L’étonnante candidate de Macron à l’Organisation internationale de la Francophonie

Les liens de Louise Mushikiwabo avec le Québec et le Canada sont forts et nos gouvernements doivent en être conscients, souligne l'auteur.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Les liens de Louise Mushikiwabo avec le Québec et le Canada sont forts et nos gouvernements doivent en être conscients, souligne l'auteur.

Par un étrange concours de circonstances, le Sommet du G7 de La Malbaie réunit les présidents Emmanuel Macron de la France et Paul Kagame du Rwanda qui, tout à fait étonnamment, appuient conjointement la candidature de la Rwandaise Louise Mushikiwabo à la succession de Michaëlle Jean à la présidence de la Francophonie.

Paul Kagame est invité au G7 à titre de président en exercice de l’Union africaine et Louise Mushikiwabo, qui fut élevée en français, est, au Rwanda, sa ministre des Affaires étrangères depuis décembre 2009.

Le Canada et le Québec auraient tort de ne pas se ménager d’excellentes relations avec Louise Mushikiwabo tout en soutenant, officiellement, la candidature de Michaëlle Jean à sa propre succession. Voici pourquoi.

Je connais la famille de Louise Mushikiwabo depuis 1964, alors que j’enseignais au collège Saint-André de Kigali où étudiait son frère Landoald Ndasingwa avec lequel j’ai alors contribué à monter Le Cid de Corneille (Landoald y jouait le rôle de Don Diège).

Landoald et Louise sont les neveu et nièce de monseigneur Alexis Kagame, un des très grands intellectuels du Rwanda, grand philosophe et détenteur des secrets de la monarchie rwandaise traditionnelle. De plus, Landoald a étudié à l’Université Laval, puis à l’Université de Montréal. Il a épousé la Montréalaise Hélène Pinski et a eu deux enfants avec elle.

Landoald, Hélène et leurs enfants, qui avaient tous un passeport canadien, furent assassinés par la garde présidentielle du feu président Habyarimana, le tout premier jour du génocide rwandais de 1994. Landoald avait le tort d’être alors le seul ministre tutsi du gouvernement rwandais de transition issu des accords d’Arusha, gouvernement dirigé par la première ministre Agathe Uwilingiyimana, une Hutue modérée qui a tout fait pour éviter le génocide et qui fut aussi assassinée avec son mari par la garde présidentielle le même jour.

Les liens de Louise Mushikiwabo avec le Québec et le Canada sont donc forts et nos gouvernements doivent en être conscients. L’alliance que sa candidature scelle entre les présidents Macron et Kagame est providentielle.

Elle est susceptible de ramener le Rwanda au coeur de la Francophonie après que le génocide eut tendu à l’extrême les relations entre la France et le Rwanda, et après que le président Kagame, qui ne parle pas français (bien que son épouse soit francophone), eut jugé bon d’imposer l’anglais comme langue d’enseignement au Rwanda au détriment du français. Introduit en 1994 dans l’enseignement et, en 2003, comme seconde langue officielle, l’anglais y a supplanté le français, à la rentrée de septembre 2010, depuis le primaire jusqu’à l’université.

Ces évolutions ont eu pour conséquence de marginaliser complètement la place historique du Québec au Rwanda au profit direct du Canada anglais, qui y a pris sa place. L’avènement de Louise Mushikiwabo à la tête de la Francophonie rétablirait un sain équilibre québéco-canadien au Rwanda et dans la Francophonie dont le Québec et le Canada pourraient tirer très grand profit.

Nous avons tous intérêt à ce que le Rwanda s’impose comme le lien le plus fort entre l’Afrique subsaharienne, la Francophonie et le Commonwealth (dont fait aussi partie le Rwanda). Le président Macron l’a compris. Nous devons le comprendre à notre tour.

3 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 9 juin 2018 08 h 32

    Belle présentation

    et utile. Mis de là à faire changer MM Couillard et Trudeau d'idée quant à leur appui à Mme Jean...sauf si cette dernière renonce à se représenter - l'éclair d'intelligence peut toujours être espéré.

  • Simon Pelchat - Abonné 10 juin 2018 10 h 58

    Espoir oui, mais

    J'aimerais beaucoup que vos souhaits se réalisent mais j'ai des doutes que le Québec retrouve un peu d'influence à l'OIF même avec la soeur de Landoald dont j'ai été confrère à L'UNR. La place du Québec au sein de l'OIF a été dilapidée au cours des treize années de régime libéral et particulièrement avec le gouvernement Couillard et sa ministre Catherine St-Pierre qui ont été peut-être les plus inféodés au Fédéral de tous les gouvernements libéraux. Si je me réjouis de la décison de Macron de remplacer Michaëlle Jean et de mettre son poids pour que ce soit une personne Africaine qui prenne la place. En revanche, cette stratégie n"affaiblira pas le dégré d'hégémonie de la France sur l'OIF, ni de lavera les mains du sang de la France et de son armée lors du génocide qui a tué Landoald, Hélène et ses enfants et tous les Tutsis et Hutus modérés qui sont morts.

  • Steve Brown - Abonné 10 juin 2018 12 h 43

    La France et le Rwanda

    Excellente initiative de la part de la France. En espérant que les événements de 1994 ne se répètent jamais.

    Steve Brown
    Lévis