Le terrorisme et l’extrémisme violent au Canada

Une attaque d'un tireur solitaire avait fait deux mort (incluant le tireur) et trois blessés à Ottawa le matin du 22 octobre 2014.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Une attaque d'un tireur solitaire avait fait deux mort (incluant le tireur) et trois blessés à Ottawa le matin du 22 octobre 2014.

On assiste actuellement à de multiples débats publics et politiques sur la nécessité d’élargir la définition du terrorisme afin qu’elle ne se limite pas aux actes motivés par des principes politiques, religieux ou idéologiques et qu’elle inclue tant les acteurs étatiques que non étatiques. Or, une question étroitement liée à cet enjeu est celle de l’idée que se font les gens des groupes qui posent la menace terroriste la plus imminente pour la population canadienne.

Dans ses rapports de 2016 et de 2017 sur la menace terroriste pour le Canada, Sécurité publique Canada décrit Daech [acronyme arabe du groupe État islamique] comme un groupe terroriste devant spécifiquement être combattu. En outre, les chiffres sur les décès présentés dans l’Indice du terrorisme mondial semblent indiquer que Daech représente la menace la plus imminente partout au monde. Mais cela est-il vrai dans le contexte canadien ? Dans son rapport de 2017, Sécurité publique Canada note la montée de l’extrémisme de droite, faisant référence à l’attaque de janvier 2017 contre une mosquée de Québec. À quel point la menace est-elle sérieuse ? Examinons de plus près certains des renseignements à notre disposition.

L’Indice du terrorisme mondial, publié sous forme de rapport annuel par l’Institute for Economics and Peace, fournit un portrait détaillé de divers schémas d’activités terroristes dans le monde. Son édition de 2017 place le Canada au 66e rang d’un palmarès de 163 pays, avec un indice de 2,96 sur un maximum de 10. À titre comparatif, l’Irak est en première position avec un indice de 10, tandis que les États-Unis sont 32es avec un indice de 5,43.

Augmentation constante

Fait intéressant, le rapport observe que l’indice du Canada augmente de manière constante depuis 2012, où il était de 1,51. Une étude minutieuse est nécessaire pour comprendre pourquoi. En effet, toujours selon le rapport, entre le 1er janvier 2014 et le 30 juin 2017, plus de mortalités liées à des attaques terroristes sont survenues au Canada aux mains de groupes ou d’individus autres que Daech.

J’en viens alors à me demander : que (ou qui) représentent exactement ces chiffres sur les mortalités ? Qui commet ces attaques au Canada ? À quelle fréquence ces gestes sont-ils perpétrés par différents types d’organisations terroristes ?

Pour répondre à ces questions, j’ai examiné une seconde source utilisant la même méthodologie que l’Indice du terrorisme mondial afin de pouvoir faire des recoupements. Celle-ci regroupe l’information sur le terrorisme et les incidents extrémistes violents au Canada, y compris les assassinats, les attentats à la bombe, les détournements et les agressions à mains nues. La base de données se fonde sur la définition du terrorisme établie à l’article 83.01 du Code criminel (1985), dont les critères comprennent l’intention, un certain niveau de violence et l’exclusion des acteurs étatiques. Il est utile de noter qu’aux fins de la base de données, le mot « terrorisme » a un sens plus restrictif que le terme « extrémisme violent », et que des incidents précis peuvent être classés dans les deux catégories. Tenue à jour par le Canadian Network for Research on Terrorism, Security and Society (TSAS), cette base de données est constituée de renseignements publics.

Grâce aux outils uniques de classification interactive de la base de données, j’ai constaté que depuis 2000, 22 personnes sont mortes et 104 ont été blessées en sol canadien à la suite de 209 incidents. Ces chiffres sont certes alarmants. Mais si, parmi ces incidents, on recherche ceux qui ont été causés par des personnes ou des organisations ayant des motifs religieux, on en recense seulement 13, lesquels ont entraîné 2 morts et 5 blessés.

En revanche, si on isole les incidents causés par des organisations qui s’identifient à des mouvements suprémacistes, les chiffres sont considérables : 57 incidents distincts ont fait 15 morts et 55 blessés.

Mosquée de Québec

Par ailleurs, la base de données n’inclut pas les incidents de 2016 et de 2017, comme l’attaque perpétrée dans une mosquée de Québec en janvier 2017 qui a fait six morts et 19 blessés. Elle ne tient pas non plus compte de l’incident de septembre 2017 à Edmonton, où cinq personnes ont été blessées.

Les données indiquent cependant qu’entre 2000 et 2015 au Canada, les incidents de terrorisme et d’extrémisme violent motivés par la religion (attribuables ou inspirés par Daech, al-Qaïda, Al-Shabab ou d’autres groupes) ont engendré 7,5 fois moins de mortalités que ceux perpétrés par des organisations ou individus suprémacistes. Si on compte l’attaque de Québec, ce facteur s’élève à 10.

Ce n’est pas la première fois que d’importantes divergences sont signalées entre de tels incidents perpétrés en Amérique du Nord. À l’été 2017, le Center for Investigative Reporting a publié un rapport indiquant qu’entre 2008 et 2016, les incidents terroristes causés par des extrémistes de droite étaient presque deux fois plus nombreux (115) que les incidents inspirés par l’islamisme (63) aux États-Unis. Il est donc absolument nécessaire de scruter de plus près les conditions politiques, sociales, culturelles et juridiques au Canada et aux États-Unis avant de comparer des données contextualisées sur ces incidents.

Pour le moment, même si on peut affirmer que le terrorisme représente une menace pour le public canadien, il faut reconnaître que Daech et les idéologies inspirées de l’islamisme ne constituent pas nécessairement la menace la plus imminente.

À voir en vidéo