Le sommet du G7 de Charlevoix est déjà un échec

Pourquoi ne pas avoir opté plutôt pour la solidarité humaine et décidé d’aider les pays les plus pauvres, notamment ceux de l’Afrique?
Photo: Michelle Cattani Agence France-Presse Pourquoi ne pas avoir opté plutôt pour la solidarité humaine et décidé d’aider les pays les plus pauvres, notamment ceux de l’Afrique?

Avant même de commencer, la réunion du G7 à Charlevoix les 8 et 9 juin prochain s’avère un échec. Au coût de plus de 600 millions, le Canada s’y affirmera comme un État policier où tout se passe derrière les clôtures, les barbelés et les bonbonnes de poivre de Cayenne. Pourquoi ne pas avoir opté plutôt pour la solidarité humaine et décidé d’aider les plus pauvres, notamment de l’Afrique, dont le futur aura un impact sur le nôtre comme on peut le voir dès maintenant ?

Au sommet de Charlevoix, l’Afrique sera discutée à la marge, sinon oubliée. Et pourtant, sa situation actuelle et son avenir devraient nous préoccuper au plus haut point. Selon les projections des Nations unies, 40 % de l’humanité sera africaine en 2100, avec 4,5 milliards d’habitants ; le tiers de la population mondiale de 15 à 29 ans en 2050 vivra en Afrique. Comme l’ONU l’a mis en évidence, près de la moitié de la population africaine (550 millions du 1,5 milliard) vit encore dans la pauvreté, dont 380 millions dans l’extrême pauvreté (revenu de moins de 1,90 $US par jour).

Bien sûr, l’Afrique a progressé au cours des dernières décennies à la fois économiquement et sur le plan social avec l’affirmation d’une société civile africaine qui joue un rôle de plus en plus déterminant. Mais les défis restent énormes. Près de la moitié des jeunes sont sans emploi ; beaucoup tentent d’émigrer vers l’Europe, et maintenant de plus en plus vers l’Amérique, migration irrégulière et fort dangereuse, à la merci d’une mafia de passeurs, mais qui ne risque pas de s’arrêter de sitôt. Ces jeunes deviennent aussi la cible des idéologies extrémistes, soit religieuses ou ethniques, qui nourrissent les conflits entravant le développement et la vie démocratique. Enfin, nous verrons de plus en plus de réfugiés des changements climatiques qui auront un impact sur les pays les plus pauvres, notamment en Afrique. Cet état de fait représente un immense défi éthique et moral non seulement pour l’Afrique et ses dirigeants, mais aussi pour les dirigeants des pays les plus riches de la planète qui seront reçus dans Charlevoix.

Nous connaissons les thèmes que le Canada a mis en avant pour le prochain G7 : croissance économique pour tous et réduction des inégalités et de la pauvreté ; les emplois de l’avenir ; égalité des sexes et autonomisation des femmes ; changements climatiques, protection des océans et production d’énergie propre ; un monde plus pacifique et plus sécuritaire. Tous ces thèmes représentent des défis en particulier pour l’Afrique et nous pensons que le Canada aurait pu entreprendre une initiative forte pour aider les populations de ce continent trop souvent oublié à faire face aux défis immenses auxquels elles sont confrontées, et qui auront un impact majeur sur la planète.

Le développement durable et équitable de la planète ne peut se faire sans une lutte crédible contre l’extrême pauvreté, et il en va de l’avenir des populations africaines et du nôtre que cet enjeu demeure bien haut dans les priorités internationales. Notre premier ministre a manqué une belle occasion d’exercer un leadership éclairé à cet égard.

*Au nom du Groupe de réflexion sur le développement international et la coopération (GREDIC), formé d’anciens directeurs d’ONG de développement international (Robert Letendre, Nigel Martin, Yves Pétillon, Mario Renaud, Nicole Saint-Martin, Pierre Véronneau)

5 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 6 juin 2018 04 h 03

    Il faut couper l'hégémonie des multinationales!

    Je suis d'accord avec vous, mais il faut d'abord limiter et réglementer le pouvoir monumental des multinationales devenues plus fortes que les états. C'est l'éléphant dans la salle. Il faut que les multinationales arrêtent le saccage et le pillage des ressources plantaires ad finitum. On doit arrêter la croissance et la consommation effrénée qui épuise nos ressources limitées, sinon on aurait besoin de trois planètes. C'est aussi urgent d'obliger les multinationales de payer leur juste part d'impôts et de fermer les paradis fiscaux qui privent les gouvernements de fonds nécessaires pour les services publics. Il faut couper une fois pour toutes l'hégémonie des multinationales qui se comportent comme les barons voleurs du 19e siècle. Les taxes sont le prix qu'on paye pour une société civilisée.

  • Cyril Dionne - Abonné 6 juin 2018 07 h 08

    Les barrières religieuses et culturelles, la surpopulation et Justin Trudeau

    Il n’y a aucun développement durable qui peut contrer la masse humaine qui est prévue en Afrique. Il n’y a aucune croissance économique qui peut réduire les inégalités et la pauvreté du à une surpopulation. Les changements climatiques sont proportionnels à la surpopulation. On ne peut pas rêver pour la protection des océans et la production d’énergie propre avec des nombres pareils sur la planète. Nous n’aurons pas de monde plus pacifique et plus sécuritaire lorsque les denrées de base commenceront à manquer pour plus du tiers de la population mondiale. Et la migration n’est pas la solution.

