Pourquoi la transition énergétique juste est-elle importante?

Le Québec s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 37,5% d’ici 2030, mais les efforts sur le terrain progressent trop lentement pour atteindre cette cible, estiment les auteurs.
Photo: Michael Vesia Getty Images Le Québec s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 37,5% d’ici 2030, mais les efforts sur le terrain progressent trop lentement pour atteindre cette cible, estiment les auteurs.

La transition énergétique est inévitable. Il est nécessaire d’unir et de faire converger les efforts de tous et de planifier le changement pour éviter une crise sociale. Toutes les industries et toutes les personnes actives de notre société seront touchées.

Voilà pourquoi notre coalition d’organisations environnementales, financières et syndicales, dont la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Fondaction, la Fondation David Suzuki, le Fonds de solidarité FTQ et Greenpeace Canada, organise le Sommet pour une transition énergétique juste dans le but de lancer un appel à penser et à planifier une transition énergétique durable et juste pour tous et toutes.

Comment allons-nous entreprendre le passage d’une structure économique polluante à une économie faible en carbone, tout en assurant un traitement digne aux travailleurs, aux travailleuses et aux communautés concernés et en préservant la sécurité et la souveraineté énergétiques du Québec ? Il nous faudra, c’est une évidence, penser à des mesures de soutien aux personnes et aux communautés touchées, réduire les sources de gaspillage, gagner en efficacité énergétique et réduire considérablement notre dépendance envers les hydrocarbures, au bénéfice des énergies renouvelables dont le Québec est généreusement doté.

Dans ce grand chantier économique et social, le gouvernement du Québec a un rôle essentiel et incontournable que lui seul peut assumer : assurer l’encadrement législatif, réglementaire, administratif, fiscal et budgétaire à l’intérieur duquel l’effort collectif pourra se déployer le plus efficacement. Des politiques industrielles innovantes, des programmes de formation et de transition pour la main-d’oeuvre des secteurs touchés par la transition, une fiscalité encourageant l’efficacité plutôt que le gaspillage ne peuvent venir que d’un gouvernement résolu et visionnaire.

Pour réussir cette transition énergétique et en tirer le meilleur parti pour l’ensemble de la société, pour placer notre économie sur la voie de la prospérité durable, le laisser-faire n’est pas une option. L’État et ses partenaires doivent jouer un rôle actif de premier plan.

Devant l’urgence d’agir, nous devons travailler en concertation. Le Sommet pour une transition énergétique juste rassemblera les forces vives du Québec économique, social et environnemental pour faire de cette transition majeure une grande réussite profitable à tous et à toutes. Cependant, pour entreprendre ce virage concrètement, il faudra que les autorités publiques emboîtent le pas.

Le Québec s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 37,5 % d’ici 2030, mais les efforts sur le terrain progressent trop lentement pour atteindre cette cible. Il faut un plan de transition énergétique intégral, bâti de région en région de façon proactive. Pour le réaliser, nous voulons nous inspirer des Principes directeurs pour une transition juste vers des économies et des sociétés écologiquement durables pour tous proposés par l’Organisation internationale du travail.

Parce qu’une société démocratique repose sur la participation de tous les citoyens, nous appelons toutes les organisations de la société civile et du milieu des affaires à mettre en commun leur expertise autour de cet enjeu et à dessiner ensemble notre feuille de route afin de faire du Québec un modèle en matière de lutte contre les changements climatiques.

Nous interpellons aussi le gouvernement actuel et tous les partis politiques qui participeront à la prochaine élection générale, afin qu’ils précisent comment ils entendent planifier et engager une transition énergétique juste et profitable pour tous et pour toutes, dans les meilleurs délais.

*La lettre est signée par :
Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN);
Serge Cadieux, secrétaire général de la Fédération de travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ);
Léopold Beaulieu, président-directeur général de Fondaction;
Karel Mayrand, directeur général pour le Québec chez Fondation David Suzuki;
Gaétan Morin, président et chef de la direction du Fonds de solidarité FTQ;
Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada

7 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 23 mai 2018 08 h 41

    Contre-productif

    Jetons un pavé dans la mare. Le Québec a tout à gagner à encourager l'effet de serre et le réchauffement climatique plutôt qu'à les réduire ! Son agriculture d'abord, qui pourrait voir se rallonger de plusieurs semaines sa saison utile. En août, on pourrait peut-être voir des poires et des pêches du Québec dans nos marchés plutôt que des produits d'Ontario. En consultant ma facture d'électricité, j'estime que deux degrés de plus me feraient épargner plusieurs centaines de dollars en chauffage par année. On réduirait les coûts d'épandage d'abrasif et de sel polluants. Plus encore, notre économie y gagnerait à cause de l'allongement de la saison de navigation sur le Saint-Laurent et la Voie maritime et du faible coût de notre hydro-électricité en comparaison du coût en hausse des hydrocarbures dû à leur consommation effrénée.

    • Jean Richard - Abonné 23 mai 2018 10 h 42

      Il s'agit d'un scénario tout aussi plausible et à la fois tout aussi incertain que les scénarios des catastrophistes. Oui, le Québec pourrait être gagnant d'un réchauffement de 1 ou 2 °C avec diminution sensible du nombre de jours de gel. Mais ne misons pas trop là-dessus.

