Sommet du G7: manifester est légitime et essentiel

Même si on nous a répété qu'elles étaient surtout menées par des personnes voulant en découdre avec les forces de police, les manifestations se sont déroulées pacifiquement dans l’ensemble à Québec, souligne l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Même si on nous a répété qu'elles étaient surtout menées par des personnes voulant en découdre avec les forces de police, les manifestations se sont déroulées pacifiquement dans l’ensemble à Québec, souligne l'auteur.

Une autre réunion du G7 vient de se terminer. Une autre comédie du G7, devrait-on dire. En effet, les médias se sont efforcés de nous représenter cette rencontre comme quelque chose d’inaccessible. Les manifestations ont été découragées, y participer étant présenté comme dangereux, car elles seraient, nous a-t-on répété, surtout menées par des personnes voulant en découdre avec les forces de police et briser tout ce qui se trouve sur leur passage. La réalité est plus nuancée.

La plupart des personnes qui manifestent leur opposition aux rencontres du G7 et à ce qu’elles représentent (le système économique néolibéral) sont en réalité tout à fait pacifiques. Beaucoup agissent avant tout par le souci du bien commun : elles demandent une plus grande équité dans les relations économiques, sociales et politiques. Elles veulent que ce qu’il reste de précieuses ressources naturelles soit préservé ou équitablement réparti. Elles luttent contre la fatalité qui nous présente le système capitaliste et néolibéral comme la seule possibilité s’offrant à nous.

Violence dérisoire

On nous parle de la violence qui se passe en marge de manifestations ; elle est dérisoire en comparaison de celle, notamment psychologique, que la plupart d’entre nous subissent au quotidien dans un monde de plus en plus déshumanisé. Ces personnes qui viennent crier leur colère à la porte du club des dirigeants les plus puissants du monde sont autant de David luttant contre le Goliath de la mondialisation et de la libéralisation. Là où les reportages nous montrent des débordements ponctuels et des images arbitrairement choisies, on peut aussi voir l’expression de la révolte et du désespoir contre la destruction de nos sociétés ainsi que de notre air, notre eau et nos sols, qui s’étend chaque jour un peu plus sur l’ensemble de la planète. Jusqu’à ce qu’il ne reste rien. Pression sur les employés et les sous-traitants pour produire toujours plus, départ de nos usines et bureaux vers des endroits où des personnes exploitées feront le même travail pour un salaire dérisoire, destruction de nos milieux de vie et petits arrangements fiscaux par les grandes entreprises en échange de la promesse floue de quelques emplois (combien réellement ? pour combien de temps ?), banalisation de l’exploitation du travail des autres au nom du culte de la consommation et du « prix le moins cher »…

Demandons-nous alors où est la vraie violence ? Celle que l’on subit, et celle dont on se fait les complices consciemment ou non. Pour une civilisation ayant maîtrisé la puissance de l’atome, développé les nanotechnologies et fait naître l’intelligence artificielle, il est certain que nous pouvons imaginer plus de deux modèles économiques : d’un côté le capitalisme, vu comme « raisonnable », et de l’autre le communisme sanguinaire brandi comme un épouvantail pour justifier l’existence du premier. Vraiment, il n’y aurait pas d’autre solution ?

Il est urgent de nous rappeler que les grandes avancées sociales dont nous bénéficions aujourd’hui ont eu un prix : éducation publique, système de santé universel, droits des femmes, congés et protection sociale… tout cela a été rendu possible grâce à de longues luttes, de nombreux sacrifices de millions de personnes dont l’histoire a oublié le nom. Il est faux de croire que les dirigeants économiques et politiques partageront leur pouvoir volontairement. Pour changer les choses, cela ne prendra rien de moins qu’une mobilisation à large échelle. Il me semble que les manifestants du G7, en particulier la majorité pacifique d’entre eux, devraient être vus comme les porte-parole d’une grande partie de la population qui, malheureusement, est plutôt poussée à les voir comme des indésirables.

4 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 12 juin 2018 07 h 55

    Est-ce que ça ne pourrait pas se faire autrement

    «C’est à se demander si ces sommets du G7 sont réellement utiles à quelque chose qui ne peut être accompli autrement et à moindre coût.» (Fatima Houda-Pépin)

    C'est la question que se pose madame Houda-Pépin ailleurs et je trouve qu'elle a bien raison de se la poser. Je m'étonne qu' il n'y ait pas plus de gens qui se la posent?