    L’avenir est dans l’égalité des sexes, l’éducation pour tous et l’autonomisation des femmes. Pour cela, on devra faire fi des barrières religieuses et culturelles. Et c’est là le nœud du problème. John Lennon l’avait chanté en disant d’imaginer qu'il n'y a aucun paradis, aucune religion, aucun enfer et qu’il faut vivre dans le présent. En fin de compte, sur le continent noir, ce n’est pas un manque de ressources naturelles qui fait défaut, mais bien les contraintes humaines.

    Cela, nous en Occident l’avons compris. Mais vous ne pourrez jamais aider ceux qui ne veulent pas être aidés et qui répètent les erreurs d’hier en surpeuplant les régions qu’ils occupent où l’eau potable et la nourriture est en manque constant. Pour le G7, ce n’est pas eux qui régleront un problème de surpopulation humaine. Se fier à Justin Trudeau pour faire preuve de leadership, c'est en demander beaucoup. Il est beaucoup mieux dans la production de "selfie" et à construire des pipelines pour transporter le pétrole le plus sale de l'histoire de la planète.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 6 juin 2018 19 h 35

      Monsieur Dionne, votre texte est prophétique. La surpopulation m’apparaît comme le plus grand problème pour l’avenir de l’humanité.

      L'Afrique et Haïti peinent à nourrir leur population qui grandit à pas de géant. D'ailleurs, dans ces pays et surtout à Haïti, la surpopulation est insoutenable à moyen et même à court terme. Des programmes d'aide à la planification familiale pourraient amener un certain répit à ces populations courageuses et assurer leur pérennité. Il ne s’agit pas de prôner le malthusianisme, mais de pouvoir nourrir sa population.

      Il y a beaucoup trop de pays pauvres dans le monde, et beaucoup de leurs ressortissants veulent les quitter. Mais quitter leur pays est-il une solution à leurs problèmes ?

      Dans le cas d’Haïti, le problème fondamental est la surpopulation (actuellement 11 millions d’habitants, et doublement à tous les 25 ans), sur un territoire si exigu. Les organismes internationaux devraient mettre sur pied un genre de plan Marshall visant à développer l’économie haïtienne sur une saine base démographique.

      Il vaudrait mieux financer le développement économique et social à l'intérieur de ces pays, au lieu d'accueillir ici des gens qui ne semblent pas être parmi les moins fortunés.

  • Gilles Théberge - Abonné 6 juin 2018 09 h 14

    De toutes façons ces grandes réunions ne sont que simulacre et perte de temps.

    C’est un amusement (?) que se payent les soit disant grands de ce monde qui ne savent plus comment se désennuyer.

    D’ailleurs prénom Macron par exemple. Il n’a pas le temps de venir rencontrer les députés et de s’adresser à eux à l’Assemblée Nationale. Mais,il,aura le temps de rencontrer Couillard et les Français de Montréal.... Quelle impolitesse, quel manque manque de classe.

    Les vraies affaires, ça se discute ailleurs.

    J'espère bien que les fermiers de Charlevoix vont étendre leur tas de fumier. Histoire de déboucher le nez de ces gens, qui ne conserveront qu’un instant fugace, un vague souvenir de ce voyage. Un permis d’autres.

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 6 juin 2018 20 h 57

    La surpopulation n'est pas le problème, mais la surconsommation occidentale

    Dans un interview donné au site internet 7 sur 7 du 22 septembre 2014, Fred Pearce, auteur du livre « l'apocalypse démographique n'aura pas lieu » rappelait :

    « (...)pourquoi blâmons-nous ces pauvres Africains d'avoir des bébés alors que le vrai problème du réchauffement climatique est la surconsommation qui se passe quant à elle chez nous, pays développés? ». Il rappelle que ce sont les exigences voraces du monde riche qui marque son empreinte sur notre planète à coups de gaz à effet de serre, de pollution des océans, de saccages marins, forestiers, etc. Et l'augmentation des populations pauvres joue à peine dans ce processus. (...) »

    J'ajouterais que lorsqu'on parle de surpopulation, habituellement, ce sont toujours des occidentaux qui parlent sans gêne des « autres », les africains, qui eux seraient de trop. Pourtant, si l'on regarde qui polluent et exploitent la planète, s'il faut parler d'une surpopulation, n'est-ce pas les occidentaux qui devraient être les premiers visés? Mais ce n'est pas mon opinion. Le taux de fécondité mondial diminue depuis 50 ans. Il est maintenant à 2,5 enfants par couple, alors que pour la planète, le taux de stabilisation est de 2,3 quand on tient compte de la mortalité des pays en développement. La surpopulation de la planète, discours usé depuis Malthus, est un mythe. Cela fait plus de 200 ans que l'humanité l'a prouvé.

    Mais effectivement, nous avons un choix à faire. Soit continuer le gaspillage occidental et déplorer que nous ne pouvons espérer que toute l'humanité puisse gaspiller de la même façon, d'où le travail de dépopulation des autres, des pauvres, ou alors nous apprenons à réutiliser, ce qui est plus que recycler. Nous devrions pouvoir reporter à leur source de production les produits technologiques achetés et périmés pour que tout ce qui peut être réutilisé le soit. La simplicité volontaire me semble être la solution. Ou alors nous fonçons dans un mur et la population des pays en développement n'y sera pour rie