Pourquoi les Nations unies ne quitteraient-elles pas les États-Unis?

Dans un discours prononcé devant l’Assemblée des Nations unies le 19 septembre 2017, le président des États-Unis, Donald Trump, avait menacé de «détruire totalement» un pays membre de l’organisation, rappelle l'auteur.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Dans un discours prononcé devant l’Assemblée des Nations unies le 19 septembre 2017, le président des États-Unis, Donald Trump, avait menacé de «détruire totalement» un pays membre de l’organisation, rappelle l'auteur.

Le 30 octobre 1943, les ministres des Affaires étrangères des quatre grandes puissances engagées dans la Deuxième Guerre mondiale adoptent une déclaration dans laquelle ils reconnaissaient la nécessité d’établir, en vue de la paix et de la sécurité internationales, une organisation internationale fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous les États pacifiques. Cette déclaration était le prélude à la création des Nations unies. L’étude de la création de l’organisation universelle permet de constater l’importance de l’engagement du président américain de l’époque. Le nom même « Nations unies » a été choisi en référence à l’action du président Roosevelt.

Or, la position de l’actuel président semble consister à défaire l’oeuvre de ses prédécesseurs. Dans un discours prononcé devant l’Assemblée des Nations unies le 19 septembre 2017, celui-ci a menacé de « détruire totalement » un pays membre de l’organisation. Doit-on comprendre que l’acte d’agression qu’il annonçait comprenait également la destruction totale des 25 millions d’habitants du pays en même temps que les installations militaires et les infrastructures ? À l’acte d’agression, au crime de guerre, au crime contre l’humanité, le président entendait-il ajouter le génocide ? La situation a depuis lors bien changé puisque le dirigeant de la Corée du Nord est devenu un ami.

S’il est interdit par le droit international de tenir semblable discours en général, que penser de ce langage guerrier utilisé dans l’enceinte de l’organisation chargée d’assurer la paix sur la planète ? On ne peut accepter qu’un chef d’État soit grossier à l’égard d’un autre chef d’État et on ne peut certainement pas accepter qu’un responsable menace de détruire un pays là où normalement on devrait parler de coopération pour assurer le bien-être de la population mondiale.

Lors du même discours, le président Trump a également dénoncé une entente conclue avec l’Iran et plusieurs grandes puissances pour encadrer le programme nucléaire de ce pays et s’assurer qu’il ne serve pas à le doter de l’arme atomique. Le président a toutefois utilisé un langage peu diplomatique pour qualifier sa perception de la société iranienne : « Nous ne pouvons pas laisser un régime meurtrier continuer ses activités déstabilisatrices […] et nous ne pouvons pas respecter un accord s’il sert à couvrir l’éventuelle mise en place d’un programme nucléaire. » Ici encore, la position américaine pose problème en matière de droit international. Les États sont tenus de respecter leurs engagements avec bonne foi. Or, la posture de M. Trump est plus dogmatique que scientifique, les experts s’entendant généralement pour admettre que cet accord a positivement stabilisé la situation du pays.

Opinion peu favorable

C’est un secret de polichinelle que le président des États-Unis n’entretient pas une opinion favorable à l’égard de l’Organisation. Avant d’être élu, Donald Trump a qualifié l’ONU de « club où les gens se réunissent, parlent et passent du bon temps ». Rapidement après son accession au pouvoir, le gouvernement Trump a voulu réduire, voire supprimer la contribution financière des États-Unis à plusieurs agences des Nations unies et organisations internationales.

Les décisions du président reposent principalement sur sa vision du monde. La dernière manifestation en est le retrait des États-Unis le 19 juin du Conseil des droits de l’homme du fait que ce dernier critiquerait trop sévèrement les abus d’Israël. Notons que le Conseil ne juge pas lui-même le comportement des États. Ce sont les États membres du Conseil qui évaluent les membres de l’Organisation. Ce retrait n’est pas en soi une catastrophe, toutefois, il discrédite le Conseil, voire l’ONU elle-même. Ce qui serait toutefois inacceptable serait que les États-Unis refusent de se présenter devant ce conseil lorsqu’il étudie la situation des droits de la personne dans ce pays.

