvenus au point où nos écoles, censées assurer la pérennité de notre culture, font la promotion active de l’anglais et négligent la production culturelle en français, déplore l'auteur.

Lettre adressée au ministre de l’Éducation Sébastien Proulx

Je viens d’assister coup sur coup aux spectacles de fin d’année des finissants de l’école primaire et du collège de ma ville. Mon constat, comme chaque année : les chansons interprétées en français sur scène frôlaient le 0 %, autant en ce qui concerne la musique d’ambiance que dans les choix des jeunes. Il s’agit pourtant d’écoles françaises implantées dans une ville à presque 100 % francophone…

Je me suis senti mal à l’aise en pensant au message clair, net et sans équivoque que cela envoie à notre jeunesse, en particulier aux néo-Québécois, à savoir que même au Québec, seul coin de l’Amérique du Nord où cela pourrait être différent, l’anglais domine l’espace public.

Je sais pertinemment que le parti que vous représentez accorde une très grande importance à l’essor de l’anglais au coeur même du système d’éducation québécois, mais j’ose néanmoins sonner l’alarme.

Avez-vous pleinement pris conscience du fait que l’anglicisation par la base, à laquelle votre gouvernement souscrit avec zèle, fonctionne aujourd’hui trop bien ? Nos jeunes sont carrément en train de devenir des anglophones de culture. Votre parti a tellement survalorisé et glorifié l’enseignement de l’anglais de toutes les manières possibles de la 1re année du primaire à la dernière année du cégep qu’il est maintenant plus que temps de renverser la vapeur. Cette fois en faveur du français.

Par exemple, serait-il envisageable que votre ministère envoie un mémo à toutes les directions d’école et aux professeurs pour leur rappeler leur rôle de contribuer à diffuser la langue de l’école en la mettant en scène, surtout lors d’événements aussi symboliques et solennels que les spectacles de finissants ?

Nous sommes parvenus au point où nos écoles, censées assurer la pérennité de notre culture, font la promotion active de l’anglais et négligent la production culturelle en français. Et que dire des écoles où votre gouvernement a implanté l’anglais exclusif en 6e année ? La situation doit être plus navrante encore.

Votre ministère pourrait-il aller jusqu’à établir un seuil, un quota à respecter, ou du moins suggérer des balises ?

Ma fille m’a confié : « Papa, on en apprend, des chansons en français, dans nos cours, mais on ne les chante jamais en spectacle. » Un mot résume ce phénomène : l’aliénation. L’étape suivante, habituellement, est l’assimilation pure et simple à la langue la plus attrayante.

À l’approche de notre Fête nationale, il serait tout indiqué de réfléchir à une solution. Si l’école québécoise ne s’intéresse plus au français, dites-moi, qui le fera à sa place ?

13 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 22 juin 2018 07 h 20

    La face cachée du français.

    Ce n'est pas juste à l'école primaire et au Cegep. C'est partout.

    À la radio. À la télévision. Dans la publicité sur le WEB. Dans les restaurants. À l'épicerie. Dans les places publiques. Dans les « comme on dit en anglais ». Dans les salles d'attente. Partout, vous dis-je.

    En 1763, les dirigeants britanniques eurent la mission de faire des sujets britanniques avec les ex-Français et les « Canadiens » alors des ressortissants français demeurés sur place.

    Ces façons comprenaient la monarchie britannique, un système politique avec des sujets ayant des biens pouvant être élus, les pratiques militaires, commerciales et entrepreneuriales et la langue, la religion ayant été protégée.

    En 1774, le français et des règles civiles devinrent des privilèges accordés.

    Ça s’est poursuivi avec des « anoblis locaux » et des possesseurs de biens. Quand ces derniers se sont dits Patriotes, ils furent combattus parce qu’ils voulaient changer le système politique.

    Durham et LaFontaine promurent alors les valeurs britanniques dans le Canada-Uni. Cartier aussi dans le Dominion of Canada, une super-colonie dont les insoumis furent des canailles. En 1931, ce Dominion devint un pays et la stratégie britannique, la canadienne.

    Après une résistance menant à la révolution tranquille, il y eut un parti prônant un Québec différent qui intègre les nouveaux venus. En 1982, le Canada révisa ses façons de faire à l’aide d’un « anobli local ».