      Cette possibilité d'un Québec gagnant avec des hivers moins longs et moins rigoureux, pourrait mener la vie dure à cette croisade contre les changements climatiques. Mais il y a plus. Le discours de la transition énergétique affiche de plus en plus ses faiblesses. La population n'embarque pas. Bien loin d'être à la baisse, la voracité énergétique des Québécois ne cesse d'augmenter et on ne fait rien pour qu'il en soit autrement car on espère toujours pouvoir récupérer les profits de cette façon de faire.

      L'énergivoracité des Québécois fait l'affaire des gouvernements qui se succèdent à Québec. Que l'actuelle voracité des gens soit rassasiée par le pétrole, c'est payant, chaque plein d'essence d'un VUS rapportant plusieurs dollars en taxes. Et si les VUS au pétrole sont remplacés par des VUS à batteries, Hydro-Québec sera justifiée d'ouvrir la porte encore plus grande à l'industrie privée de l'éolien.

      La transition énergétique telle que prêchée pourrait être vouée à l'échec car elle continue à miser sur la surconsommation comme condition essentielle pour la croissance sans limite de notre économie. Or la croissance sans limite dans un environnement qui en a (des limites), c'est non viable. Une transition énergétique qui ne remet pas en question le rapport entre l'économie et la voracité énergétique de celle-ci est vouée à l'échec. La lutte aux changements climatiques telle que récupérée est vouée à l'échec, le politique repoussant le scientifique en arrière plan.

    • Bernard Terreault - Abonné 23 mai 2018 11 h 00

      Mon commentaire était totalement amoral, je le sais, mais il a pour but de dire que si les gros joueurs comme les États-Unis, la Chine, qui, à cause de leur climat déjà chaud et leur densité de population, seront affectés négativement par le réchauffement et la pollution, si ces gros joueurs ne font pourtant rien, pourquoi est-ce que les bons Québécois se culpabiliseraient et se puniraient-ils pour le Bien de la Planète ? Pour se consoler d'être un peu moins riches que le ROC et les USA ?

    • Louis-Simon Perreault - Abonné 23 mai 2018 12 h 52

      Je trouve votre scénario particulièrement optimiste, M. Terreault, quand je le compare à ce que nous disent les experts du GIEC et ceux de la NASA. Si on ne se fie que sur les données d'Environnement Canada, ce qu'on peut constater jusqu'à maintenant est que les changements climatiques n'amènent pas une augmentation graduelle et bien répartie de la température tout au long de l'année, mais plutôt une plus grande fréquence d'évènements météorologiques qualifiés d'extrêmes.

      Ces évènements n'ont absolument rien de bénéfique pour l'économie québécoise. Les canicules entrainent des hausses de la consommation énergétique des ménages et des problèmes de santé chez les populations à risque, les tempêtes tropicales endommage=nt les infrastructures de transport de l'énergie, les crues printanières violentes détruisent les habitations, etc.

      En temps que membre de la génération des milléniaux, j'estime que la transition énergétique est nécessaire pour assurer à ma génération et à celles qui la suivent une qualité de vie semblable à celle qui prévaut actuellement au Québec. J'estime aussi que nos décideurs devraient utiliser les données scientifiques et le principe de précaution, plutôt que des espoirs non fondés, pour guider leurs décisions.

  • François Beaulé - Abonné 23 mai 2018 10 h 11

    Plus qu'une question de production industrielle

    Au Québec, en 2015, l'industrie comptait pour 30 % des émissions de GES. L'agriculture pour 9,3 %. Ce qui signifie que près de 61% des émissions sont causées directement par notre mode de vie, l'habitation, les transports et les déchets. Bien davantage par notre consommation que par notre production. Il faut aussi saisir que la production industrielle est elle aussi déterminée par notre consommation et notre mode de vie. Notre mode de vie est donc au cœur de notre relation à l'environnement.

    La « transition énergétique » n'est donc qu'un aspect de la transition qu'il faut entreprendre, de notre mode de vie destructeur de la nature vers un mode de vie respectueux de la nature. Il s'agit bien d'une révolution. Il faut prendre conscience que notre mode de vie actuel est essentiellement le fruit du marché économique. Les gouvernements se sont mis au service du marché. Alors qu'il faut arriver à se placer au dessus du marché pour définir un mode de vie respectueux de la nature, stable et pérenne.

    C'est le mode de vie qui doit faire l'objet d'un projet de société alors que la « transition énergétique » ne suffira pas pour constituer un projet rassembleur et donc démocratique.

  • Louis-Simon Perreault - Abonné 23 mai 2018 13 h 03

    Intéressant, mais un peu tardif...

    Aviser la population de la tenue de ce sommet le jour même où il débute est un peu tardif. Je pense que ce sommet pourrait avoir une portée encore plus grande portée si on en avait fait la promotion une à deux semaines en avance!

    • François Beaulé - Abonné 23 mai 2018 16 h 31

      Ce sommet fait suite à une démarche entreprise sous le nom : « Le climat, l'État et nous ». Il était possible de participer à la consultation en ligne en février et en mars, ce que j'ai fait. La syntèse est ici :
      https://s3.ca-central-1.amazonaws.com/ehq-production-canada/documents/attachments/ff7daac2dc4b42a1ce92b4a6a90f8bb4bff3fcf3/000/009/936/original/Rapport_CEN_ppp_(3).pdf

      Le groupe à l'origine de la démarche, suite à une rencontre avec des groupes organisés qui s'est tenue à l'Université de Montréal, vient de publier une déclaration que vous pouvez lire ici :
      http://iet.polymtl.ca/climat-etat-nous/
      Je vous invite à signer cette déclaration en ligne.