À la défense de Michaëlle Jean pour le rayonnement de la Francophonie

Michaëlle Jean, secrétaire générale de la Francophonie depuis novembre 2014, a travaillé fort pour hisser l’Organisation internationale de la Francophonie à la place qui lui revient, estime l'auteur.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Michaëlle Jean, secrétaire générale de la Francophonie depuis novembre 2014, a travaillé fort pour hisser l’Organisation internationale de la Francophonie à la place qui lui revient, estime l'auteur.

« Le crocodile a fui la pluie qui tombait en croyant que c’étaient des pierres qui allaient le heurter.» La morale de l’histoire, c’est que le crocodile a donc fui l’eau temporaire de pluie dans la rivière où l’eau est quasi permanente, un adage africain sur l’erreur du crocodile.

On se rappellera qu’en 2014, lorsqu’elle s’est lancée dans la campagne pour accéder à la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean promettait de faire de la Francophonie une organisation toujours plus agissante, dans un monde en plein bouleversement et en perpétuel changement.

Quatre ans après, a-t-elle tenu sa promesse ?

D’aucuns diront que oui. En effet, Mme Jean a, sans désemparer, travaillé fort pour hisser l’OIF à la place qui lui revient, au coeur du système multilatéral. Elle a porté la voix de la Francophonie à l’échelle internationale jusqu’au Conseil de sécurité des Nations unies.

Aujourd’hui, l’OIF, qui rassemble 84 États et gouvernements membres et observateurs, est tellement attractive que le nombre de demandes d’adhésion ne cesse d’augmenter.

Sous la gouverne de Michaëlle Jean, l’OIF est fortement engagée dans un élan, à la fois, de la défense et de la promotion de la langue française et la diversité culturelle, et de la promotion des valeurs démocratiques chères à l’Organisation.

Michaëlle Jean a su positionner l’OIF sur tous les grands enjeux du monde contemporain : objectifs de développement humain et économique durable et inclusif, changements climatiques, crises migratoires, lutte contre le terrorisme, prévention et gestion des crises, défense des droits et des libertés fondamentales, soutien à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, renforcement des politiques et programmes en faveur de l’éducation, de la formation technique et professionnelle, stratégie numérique, appui structurant au renforcement des institutions, mobilisation de la jeunesse autour de la responsabilité citoyenne et dans la lutte contre la radicalisation, stratégie pour l’égalité entre les femmes et les hommes, etc.

Qu’on le veuille ou non, l’OIF a considérablement intensifié ses efforts et continue de développer ses moyens d’action dans les différents domaines relevant de son mandat, en adoptant une approche concertée pour obtenir des résultats probants.

L’OIF est résolument engagée sur le terrain, en synergie avec ses partenaires internationaux, pour agir efficacement.

Et Michaëlle Jean poursuit sereinement la mise en oeuvre de réformes substantielles en vue d’améliorer le fonctionnement interne de l’organisation, conformément à l’ambitieuse feuille de route qui lui a été confiée à Dakar.

Ne perdons pas de vue que l’OIF est la seule organisation internationale qui permet au Québec d’affirmer sa personnalité internationale au sein de la communauté francophone mondiale.

Au lieu de chercher à affaiblir la seule organisation gouvernementale multilatérale où le Québec, membre à part entière, a une influence considérable sur les décisions qui touchent à ses intérêts, il vaudrait mieux reconnaître et investir davantage dans sa plus-value, notamment la promotion de la langue française, de la culture et des valeurs démocratiques, en lui apportant des moyens substantiels à la hauteur de l’ambition légitime qu’elle porte et qui la définit.

La prétention du Rwanda de prendre la direction de la Francophonie nous paraît assez suspecte, lui qui a banni la langue de Molière au profit de celle de Shakespeare dans l’enseignement et l’administration publique. La langue française est restée symboliquement langue officielle dans ce pays, mais moins usitée par la génération d’après le génocide de 1994.

Ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain

La candidature de Louise Mushikiwabo n’est pas un choix judicieux, à plusieurs égards, pour les Québécois, les Acadiens et les Franco-Canadiens qui mènent courageusement la bataille pour la suivie et l’usage de la langue française au pays. Avec Louise Mushikiwabo comme secrétaire générale, leur bataille risque de ne pas avoir des échos favorables sur la scène internationale.

Le soutien potentiel de la France à la candidature rwandaise nous paraît tout aussi incompréhensible et difficilement justifiable au regard des relations bilatérales exécrables entre les deux pays. Ce soutien est clairement motivé par des considérations autres que l’intérêt légitime de l’OIF.

Il n’est pas certain que les chefs d’État africains qui, pour la plupart, considèrent Michaëlle Jean comme une digne fille, afro-descendante, de la sixième région d’Afrique, suivront le président Macron sur cette voie.

En tout état de cause, la candidature rwandaise n’est certainement pas pour oeuvrer au rayonnement de la langue française, ni pour faire la promotion des valeurs démocratiques prônées par l’OIF. Elle aura pour effet contraire d’annihiler tous les efforts déployés jusqu’ici par cette organisation dans ces domaines. […]

9 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 29 mai 2018 04 h 26

    Hihihi...

    Sortons les mouchoirs... Pauvre de pauvre elle, elle resplendisait tellement dans ses rôles successifs de parsite. Que nous sommes ingrats.