    On dirait que tous les médias ne conçoivent pas que ça puisse se faire autrement. Ils ne sont pas très critiques les médias.

    J'endosse aussi ce que nous dit Jean-François Boisvert dans le texte qui précède? Ne sommes-nous pas en démocratie? Il y a des jours où on en doute quand on voit comment la police et les élus se comportent.

    Est-ce que tout ça ça mérite les coûts que ça entraîne? J'en doute fort.

  • Pierre Desautels - Abonné 12 juin 2018 08 h 08

    Des manifestants.


    Une assez bonne analyse sur le néolibéralisme, mais le jeu des comparaisons des différentes formes de violence ne tient pas la route. Les casseurs, antifas, et autres "casseux de party" viennent malheureusement donner des raisons au système en place pour restreindre de plus en plus, et ce à l'échelle de la planète, le droit de manifester pacifiquement.

    Les grandes manifestations pacifiques, voire de facture bon enfant, peuvent être gâchées par ces casseurs et cela n'incitera pas plusieurs manifestants à revenir. C'est à croire que ces casseurs masqués sont payés en sourdine pour venir nuire à des causes pourtant légitimes.

    • Michaël Lessard - Abonné 12 juin 2018 13 h 57

      Allo,

      Quelque chose cloche par contre : quelle casse ?

      En tout respect (sincèremement) ...

      * La casse, en soi, arrive pratiquement jamais. En 2012, le SPVQ peut confirmer qu'il y a eut aucune fênetre de cassée (j'ai suivi attentivement) et pratiquement aucun vandalisme (exception: un vehicule a été endommagé après qu'il ait menacé de rouler sur les gens), après des mois de manifestations tous les soirs.

      * Même les antifas dans leurs actions contre La Meute (xénophobe) et Atalante (néonazis pour la plupart) n'ont fait de casse en soi outre un conteneur à déchet enflammé ; par contre certain.es ont été réellement violent.es (s'attaquant à des gens).
      - Au G7, ce n'était pas antifas versus extrême droite.

      * Aucune des organisations ni individus n'ont suggéré de briser quoique ce soit.
      Aucune menace. Aucune.

      * Puis, dans la pratique, rien du tout n'a été cassé. Au total, je note un graffiti sur une fênêtre. Des cerveaux lessivés ou idéologiques diront que c'était à cause de la forte présence policière. C'est absurde: 1) pendant ces *trois* jours/nuits, il aurait été très facile de fracasser, vandaliser, etc. 2) Lors du G20 à Toronto, l'énorme répression et peur n'a pas empêché un black block de s'attaquer à certains commerces ciblés.
      En conclusion, à Québec, l'ensemble des manifestant.es avait bien annoncé leur intention de manifester simplement jeudi et samedi et annonçait une action de perturbation à Beauport (ce qui n'est pas de la casse).

      Sur la rue Saint-Jean, le nombre de commerces non barigadés me semblait majoritaire et aucun n'a été touché. Bon nombre était ouvert avec des gens mangeant/buvant sur les terrasses, pendant que la manif passait sur leur côté. Les voitures sur la rue Saint-Jean, après la manifestaton, n'étaient même pas égratignées.

      Quelle casse ? Elle est vraiment rare et pratiquement jamais vue à Québec lors de manifestations.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 12 juin 2018 21 h 44

    Oui, mais quoi?

    Je suis bien d'accord avec tout ce qui est écrit dans cette opinion. Mais, c'est bien joli de manifester contre le libéralisme, encore faut-il la créer, cette alternative! La triste réalité, c'est que les modèles alternatifs sont extrêmement pâlots, présentement. La gauche occidentale, qui s'est laissée empêtrer par les ayatollahs gauchos de l'anti-racisme et du multiculturalisme, est présentement incapable de réfléchir sérieusement et se trouve en recul partout. Combien de temps ce scénatio pitoyable va-t-il durer? Et surtout, QUI aura la force intellectuelle. politique et même morale de la remettre sur ses rails universalistes et de la définir, cette alternative?