L’avenir de la gauche passe par la proportionnelle ou l’unité

Le retour de Lisette Lapointe au Parti québécois est annonciateur de la réintroduction de l’indépendance au premier plan du programme péquiste, croit l'auteur. 
Photo: Catherine Legault Le Devoir Le retour de Lisette Lapointe au Parti québécois est annonciateur de la réintroduction de l’indépendance au premier plan du programme péquiste, croit l'auteur. 

Dans sa biographie, Un militant qui n’a jamais lâché (Varia), Paul Cliche est bien conscient, malgré un optimisme de façade de bon aloi, du cul-de-sac de Québec solidaire. Ses promoteurs croyaient, au départ, que le nouveau parti remplacerait rapidement le Parti québécois sur l’échiquier politique. Douze ans plus tard, Cliche feint toujours d’y croire. C’est pourquoi il s’est opposé à toute entente électorale entre le PQ et QS, parce que, écrit-il dans son livre, « à l’instar de l’Union nationale des années 1970, le PQ se dirige inexorablement vers la porte de sortie » et qu’il ne faut pas que QS « lui serve de bouée de sauvetage ».

Mais il n’y croit pas vraiment. Il reconnaît que QS est incapable de se défaire de son image de parti « montréaliste ». Il a espéré un moment que la fusion de QS et d’Option nationale (ON) pourrait faire « basculer le rapport de force en faveur de la gauche indépendantiste ». Pour favoriser cette fusion, il s’est rallié à l’idée, prônée par Gabriel Nadeau-Dubois et ON, d’une constituante avec un mandat « fermé », c’est-à-dire avec un projet de constitution d’un Québec indépendant, même s’il avait toujours défendu le projet d’une constituante avec un mandat « ouvert », qui n’excluait pas le maintien du Québec dans le Canada. Il continue à exprimer ses réserves, en soulignant que le « mandat ouvert » avait permis à QS « d’attirer en son sein de nombreux progressistes qui ne font pas de l’indépendance l’alpha et l’oméga de toute chose et même des fédéralistes de gauche, anglophones, allophones et francophones ».

En résumé, la perspective n’est pas très réjouissante du côté de QS. Elle nous ramène à une des principales conclusions du livre de Cliche sur les modes de scrutin Pour réduire le déficit démocratique : Le scrutin proportionnel (ERQ, 1999). Après avoir énuméré la longue liste des tiers partis disparus depuis 50 ans, Cliche concluait : « Les petits partis qui ne se sabordent pas après des échecs électoraux répétés doivent se contenter de jouer le rôle de groupes de pression comme c’est le cas pour ceux de la gauche québécoise depuis cinquante ans. » Et, ajouterions-nous aujourd’hui, de Québec solidaire, depuis 12 ans.

Le champ de ruines

La situation n’est pas plus rose du côté du PQ. Nous sommes toujours devant le « champ de ruines » dont parlait Jacques Parizeau. La mise au rancart de la souveraineté a des effets dévastateurs. Une partie de l’électorat indépendantiste migre vers la Coalition avenir Québec et une autre vers QS, qui perd son électorat fédéraliste au profit du NPD-Québec, nouvellement ressuscité. En fait, le remplacement de l’affrontement fédéraliste-indépendantiste par une confrontation droite-gauche est néfaste pour la gauche. Les libéraux et la CAQ totalisent conjointement près de 70 % des intentions de vote contre 30 % pour le PQ et QS. Rien de surprenant après 40 ans de discours néolibéral dominant.

Quand tous les indépendantistes sont réunis au sein d’un même parti, la gauche peut faire inscrire au programme ses revendications et les faire accepter par la droite au nom de la cause, comme toute l’histoire du PQ le démontre. Bien entendu, la gauche doit aussi faire des compromis. Tout dépend du rapport de force entre les deux tendances.

En fait, il y a deux voies possibles. Admettons d’abord que des coalitions électorales entre partis souverainistes, bénéfiques aux différents partis, sont irréalisables avec notre mode de scrutin. Elles ne peuvent se produire que dans le cadre d’un mode de scrutin proportionnel. À défaut d’un changement de mode de scrutin, la seule solution envisageable est la cohabitation entre différentes tendances souverainistes au sein d’un même parti. Le SPQ Libre a été une nouvelle expérience en ce sens. Elle a échoué à cause de l’alignement à droite de Boisclair et de Marois et, par conséquent, de leur rejet des clubs politiques. Mais l’expérience pourrait renaître sous une autre forme.

Il y a tout de même un certain espoir de voir les choses évoluer. Le retour au PQ de Jean-Martin Aussant et de Lisette Lapointe est annonciateur de la réintroduction de l’indépendance au premier plan du programme péquiste, advenant une débâcle du PQ lors du prochain scrutin. De même, l’arrivée de Vincent Marissal à QS pouvait être interprétée — avant le dérapage des révélations sur ses accointances libérales — comme le signe de la volonté de Gabriel Nadeau-Dubois de sortir son parti des ornières trotskystes et gauchistes, qui minent sa crédibilité. Et, comme Aussant et Nadeau-Dubois ont parcouru ensemble le Québec dans le cadre de leur tournée Faut qu’on se parle, on peut légitimement croire qu’ils pourraient encore se parler au lendemain du prochain scrutin. Mais, plusieurs choses peuvent encore se produire d’ici là. Comme l’écrivait Goethe : « Grise est la théorie, vert est l’arbre de la vie. »

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Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version d’un texte paru dans la revue L’aut’journal, mai 2018, no 369.



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