Pourtant, paradoxalement, les États-Unis sont également le pays bénéficiant le plus généreusement des activités onusiennes puisque le siège de l’Organisation se trouve à New York. Les fonctionnaires internationaux qui y habitent et les experts qui se déplacent dans cette ville apportent beaucoup à l’économie américaine. Une solution devrait satisfaire le président américain tout en protégeant l’Organisation. Nous proposons de déménager le siège de l’ONU à Montréal !

Le comportement actuel du pays hôte de l’Organisation des Nations unies est en contravention directe avec ses buts et objectifs. Maintenir le siège de l’ONU dans ce pays est de nature à discréditer toute l’organisation et à complexifier ses actions futures, voire à mettre en danger les agents en mission. On ne peut que souhaiter le déménagement de l’Organisation. Et pourquoi pas à Montréal ? Le Canada est généralement perçu comme un acteur important dans la protection des droits de la personne. Son engagement auprès des Casques bleus est légendaire. Il nous semble préférable de faire siéger l’ONU dans un pays perçu comme un appui important des soldats de la paix plutôt que dans un pays qui n’hésite pas à utiliser unilatéralement les armes.

D’aucuns pourraient considérer que l’opération est économiquement intenable. Pourtant, il n’en coûterait certainement pas plus de construire à Montréal une tour que de rénover l’ancienne à New York. La seule vente du terrain new-yorkais paiera sans doute largement les frais. Par ailleurs, il y a fort à parier que Montréal aiderait l’institution à acquérir un terrain. Ne serait-ce pas prestigieux que d’y avoir une « tour de la Paix » ? Quoi qu’il en soit, l’ONU n’a pas sa place aux États-Unis.

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12 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 21 juin 2018 01 h 43

    Le syndrome du 1er juillet à l,échelle planétaire.

    Si l'ONU doit déménager son siège social à chaque fois que le discours d'un dirigeant politique local lui déplaît, autant devenir nomade! Une fois rendue à Montréal, l'ONU devra-t-elle encore déménager si le Québec devient indépendant? Et qui va payer, je vous prie, pour tous ces déménagements farfelus, alors que plusieurs organismes de l'ONU se plaignent depuis toujours d'être constamment sous-financés?

    Je ferais remarquer à M. Vallières que l'ONU est actuellement implantée aussi à Genève et à Vienne. Si l'organisation doit un jour déserter New York pour une raison impérative, il est fort à parier qu'elle se repliera d'entrée de jeu dans une de ces deux villes plutôt que de partir un nouveau chantier pharaonique en catastrophe.

    Certains chercheurs universitaires ont vraiment l'air de vivre sur une autre planète.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 21 juin 2018 04 h 21

    D'accord

    Je suis bien d'accord avec vous...Les USA ne méritent pas d'avoir le siège des Nations-Unies chez eux...Le déménagement à Montréal serait une solution et contribuerait à réveiller la population états-unsiènes sur le pathéthique déclin humaniste dans lequel le Président Trump les entraîne...Bravo pour cette suggestion...

    • Cyril Dionne - Abonné 21 juin 2018 18 h 41

      M. Simard, sans les États-Unis, la nation la plus riche et la plus puissante militairement de la planète, les Nations unies n'existent pas.

      En passant, les Américains sont isolationnistes de nature et ils ne sont pas d'accords avec cette invasion de migrants illégaux. Là-dessus, plus de 88% de la population américaine appuie les républicains. Ceci ne veut pas dire qu'ils ne sont pas humains parce qu'ils n'aiment pas voir des enfants séparées de leur mère. Mais si la tendance se maintient, leur degré d'humanité risque d'être inversement proportionnel au nombre d'illégaux traversant leurs frontières.

      Et sans vous faire de peine, Donald Trump sera réélu en 2020 pour un autre mandat de quatre ans. Il n'a jamais été aussi populaire qu'aujourd'hui et les démocrates sont divisés plus que jamais.

