Une vision comptable de l’énergie éolienne

Selon les auteurs, l'énergie éolienne est appelée à jouer un rôle important dans la transition énergétique. Sur la photo, le parc éolien de Cap-Chat, en Gaspésie.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Selon les auteurs, l'énergie éolienne est appelée à jouer un rôle important dans la transition énergétique. Sur la photo, le parc éolien de Cap-Chat, en Gaspésie.

La vérificatrice générale du Québec a déposé un rapport la semaine dernière dressant un portrait analysant, entre autres choses, l’établissement des tarifs d’électricité d’Hydro-Québec. Dans une analyse essentiellement comptable, on en vient à conclure que les décrets gouvernementaux pour l’achat d’électricité ont eu un impact sur le tarif payé par les Québécois pour leurs besoins énergétiques. Un impact de 2,5 milliards de 2009 à 2016, dit-on. Parmi ces décrets, il y a évidemment ceux pour l’achat d’énergie éolienne qui menèrent le gouvernement à établir une nouvelle filière industrielle, qui génère aujourd’hui près de 5000 emplois partout au Québec et plus de 1000 emplois dans les régions de l’Est-du-Québec.

Bien que nous puissions convenir que la production d’électricité a un coût, nous avons le devoir de nous demander quelles retombées économiques celle-ci engendre partout au Québec ! Au même titre que lorsque le gouvernement offre subventions ou crédits d’impôt à diverses industries situées la plupart du temps dans les grands centres urbains. Lorsqu’on accorde un crédit d’impôt à des multinationales pour créer une filière multimédia à Montréal et à Québec, on le justifie, à juste titre, par la création d’emplois et de richesses qui rentabilise pour le gouvernement ces choix fiscaux. C’est un exemple parmi tant d’autres, nous pourrions parler également des secteurs aéronautique, biopharmaceutique, financier et de plusieurs autres.

Un choix logique pour le Québec ET pour Hydro-Québec

Nous oublions souvent que la filière éolienne est une industrie plutôt jeune au Québec. En fait, celle-ci est implantée au Québec depuis 15 ans. Depuis 15 ans, une filière industrielle complète et des services connexes ont créé et créent encore des milliers d’emplois au Québec. Pour pallier l’absence de nouveaux appels d’offres québécois pour la construction de parcs éoliens, certains de nos manufacturiers exportent maintenant 100 % de leur production. À la lumière des résultats obtenus en une aussi courte période, nous pouvons fièrement affirmer que nous avons été visionnaires puisque cette filière, en plus d’autres filières énergétiques telles que la biomasse et le solaire, est appelée à jouer un rôle important dans la transition énergétique.

C’est ainsi que l’expertise développée au fil du temps, autant au gouvernement que dans les centres de recherche associés à ces filières ou à Hydro-Québec, nous permettra d’entamer la transition énergétique nécessaire avec un rôle de leader, plutôt que d’être à la remorque d’autres juridictions. La combinaison éolien-hydroélectricité a fait ses preuves et a permis notamment à Hydro-Québec de décrocher son plus gros contrat d’exportation d’énergie chez nos voisins du sud ! L’énergie éolienne au Québec est déjà la forme d’énergie la moins coûteuse à produire, même en incluant le coût des nouveaux barrages électriques. En comparant ces coûts avec les coûts du bloc patrimonial, nous ne comparons pas des pommes avec des pommes et il s’avère difficile d’y trouver une logique qui nous éclaire sur les choix à faire pour notre avenir énergétique !

N’en déplaise à certains détracteurs de l’énergie éolienne, celle-ci a toute sa place dans notre portefeuille énergétique et nous devrions redoubler d’efforts pour trouver de nouvelles industries qui viendront amenuiser notre surplus énergétique théorique ! Il semble que ces surplus gigantesques, selon certains, ne le soient plus autant lorsque de nouvelles industries énergivores lorgnent du côté du Québec pour y installer leur entreprise !

Enfin, nous ne pouvons accepter la vision strictement comptable présentée par la vérificatrice générale du Québec qui fait état de la colonne coûts sans tenir compte de la colonne des revenus et des retombées économiques et stratégiques de la filière éolienne. Une étude de KPMG datée de 2013 établissait les investissements privés réalisés à plus de 8 milliards, dont 5 milliards au Québec pour la construction de parcs éoliens, en plus d’un impact annuel de 500 millions pour la construction et l’exploitation des parcs éoliens. Enfin, nos gouvernements récoltent 88 millions en revenus fiscaux divers découlant des parcs éoliens ! Non vraiment, la vision comptable qui nous est présentée et utilisée par d’autres à des fins idéologiques ou partisanes n’est pas acceptable !

