Quel avenir pour les écoles montréalaises?

De nombreuses écoles montréalaises sont surpeuplées, soulignent les auteurs. Faute de place, l’école primaire Marc-Favreau a déménagé sa bibliothèque dans un couloir.
Photo: Jacques Nadeau Le devoir De nombreuses écoles montréalaises sont surpeuplées, soulignent les auteurs. Faute de place, l’école primaire Marc-Favreau a déménagé sa bibliothèque dans un couloir.

L'hiver dernier, le gouvernement du Québec a lancé le projet « Lab-école » dans le but de doter le Québec des « plus belles écoles du monde ».

Le débat public a, comme il fallait s’y attendre, remis en lumière la condition très précaire des écoles montréalaises et, plus largement, de larges pans du réseau scolaire québécois qui compte 4000 écoles.

D’abord et avant tout lieu d’apprentissage, l’école est au coeur du développement de la ville et de ses quartiers. Lieu de transmission de la culture, en son sens le plus large, le réseau scolaire est une composante essentielle du cadre de vie. L’école constitue pour les familles le premier jalon de la qualité de vie et du vivre-ensemble, un milieu d’appartenance et un carrefour de la vie communautaire.

À Montréal, la situation est plus que préoccupante. C’est encore plus vrai dans les quartiers qui logent une population défavorisée, mais aussi une bonne partie des enfants issus de l’immigration. L’inventaire réalisé par la Commission scolaire de Montréal (CSDM) en 2012 a établi que seulement 10 des 224 bâtiments de son parc immobilier étaient en bon état. La CSDM se voit même dans l’obligation de fermer son siège social pour cause de vétusté trop avancée.

En tout état de cause, il est urgent de développer des propositions résolument urbaines et de les mettre en oeuvre. Réinventer les écoles, c’est poser un geste fort et déterminant pour l’avenir de Montréal et la revitalisation de ses quartiers.

L’école doit aussi être au service de la population avoisinante à des fins communautaires et culturelles, le soir, les fins de semaine et l’été. Il faut revoir la pratique qui consiste à refuser de mettre en commun les équipements parce qu’ils ne relèvent pas de la même administration.

On doit aussi repenser la « cour d’école » asphaltée et clôturée et l’ouvrir sur le quartier. En contrepartie, les bibliothèques, les parcs et d’autres équipements du voisinage doivent être accessibles pour les activités scolaires.

À Montréal en particulier, la rareté et le coût des terrains nous obligent à considérer de nouvelles approches.

Encore ici, les règles actuelles (propriété, zonage, responsabilité civile, etc.) constituent un frein à la mise en oeuvre de solutions architecturales innovantes et durables au service de la réussite scolaire. Comment réconcilier la préservation du patrimoine bâti avec la volonté de repenser complètement l’école et de l’adapter aux nouveaux besoins ? Quelle doit être la contribution de l’architecture contemporaine ?

Autant de questions qui appellent une vision d’ensemble. Or, les décisions sont prises à la pièce et dans l’urgence. Il y a lieu de dresser un inventaire qualitatif, de prendre en compte les avis des citoyens et d’experts et de définir des lignes directrices pour la ville et par quartier. La révision prochaine des plans d’urbanisme doit être l’occasion de conférer au réseau le statut de composante essentielle du cadre de vie et de grande infrastructure patrimoniale et civique.

L’urgence d’agir

Au rythme actuel, il faut au moins six ans pour rénover ou reconstruire une école condamnée. C’est consternant, d’autant que ce sont principalement les populations les plus en besoin qui sont touchées.

En outre, de nombreuses écoles montréalaises sont surpeuplées. Les espaces spécialisés réservés aux bibliothèques, aux ateliers, aux gymnases ou aux intervenants sont transformés en classes. La CSDM se voit aussi dans l’obligation de reprendre des immeubles occupés par des organismes essentiels à leur milieu, tels que Jeunesse au Soleil ou le Centre Lajeunesse.

Ces mesures demeurent toutefois insuffisantes. Malgré les budgets déjà consentis, le défi demeure immense. L’avenir des écoles montréalaises se joue maintenant. Il faut agir maintenant et avec détermination.

D’abord et avant tout, il y a lieu que l’éducation se hausse concrètement au sommet des priorités de l’État et soit d’emblée traitée dans le contexte très concret du territoire, tant au niveau du quartier que de la métropole.

On a beaucoup discuté lors de la dernière campagne électorale municipale des gestes à poser pour permettre à plus de familles de demeurer à Montréal. Le coût du logement constitue certainement le principal obstacle pour un grand nombre de familles qui aimeraient s’établir en ville plutôt qu’en banlieue.

De nouvelles mesures en matière d’habitation ont déjà été annoncées. Mais d’autres facteurs influencent leur choix, et l’école n’est certainement pas le moindre.

La nouvelle administration municipale semble décidée à « reconnaître l’école de quartier comme une composante essentielle du milieu de vie ». Elle devra s’affirmer comme un acteur majeur dans ce dossier. Le débat ne peut pas seulement porter sur le partage des compétences ou les collaborations à la pièce.

Dans l’immédiat et sans délai, Montréal, les villes de l’agglomération et les commissions scolaires devraient impérativement convenir d’une vision et d’un cadre stratégique pour planifier leur action, de concert avec le gouvernement.

À défaut de quoi, la métropole pourrait se voir imposer d’en haut des solutions plus ou moins adaptées, et dans un horizon qui n’est pas en phase avec l’urgence de la situation.

* La lettre est également signée par :
Claude Beaulac, Valérie Beaulieu, Manon Blanchette, Denis Boucher, Jean-Robert Choquet, Elizabeth-Ann Doyle, Isabelle Dumas, Jérôme Glad, Gabrielle Imarigeon, Philippe Lupien, Sandra O’Connor, Me Pierre Paquin, Juan Torres, Billy Walsh et Mallory Wilson, membres de Culture Montréal.

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 25 mai 2018 09 h 06

    Une exigence

    Un quartier urbain ou suburbain ou une petite ville ne devrait pas se concevoir sans 'son' école primaire, où on puisse se rendre à pied, et, idéalement, son école secondaire aussi. Il faut donc une grande coordination entre les autorités politiques et administratives municipales et régionales et les Commissions scolaires. Je me demande si nos Commissions scolaires créées il y a un siècle et demi pour bien séparer les Protestants des Catholiques (et maintenant les Anglos des Francos) n'ont pas fait leur temps, et ne devraient être simplement intégrées aux administrations municipales ou régionales qui, déjà, planifient urbanisme, parcs, équipements sportifs, culturels et communautaires, transport, etc.