    Après le référendum de 1995, ce Canada le fit avec tellement de force que les insoumis se sont tus, que leurs voisins au Québec, arrivés depuis peu, se pensent canadiens et que leurs enfants et ceux des descendants des insoumis découvrent que l’anglais est redevenue la langue du jour, l’autre, l’ « officielle », une langue cachée.

    C’est ainsi parce que le Québec est reconquis et qu’y parler la langue « officielle » se quémande partout. Ça le sera tant et aussi longtemps que le Québec ne sera pas un pays.

  • Danielle Dufresne - Abonnée 22 juin 2018 08 h 57

    Partout

    Cet attrait de la culture anglaise est présente partout. Dans tous les rassemblements publics, festifs ou pas. Dans la grande majorité des restaurants, dans les bars, les écoles, dans tous les hauts-parleurs des salons de coiffure.... Vous voyez le genre? Dans l'émission à radio-canada En direct de l'univers, des artistes francos qui se rappelent leurs coups de coeur, majoritairement en anglais. Ouf! Ce n'est certainement pas par manque de talent artistique en français. Le Québec regorge d'expression artistique de haut niveau. Pourquoi les jeunes ne s'y intéressentils pas? Parce que les passeurs de culture que sont les enseignants et les parents n'ont pas, eux non plus, été mis en contact avec cette culture artistique québécoise. Comme la souveraineté du Québec on dirait que la culture québécoise est la passion des générations passées. Je pense que les 50 ans et moins ont totalement décrochés du Québec comme nation. Pour plusierus d'entre eux cela sonne vide ou pire encore négatif. Je ne sais pas où la césure s'est faite, mais je pense que dans 25 ans c'est terminé. Nous pourrons tous chanter ensemble le 24 juin la suberbe et triste chanson de Marc Gélinas, admirablement bien interprétée par Pauline Julien: mamy mamy... its too late, much too late!

    • Claude Bariteau - Abonné 22 juin 2018 11 h 23

      Les jeunes ne s'accorchent pas à une nation culturelle, mais à une nation politique, qui les branche aux pays du monde.

      Si les indépendantistes promeuvent une nation politique indépendante du Canada, dans laquelle les jeunes s'y déployeront en citoyens et citoyennes et en traceront démocratiquement lr les contours, alors là, leurs oreilles seront attentives et leurs yeux plus brillants.

      Il n'est pas trop tard. Quand je le fais, les jeunes m'écoutent et leurs yeux se mettent à briller.

      C'est ainis parce qu'ils peuvent se penser comme de futurs membres d'un pays à naître.

    • Pierre Robineault - Abonné 22 juin 2018 15 h 56

      Et c'est sans oublier la musique d'accompagnement des films français depuis longtemps et encore plus aujourd'hui.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 22 juin 2018 09 h 30

    Constat incroyable !

    Espérons que le travail de sape des libéraux s'achèvera le 1er octobre.

  • Gilles Théberge - Abonné 22 juin 2018 10 h 16

    À quoi ça sert, d’avoir une langue officielle...?

  • Bernard Dupuis - Abonné 22 juin 2018 10 h 37

    Le retour du "horse"

    Avec tout ce qui se produit dans les écoles, aux cégeps et dans les médias, c’est comme si le fameux « speak white » était de plus en plus intégré à la culture des Québécois.

    Les nouveaux chroniqueurs de Radio-Canada se font un honneur de placer des mots anglais dans leur texte pratiquement à chaque ligne. Rebecca Makonnen nous lance des « speak white » subliminaux pratiquement tous les soirs lors de son émission. Sous prétexte d’ouverture à l’autre langue officielle, l’on en vient à reléguer la culture francophone à la marge.

    Les nouveaux animateurs et animatrices ont continuellement les mots inclusion et diversité à la bouche. En fait, c’est l’exclusion du français et le monoculturalisme anglo-saxon qui prévalent. Parfois, on croirait se retrouver dans un pays étranger.

    Pourtant, dans l’Ouest canadien le langage radio-canadien est davantage en français qu'au Québec.

    Bernard Dupuis, 22/06/2018