    • Marguerite Paradis - Abonnée 29 mai 2018 16 h 23

      Effectivement monsieur Pelletier, il faudrait former un OSBL, c'est la tendance pour les détournements officiels de fond.

  • Caroline Mo - Inscrite 29 mai 2018 06 h 41

    Monsieur,

    Vous considérez suspecte la prétention du Rwanda de prendre la direction de la Francophonie mais, est-il nécessaire de vous rappler que celle du Canada l'est tout autant puisque le Canada est anglais? Le Canada fait partie des pays du Commonwealth. Elizabeth II en est la Reine. Et si le français est la langue officielle du Québec, il se trouve à être une langue hélas de moins en moins commune à tous. Madame Jean en a-t-elle fait état?

  • Luska Préda - Inscrite 29 mai 2018 06 h 53

    Stratégie de communication à revoir...

    Monsieur Isidore Kwandja Ngembo,
    Depuis la 2014, en votre qualité d'ancien fonctionnaire du gouvernement du Canada et sous le titre de "politologue", vous avez écrit un grand nombre d'articles dans différents journaux afin de valoriser Michaëlle Jean comme Secrétaire générale de la Francophonie. Votre style et votre propos s'inscrivent dans le droit fil des hagiographes qui avaient pour mission d'embellir la vie et les actions des souverains et des monarques. Si vous voulez aider Michaëlle Jean, vous devriez mieux étayer votre argumentation en expliquant les actions concrètes et les résultats obtenus dans les pays francophones les plus vulnérables par l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). En effet, outre les controverses récurrentes, la principale difficulté à laquelle fait face Madame Jean est qu'elle donne l'impression que l'OIF se limite à sa seule personne que l'on voit sur toutes les tribunes. En somme, l'OIF semble être "un faire valoir" de ses ambitions personnelles. Il est plus qu'urgent de présenter un bilan avec des résultats avérés des actions importantes réalisées par l'OIF sous la gouverne de Madame Jean, en particulier l'amélioration de la qualité de vie des citoyens des pays les plus pauvres par une meilleure éducation et une économie plus inclusive pour les populations locales, le cas échéant. Enfin, il serait judicieux que Madame Jean accepte les invitations des médias, par exemple 24/60, pour expliquer son bilan et ses actions futures, plutôt que de se murer dans un mutisme qui laisse place à toutes les interprétations, voire les calomnies.

  • Cyril Dionne - Abonné 29 mai 2018 07 h 46

    Non merci Michaëlle

    « Ne perdons pas de vue que l’OIF est la seule organisation internationale qui permet au Québec d’affirmer sa personnalité internationale au sein de la communauté francophone mondiale. »

    Ah ben. Comme si le Québec avait besoin des autres pays qui sont issus pour la plupart, des anciennes colonies africaines françaises pour s’affirmer dans le monde. Ceux qui y parlent français dans les anciennes colonies, ils se sont fait assimiler de gré ou de force par leurs anciens maîtres, ce qui n’est pas le cas du Québec. Bien oui, le Québec a vraiment besoin de ces entités de l’OIF qui sont pour la plupart encore une fois, sous développés, surpeuplés, avec des gouvernements corrompus, engagés dans des combats de guerres ethniques et où la démocratie n’y voit aucune lumière. En passant, selon les tests internationaux de PISA, le Québec est le pays francophone où ses élèves réussissent le mieux dans les tests de littératie et de numératie. Le Québec est bon premier dans le monde et devance la France de loin.

    Comme Franco-Ontarien, ce n’est certainement pas l’OIF ou bien Michaëlle Jean qui nous aident à préserver notre langue et culture. En fait, c’est tout le contraire et personne ne connaît ces gens-là. Cet organisme, l’OIF tout comme le Commonwealth qui a des relents d’un colonialisme passé, n’ont plus leur place dans un monde de 2018 connecté avec des moyens de communications qui sont incroyables.

    Nous nous sommes débarrassés des régimes monarchiques pas pour en instituer d’autres sous l’égide d’une organisation comme l’OIF avec une reine sur son trône. Michaëlle Jean et l’OIF, incarnent une réalité dépassée que plusieurs voudraient voir disparaître tout comme pour la reine d’Angleterre qui trône sur le Canada. Ici, nous parlons le français par cœur et nous n’avons pas besoin de personne pour nous le dire.

    • Marguerite Paradis - Abonnée 29 mai 2018 16 h 25

      Tout à fait, je signe pour demander le « débarassement » de ce triste trône.

  • Gilbert Troutet - Abonné 29 mai 2018 08 h 53

    Un spectacle de marionnettes

    On l'aura compris, l'appui de la France à la candidature de Mme Mushikiwabo n'est qu'une façon de rétablir ses relations avec le Rwanda, qui en mène large en Afrique centrale. Ce faisant, le gouvernement français montre qu'il n'a que faire de la francophonie internationale. L'auteur a raison de dire, en effet, que « la prétention du Rwanda de prendre la direction de la Francophonie nous paraît assez suspecte, lui qui a banni la langue de Molière au profit de celle de Shakespeare dans l’enseignement et l’administration publique. La langue française est restée symboliquement langue officielle dans ce pays, mais moins usitée par la génération d’après le génocide de 1994.»

    Il faut se rappeler, cependant, que Michaëlle Jean, alors gouverneure générale du Canada en 2010, est allée faire des courbettes devant Paul Kagamé, au Rwanda justement, un dictateur qui n'a de respect ni pour la francophonie, ni pour les droits de la personne.