Obsolescence romaine

«Les arguments sont connus : le Christ aurait pu choisir des femmes comme apôtres. Il n’a choisi que des hommes. Cette tradition de l’Église est immémoriale et ferme.»
Photo: Lillian Suwanrumpha Agence France-Presse «Les arguments sont connus : le Christ aurait pu choisir des femmes comme apôtres. Il n’a choisi que des hommes. Cette tradition de l’Église est immémoriale et ferme.»

Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi au Vatican, le futur cardinal Ladaria, déclarait la semaine dernière dans L’Osservatore Romano que l’ordination des femmes à la prêtrise était « une impossibilité absolue ». Cela fait partie du dépôt de la foi catholique. « Il est très préoccupant, ajoutait-il, de voir que dans certains pays il y a encore des voix qui mettent en doute le caractère définitif de cette doctrine. »

Je suis de ce nombre.

Les arguments sont connus : le Christ aurait pu choisir des femmes comme apôtres. Il n’a choisi que des hommes. Cette tradition de l’Église est immémoriale et ferme.

L’argumentation laisse évidemment perplexe. Aussi, il fallait, pour assurer la solidité dogmatique de la tradition, proposer un argument tiré de la Bible. On l’a trouvé dans une belle analogie métaphorique, portant paradoxalement sur le mariage.

Poète à ses heures, saint Paul écrit en effet, dans une de ses lettres, que les époux et les épouses sont comme le lien qui unit le Christ à son Église. « […] le mari est le chef de la femme comme le Christ est chef de l’Église. » Autrement dit, l’Église est l’épouse du Christ. Et c’est là qu’intervient le raisonnement théologique. En effet, un prêtre, en tant que « ministre du Christ », est le « représentant du Christ », qui précisément est le chef et l’époux de l’Église. Forcément, une femme ne peut être un époux ! Et donc ne peut être ordonnée prêtre !

Bref, tout ce syllogisme repose sur une métaphore, dont le premier terme repose sur une donnée anthropologique plusieurs fois millénaire selon laquelle « le mari est le chef de la femme ».

Elle a eu la vie dure dans toutes les civilisations. Ce n’est que depuis la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 qu’est reconnue officiellement « l’égalité des droits des hommes et des femmes ». Et ce n’est que depuis 1991 que le Code civil du Québec reconnaît que les époux ont, en mariage, les mêmes droits et les mêmes obligations (art. 391).

Autrement dit, dorénavant, le fondement de la métaphore paulinienne sur l’homme « chef de la femme » est aujourd’hui totalement obsolète. Au surplus, en 1965, le concile Vatican a lui-même reconnu que « toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne […] qu’elle soit fondée sur le sexe […] doit être dépassée et éliminée, comme contraire au dessein de Dieu ».

Mais s’agissant de l’accès aux fonctions sacerdotales, Rome s’est arrêtée en chemin, acceptant de facto la discrimination envers les femmes. Allez comprendre.

Cette même semaine dernière, la province ecclésiastique anglicane de Colombie-Britannique élisait la première femme archevêque du Canada. Et depuis 2015, l’évêque anglican de Montréal s’appelle Mary Irwin Gibson !

Aussi bien dire qu’aux yeux du cardinal Ladaria, les anglicans, en plus d’être schismatiques (ça, on le savait), sont maintenant des hérétiques !

Je dois l’être moi aussi !

10 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 8 juin 2018 07 h 56

    Remettre les pendules à l'heure

    Il est temps de voir la réalité la plus probable sur ce qui s'est passé au début de l'ère chrétienne.

    Une centaine de disciples suivaient Jésus épisodiquement ou pas, comme ces deux d'Emmaüs cités comme des témoins "externes" à la résurrection : les Nouveaux Testaments sont avant tout un plaidoyer en faveur d'une certaine Vérité, hein!

    Ces disciples se regroupaient en amis et probablement familles, et parmi ces groupes une douzaine de gars, pas plus importants que les autres groupes mais assez "zélés" merci. Je dis "zélés" àdessein : ce groupe ressemble beaucoup à ce qui est décrit dans les manuscrits de la Mer Morte comme préceptes de la vie des Zélotes.

    Contrairement à l'enseignement qui est resté de Jésus, les Zélotes considéraient tous les hommes comme aptes aux rites, et pas les femmes. Les Zélotes se regroupaient par 12 hommes pour leurs débats, décisions et repas. Lesfemmes servaient, et mangeaient ailleurs.
    Je rappelle que le groupe a tenu à trouver un successeur à Judas pour en rester à 12. Non, ce n'est pas un hasard.

