Les aînés meurent de notre incapacité à revoir le panier de services

Les personnes âgées meurent à cause des médicaments qu’elles prennent en trop grand nombre, déplore l'auteur.
Photo: Steve Debenport Getty Images Les personnes âgées meurent à cause des médicaments qu’elles prennent en trop grand nombre, déplore l'auteur.

Les chiffres font peur : plus de la moitié des aînés prennent des médicaments potentiellement inappropriés au Canada, selon une nouvelle étude de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS). Au Québec, 25 % d’entre eux se font prescrire des somnifères.

Mais comment s’en étonner ? Les médicaments sont remboursés par les assurances publiques, mais pas la psychothérapie, la physiothérapie ou le soutien social. Et si ces statistiques ne sont pas nouvelles, elles confirment une tendance lourde des dernières années. Nous médicamentons beaucoup nos aînés au Canada dans nos établissements de soins de longue durée. Et nous médicamentons surtout les plus pauvres.

Se poser les bonnes questions

La polypharmacie fait du mal à nos aînés. Lors du dernier congrès national de Choisir avec soin, une des conférencières, la Dre Dee Mangin, a présenté un tableau de la situation qui mériterait d’être mieux connu : nos aînés meurent à cause des médicaments qu’ils prennent en trop grand nombre.

En raison des interactions de ces médicaments, des chutes qu’ils entraînent ou de la difficulté que les personnes âgées ont à les éliminer de leur sang, c’est comme si chaque jour nous faisions monter des aînés dans un avion avant de faire s’écraser celui-ci au sol, a-t-elle précisé.

Ces morts sont évitables ! Elles découlent des attentes de la population en matière de gestion de la douleur, de l’insomnie ou de la santé mentale. Elles s’inscrivent aussi dans une tendance plus large de « surmédicalisation » dans laquelle la société québécoise a plongé tête première… suivant en cela de près nos voisins du sud.

Agir sur les bons leviers

Vous m’avez déjà entendu parler des contrecoups du surdiagnostic et du surtraitement sur notre système de santé. Cela nous coûte cher en argent, et aussi en vies. Les médecins sont de plus en plus nombreux à agir, appliquant la déprescription quand c’est possible et nécessaire. Certains patients commencent aussi à poser les bonnes questions, mises en avant par la campagne Choisir avec soin, en demandant par exemple à leur professionnel de la santé s’il y a des options plus simples et plus sécuritaires que les médicaments. Ce n’est pas toujours le cas, mais ça peut l’être. Et ces options doivent être accessibles.

Le médecin n’a pas réponse à tous les maux. La population doit l’apprendre et le comprendre. En médicalisant tous nos problèmes, de la moindre douleur lombaire à des insomnies passagères, nous engorgeons le système de santé, qui ne suffit plus à répondre à la demande ni aux coûts.

Nous devons entamer une discussion sur ce qui est médicalement indiqué. À partir de quand un mal de dos nécessite-t-il une injection de cortisone et pendant combien de temps cette béquille peut-elle et doit-elle être utilisée ? Un traitement contre la perte de cheveux peut être médicalement indiqué. Doit-il pour autant être couvert ? Ce sont des questions que l’on ne se pose pas.

Avant sa dissolution, le Commissaire à la santé et au bien-être travaillait à la nécessaire révision du panier de services en santé. Un exercice difficile que le Québec ne peut éviter. Les partis politiques sont en campagne. C’est le temps ou jamais de parler de cet enjeu. Nous devons, comme société, faire des choix, et les médecins doivent participer à cet important exercice pour qu’il soit basé sur des données probantes.

2 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 26 mai 2018 09 h 38

    L'accessibilité aux soins, la question « que l’on ne se pose pas »

    «Un traitement contre la perte de cheveux peut être médicalement indiqué. Doit-il pour autant être couvert ? Ce sont des questions que l’on ne se pose pas.» (Dr Hugo Viens)

    Eh bien ! Je vais me permette de répondre à cette question que vous ne posez pas:

    Une dame qui perd ses cheveux est un facteur de stress qui a des incidences sur sa santé, d'autant plus si elle n'a pas les moyens de s'offrir le traitement. En ce qui touche les hommes, il en va de même avec la dysfonction érectile dont le traitement n'est pas couvert.

    Il y a des soins pourtant essentiels qui ne sont pas couverts, notamment en matière de chirurgies oculaires et de convalescences.

    Par exemple, après une opération oculaire les gouttes ophtalmiques antibiotiques à large spectre tel que le Vigamox™ sont à la charge du patient.

    Il en va de même du coussin indiqué pour le support de la tête lors du long et fastidieux traitement pour recoller la rétine qui suit l'intervention chirurgicale. Finalement, suite à ce traitement, la lentille souple qui est indiquée lors de l'exérèse du cristallin est aussi à la charge du patient.

    C'est la même chose pour les produits pharmaceutiques en vente libre comme les analgésiques en comprimé et en onguent, les baumes cicatrisants et les shampoings antifongiques.

    Ce sont-là des soins que les vieux à revenus modestes doivent payer ou s'en passer. À mon avis, l'accessibilité aux soins, ce sont-là les questions « que l’on ne se pose pas ».

  • Jean Lapointe - Abonné 26 mai 2018 10 h 15

    La surmédicalisation est d'après moi la source principale du problème

    «Elles s’inscrivent aussi dans une tendance plus large de « surmédicalisation » dans laquelle la société québécoise a plongé tête première… suivant en cela de près nos voisins du sud.»

    Voilà à mon avis la source principale du problème. On a trop tendance à faire de nombreux problèmes des problèmes médicaux.

    La multiplication des phobies en est un exemple parmi beaucoup d'autres. Au lieu d' en chercher l'explication on en fait des maladies et on s'imagine que ce sont les médecins qui vont les soigner.

    En général je pense que les gens attendent trop des médecins comme s' ils devaient avoir réponse à tous les poblèmes. C'est ignorer en quoi consiste la recherche médicale.

    En plus trop de gens semblent ne pas avoir accepté qu'ils vont mourir et qu'il faut donc se résiger à l' idée que ça va arriver. Ils comptent aors sur les médicaments pour en retarder le plus possible l'échéance alors que très souvent probablement c'est le contraite qu'ils provoquent.