Réussite scolaire: le gouvernement est loin de la note de passage

«Faire fi des pratiques exemplaires en éducation a un coût humain», rappelle l’auteur.
Photo: Éric Feferberg Agence France-Presse «Faire fi des pratiques exemplaires en éducation a un coût humain», rappelle l’auteur.

En mars 2017, je proposais une grille pour permettre d’évaluer la politique québécoise (alors à venir) de la réussite éducative. Lors de son dépôt, en juin 2017, j’ai accordé, en utilisant cet instrument, une note de 8/10 au projet proposé par le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx. Nous étions d’ailleurs nombreux à manifester, à la lecture de ce document, un optimisme bien réel, quoique prudent. Une année plus tard, le moment est venu de refaire l’exercice à la lumière des décisions qui ont réellement été prises et des actions qui ont effectivement été faites.

Les directives de corrections sont demeurées les mêmes que celles utilisées en 2017 : j’ai accordé une note variant de 0 à 1 à chacune des 10 mesures suivantes, selon qu’elle a fait ou non l’objet d’une décision ou d’une action gouvernementale.

1. Le gouvernement a décidé qu’il fallait cesser d’improviser en éducation : il a procédé à la création d’un Institut national d’excellence en éducation, un organisme indépendant qui devient la référence en ce qui a trait aux pratiques exemplaires qui reposent sur des données probantes.

Note obtenue : 0

2. Le gouvernement a reconnu que la majorité des enfants vulnérables ne vivent pas en milieu défavorisé : il a pris la décision offrir, d’ici 2022 la maternelle 4 ans à tous les jeunes Québécois.

Note obtenue : 0,25 (pour l’augmentation du nombre de places en maternelle 4 ans dans des milieux défavorisés)

3. Le ministre de l’Éducation a ciblé la littératie comme un élément fondamental de la réussite scolaire : il a décidé d’assurer, entre autres, un suivi systématique aux lecteurs débutants et d’offrir rapidement une intervention professionnelle à ceux qui éprouvent des difficultés.

Note obtenue : 1

4. Le gouvernement a affirmé clairement que la qualité de la langue et du dossier scolaire des candidats à la profession d’enseignant n’était plus négociable : il a décidé d’en faire une exigence d’admission au baccalauréat en enseignement.

Note obtenue : 0

5. Le ministre de l’Éducation reconnaît officiellement que l’enseignement est une profession. Il a décidé que sa pratique deviendrait encadrée par deux ordres professionnels : celui des enseignants et celui des orthopédagogues.

Note obtenue : 0,25 (pour le soutien accordé à la demande des orthopédagogues de créer un ordre professionnel)

6. Le gouvernement a reconnu la sous-scolarisation des jeunes adultes québécois, particulièrement celle des hommes francophones. Le ministre a donc pris des mesures pour accorder une attention particulière aux difficultés scolaires des garçons et valoriser la présence de modèles masculins de réussite, particulièrement en littératie.

Note obtenue : 0,25 (Pour les activités annoncées pour les jeunes en difficulté en lecture, très majoritairement des garçons)

7. Le ministre constate des taux nettement trop faibles de diplomation chez les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage. Il a révisé la politique en adaptation scolaire et a déposé un plan d’action pour 1) déterminer un plancher garanti de services professionnels, 2) assurer les mesures de prévention et l’intervention précoce en adaptation scolaire, 3) augmenter obligatoirement la formation des enseignants et 4) remplacer l’approche catégorielle (l’exigence d’un diagnostic) pour octroyer le financement et offrir les services adaptés.

Note obtenue : 0,25 (pour les mesures assurant des services professionnels minimaux dans toutes les écoles, indépendamment du nombre d’élèves inscrits)

8. Conscient de la confusion qui existe entre les termes diplomation et qualification, le ministre a décidé que dorénavant l’indicateur reconnu au Québec pour évaluer l’évolution de la diplomation au secondaire sera la proportion d’une cohorte d’élèves qui obtiennent, avant l’âge de 20 ans, un diplôme d’études professionnelles (DEP) ou un diplôme d’études secondaires (DES).

Note obtenue : 1

9. Le gouvernement a reconnu que la société québécoise doit communiquer aux jeunes et à leur famille des attentes élevées quant à la réussite éducative. L’âge de fréquentation scolaire obligatoire a donc été haussé à 18 ans ou l’obtention d’un des diplômes du secondaire.