    Lorsque Paul a un peu forcé pour devenir ce douzième, comme quoi le nombre 12 était capital chez ces gens (et sans rapport avec Jésus), il a plus ou moins imposé sa propre vision. Paul avait été formé par des pharisiens de l'école Essénienne, elle-même reliée aux Zélotes.
    C'est donc en bonne partie à une prise de pouvoir à laquelle on assiste au milieu du premier siècle. Un groupe parmi d'autres, décidé et sûr de posséder LA vérité, impose sa vision à tous et la répand un peu partout au Moyen-Orient et en Grèce, puis dans tout l'Empire.

    Les Apôtres traitent les femmes comme sans valeur ou, pire, de "mauvaise vie". C'est pas Jésus ça. Pas du tout.

    C'est de cette Église que nous avons héritée. Est-elle chrétienne, i.e. suit-elle l'enseignement de Jésus?
    Bof. La question est hors d'ordre. L'Église est apostolique. Missionnaire. Mysogine. Elle oppose la réalité et la vie spirituelle.

    Jésus n'y serait même pas admis.

  • Yvon Bureau - Abonné 8 juin 2018 09 h 21

    Pour une Église jésusienne

    Depuis ses débuts cette Église fut paulienne..
    Paul a trainé derrière lui la culture du judaïsme.
    Il a bâti une Église du sacrifice, non de prière. Et le Sacrifice des sacrifices fut le Père qui a sacrifié son Fils ( pas sa Fille!!!) pour notre salut. Et à la messe, c'est le sacrifice qui se continue... , on y communie ....
    Cette Bonne nouvelle, une vraie nouvelle ?Vous en pensez?

    L'Église devrait affirmer haut et fort que le sacerdoce est accessible à toute personne. Point. Simple, juste, humain et crédible,

    Jésusiennement, salutations.

  • Guillaume Paradis - Inscrit 8 juin 2018 10 h 21

    Obsolescence des religions

    Est-ce qu'on peut aussi parler du fait que tout ceci origine d'écrits anonymes, choisis et tissés ensembles par plusieurs personnes, pour former une courtepointe autour d'un même thème?

    Rien n'indique que ces textes dits "sacrés" sont d'inspiration divine. Et il n'est logiquement pas acceptable que ces mêmes textes soient utilisés comme preuves pour prouver leur authenticité ou leur véracité.

  • Marc Therrien - Abonné 8 juin 2018 10 h 34

    De l'immutabilité de la doctrine


    « Il est très préoccupant, ajoutait-il, de voir que dans certains pays il y a encore des voix qui mettent en doute le caractère définitif de cette doctrine. »

    Maurice Lagueux, dans un passage de son livre « Tout en même temps agnostique et croyant », expose les raisons qui ont amené l’Église à faire de « l’immutabilité de la doctrine » un principe sacré. C’est que, entre autres, pour les autorités ecclésiales toute forme d’évolution de la doctrine risque d’être perçue comme un aveu d’échec. Si l’Église propose une doctrine qui découle de la Parole de Dieu établi comme infiniment et éternellement parfait, on comprend qu’il soit difficile pour elle d’être ouverte au changement qui vient avec l’évolution. Comment percevrait-on alors le passage à un nouvel état d’être suivant un changement? Soit comme un abandon de l’état parfait antérieur, soit comme un accès à une perfection qui n’était donc pas présente jusque-là. Ainsi, le fait de changer un iota de la doctrine risquerait d’entraîner un effet domino qui aurait pour conséquence l’effritement sans limite des doctrines qui composent la Foi. Enfin, certains parmi les fervents fidèles pourraient percevoir comme un opportunisme méprisable les volontés de faire évoluer la doctrine en fonction de l’adaptation aux exigences des « modes du moment ». La remise en question de la croyance en l'immuable, en ce quelque chose de figé dans un monde en perpétuel changement, se ferait au prix d'une grande angoisse pour les personnes qui y ont trouvé leur sécurité.

    Marc Therrien

  • Nadia Alexan - Abonnée 8 juin 2018 11 h 00

    L'entêtement intégriste de l'Église va encourager l'aliénation des croyants.

    En s’obstinant de refuser le principe de l'égalité homme/homme, l'Église est en train d'éloigner davantage les peuples des institutions religieuses fondamentalistes. Au lieu d'essayer un rapprochement, l'église encourage l'aliénation.