  • Cyril Dionne - Abonné 21 juin 2018 06 h 28

    Les Nations unies n’ont pas besoin de personne pour se discréditées

    En 1943, il n’existait aucun engin thermonucléaire qui pouvait mettre fin à l’humanité en quelques secondes. On parlait d’armes conventionnelles et donc, le dialogue entre nations était à l’ordre du jour. Aujourd’hui, cette entité n’est devenue qu’un organe politique où les contradictions se multiplient et où la corruption a trouvé un terreau fertile. Les Nations unies n’ont pas besoin de personne pour se discréditées. Ceux qui ont encore des questions à ce sujet n’ont qu’à lire les activités des casques bleues en territoire de conflit et savoir que celui qui est responsable des droits humanitaires aux Nations unies, est un prince de l’Arabie saoudite, Faisal bin Hassan Trad, Raif Badawi oblige.

    On pourrait aussi se demander, qui régit le droit international? Est-ce qu’il y a une police internationale? Évidemment que non. En ce qui concerne la contribution américaine, disons que cet organisme n’existerait probablement pas sans le 22% des États-Unis. Avec la Japon, le deuxième plus grand contributeur, la Chine et l’Allemagne, ils représentent à eux seul presque la moitié du budget des Nations unies (plus de 5 milliards). La contribution du Canada n’est même pas 3%.

    Bien oui, les Nations unies n’ont plus leur place aux États-Unis, un de seuls pays démocratique de la planète. Bien oui, ce que le Canada et Montréal ont besoin, c’est une autre armée de fonctionnaires surpayés pour ne pas dire corrompus parce que cela serait bon pour l’économie locale. Bien oui que les autres pays du monde accepteraient sans faire une surenchère.

    Ce n’est pas Nikita Khrushchev qui disait que les Nations unies ne servent qu’à procurer un milieu neutre lors de conflits entre nations pour engager le dialogue. Ceci pourrait se faire à peu près n’importe où sans dépenser des sommes gigantesques. Et sans les États-Unis, les Nations unies n’existent plus.

    C’est « ben » pour dire.

  • François Beaulne - Abonné 21 juin 2018 07 h 12

    Excellente idée

    Enfin quelqu'un qui ose dire ce que plusieurs commencent à envisager tout bas.
    Il est temps que les nations représentées à l'ONU cessent de se laisser intimider par le 'bullying" américain qui déroge de plus en plus aux objectifs et valeurs mêmes de l'Organisation.
    On s'est offusqué lorsque l'Arabie Saoudite a été élue à la présidence de la Commission des Droits de la Personne à Genève, l'occupation de cette fonction par un pays qui bafoue systématiquement les droits de la personne ayant été perçue comme plutôt paradoxale. Il en va de même pour l'emplacement de l'ONU dans les Etats-Unis de Trump qui se soustrait progressivement à ses responsabilités envers l'organisation. D'abord encouragement et soutien systématique à Israel pour contrevenir sans gêne aux multiples résolutions de l'ONU, déplacement de son ambassade à Jérusalem à l'encontre d'un vote de condamnation fortement majoritaire de l'Assemblée Générale, traditionnel retard à verser sa quote part au budget annuel, et, récemment, réduction substantielle de cette contribution; retrait de l'UNESCO, retrait cette semaine de la Commission des Droits de l'Homme à Genève, menaces de représailles à l'endroit des pays qui ne votent pas comme les Etats-Unis sur des questions qu'ils jugent de leur intérêt, refus de reconnaitre les décisions de la Cour Internationale de Justice, et j'en passe.
    Un vote à l'Assemblée Générale proposant le déménagement de l'institution aurait comme avantage de secouer la passivité des Américains qui tolèrent les provocations de leur président, de les éveiller au tort qu'il est en train de causer à leur image et respectabilité dans le monde, et à envoyer un message fort que les Etats-Unis et leur président ne sont pas les empereurs de la planète.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 21 juin 2018 07 h 48

    Va pour Montréal !

    Mais il faut éviter d'élire des types comme Stephen Harper à la tête du pays, parce que, comme nous le savons, l'ancien premier ministre du Canada détestait cordialement l'ONU. Avec un pareil premier ministre canadien, on se serait guère avancé.