Note obtenue : 0

10. Le ministre a pris la décision que toutes les écoles doivent dorénavant contribuer à la réussite éducative de tous les élèves. Il a donc fait obligation aux écoles privées et aux écoles publiques à projets pédagogiques particuliers d’adopter une politique inclusive d’admission, respectueuse de la proportion des élèves québécois (20 %) handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage.

Note obtenue : 0

Résultat total : 3/10

Interprétation et commentaires

Les décisions qui ont été prises et les actions qui ont été faites par ce gouvernement sont insuffisantes pour lui permettre d’atteindre la note de passage. (1) La présente administration est retombée dans les mêmes ornières que les précédentes : faire toujours encore plus de la même chose, évitant d’agir sur un nombre suffisant des leviers reconnus parmi les plus importants par les meilleurs systèmes éducatifs. Le Québec ne devra pas se surprendre d’obtenir de nouveau les mêmes résultats et de continuer à accuser le même « déficit éducatif ».

Si la tendance des décisions ministérielles se maintient d’ici la rentrée de septembre, et cela me semble probable, les hésitations, l’indécision et la grande sensibilité de ce gouvernement aux pressions des groupes d’intérêt contribueront ainsi, une fois de plus, à l’échec scolaire et à la sous-scolarisation, pourtant évitables, de plusieurs milliers de jeunes Québécois. Faire fi des pratiques exemplaires en éducation a en effet un coût humain : pour plusieurs enfants, adolescents et jeunes adultes, il continuera à être malheureusement bien réel.

(1) Note de 8 à 10 : de très bon à excellent. La situation de la réussite éducative au Québec est vraiment susceptible de s’améliorer d’ici cinq ans ; le taux de diplomation après 6 années passées au secondaire rejoindra probablement, d’ici 2025, celui des meilleurs systèmes éducatifs d’Amérique du Nord.

Note de 5 à 7 : de faible à passable. Le taux de diplomation (DEP + DES après sept années au secondaire) continuera à augmenter lentement et va très probablement demeurer, compte tenu de l’écart actuel, inférieur à celui des meilleurs systèmes éducatifs nord-américains.

Note de 4 ou moins : insuffisant. L’épreuve devra être reprise.

2 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 11 juin 2018 07 h 08

    « faire toujours encore plus de la même chose »

    Nos structures organisationnelles et décisionnelles sont ainsi faites monsieur Royer, malgré une agitation étourdissante ça « dort au gaz ».

  • Elisabeth Doyon - Abonnée 11 juin 2018 10 h 24

    Les preuves.. c'est bien, mais...

    Les donnes probantes, c'est bien, mais il est important de ne pas glisser lorsque vient le temps de parler de politique éducative. Il y a une interprétation entre les deux…
    1. [...] GOUV a procédé à la création d’un Institut national d’excellence en éducation, un organisme indépendant qui devient la référence [quant] aux pratiques exemplaires qui reposent sur des données probantes.
    LE CSE existe déjà et devait remplir ce rôle lorsqu'il a été créé. Malheureusement, les rédacteurs de politiques éducatives n'utilisent pas le travail qui y est fait et ne commande pas de recherches utiles à fonder des politiques. Un nouvel organisme ne garantit en rien que les recherches qui y sont produites soient effectivement utilisées (au ministère d'abord, puis dans les écoles ensuite).

    5. [...] Il a décidé que sa pratique deviendrait encadrée par deux ordres professionnels : celui des enseignants et celui des orthopédagogues.
    Un ordre professionnel est historiquement une manière dont un corps de travailleurs prend possession de leurs moyens de création et de passation de connaissance (comme les médecins à qui on ne peut plus donner d'ordre aucun). Ce n'est pas le cas des enseignants, comme le rappelait Maurice Tardif lors du CRIFPE. L'initiative vient d'en haut (de ceux de qui, techniquement, les enseignants s'émanciperaient). Logique faible.

    6.[...] particulièrement celle des hommes francophones. Le ministre a donc pris des mesures pour accorder une attention particulière aux difficultés scolaires des garçons et valoriser la présence de modèles masculins de réussite, particulièrement en littératie.
    Nous n'avons aucune preuve que la présence de plus d'hommes dans les écoles a un quelconque effet sur la rétention des garçons. Les systèmes les plus performants du monde ont aussi un corps enseignant avec une écrasante majorité féminine. Championne Finlande incluse. Regarder plutôt l'écart de salaire entre une et un décrocheur (par région).
    GAR et NPM demandent de raisonner.