*Signataires : Jérôme Landry, maire de Matane; Daniel Côté, maire de Gaspé; Éric Dubé, maire de New-Richmond; Simon Deschênes, maire de Sainte-Anne-des-Monts; Marc Parent, maire de Rimouski; Sylvie Vignet, mairesse de Rivière-du-Loup; Michel Lagacé, maire de Saint-Cyprien, préfet de la MRC de Rivière-du-Loup et président de la Régie

5 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 18 mai 2018 09 h 37

    J'ai un peu honte....

    ...chaque fois que je suis assez haut pour voir les toits d'une ville. Tout cet espace inutilisé, c'est inouï.

    Il y a le solaire, bien sûr. Mais l'éolien ?
    L'un comme l'autre peuvent être des sources d'énergie de proximité, directement sur nos toits. Les éoliennes horizontales sont presque silencieuses et ne nécessitent pas d'être arrêtées quand le vent devient trop fort, seulement contrôlées.

    Comment coupler cette énergie à celle du réseau, je ne sais pas. Je ne suis pas technicien.

    Peut-être le toit pourrait fournir l'électricité d'une maison/immeuble directement avec l'apport du réseau au besoin, ou bien l'électricité serait "vendue" au réseau pour éventuelle réduction, ou bien vaudrait-il mieux faire des regroupements par quartier... je n'en ai aucune idée.
    Peut-être chaque municipalité devrait-elle avoir sa propre compagnie de production, comme Hydro-Sherbrooke ?

    Dans ce cas les ententes entre la future compagnie municipale et chaque propriétaire pourraient être un peu complexes, mais après tout il existe déjà des installations publiques dans chaque maison. C'est pensable.
    Lors de la prochaine catastrophe, tempête de verglas ou autre, une source d'énergie rapprochée ne serait certainement pas de trop.
    La faiblesse de notre réseau est son étendue.

    Nous nous dirigeons à grand pas vers l'ère du tout-électrique. Si le Québec a une longueur d'avance, c'est grâce à son eau.
    Le vent, lui ?

    Il est grand temps d'avoir une vision d'ensemble à ce sujet. L'électricité, plutôt que d'être uniquement une vache à lait pour le gouvernement, doit redevenir un fer de lance pour inciter l'initiative locale et ider l'installation d'industries stables et saines ici, quitte à offrir des taux à profit nul.

    Ne voir que le profit immédiat, c'est bon pour les cruches qui nous gouvernenent actuellement... et je ne parle pas du tout de vous, Messieurs-Dames les maires.

  • Renée Lavaillante - Abonnée 18 mai 2018 10 h 09

    coût des éoliennes

    "L’énergie éolienne au Québec est déjà la forme d’énergie la moins coûteuse à produire" ... on oublie ici je crois le coût environnemental - payé par d'autres, au loin - de l'extraction des matières premières essentielles aux éoliennes, les "terres rares". Régions ruinées à grande échelle en Mongolie et ailleurs, gens malades, eau contaminée, etc. Produire plus et plus d'énergie est absurde, il faudrait plutôt consommer moins d'énergie!

    • Hélène Paulette - Abonnée 18 mai 2018 12 h 21

      Les terres rares ne sont pas essentielles aux énergies vertes. Tesla, par exemple, n'en utilise pas. Pourquoi en utilise-t-on, voilà la question.

  • Simon Grenier - Abonné 18 mai 2018 12 h 17

    Est-ce bien le rôle d'Hydro-Québec de faire du développement économique? C'est une solution facile qui règle quelques problèmes mais cela détourne l'entreprise d'état de sa mission première: fournir de l'électricité à un prix modique sur l'ensemble du territoire québécois. Le développement économique (des "régions", dans ce cas-ci) relève plutôt de l'État et c'est par l'impôt qu'il devrait être financé, non pas par les consommateurs d'électricité. Les tarifs d'Hydro-Québec sont régressifs: sauf exception, ils sont les mêmes pour tous. L'impôt est progressif et chacun contribue à la hauteur de ses revenus. Les projets d'éoliennes et de mini-centrales dont l'objectif principal est de fournir de l'activité économique à des petites communautés devraient être financés par l'état, à même le budget du gouvernement, et gérés par Hydro-Québec. Cela serait beaucoup plus logique, plus pertinent et surtout, plus équitable. Depuis des années, les gouvernements successifs, tous partis confondus, ont forcé la société d'état à intégrer ces projets dans ses propres budgets, fabriquant ainsi un beau bouc-émissaire bien pratique plutôt que de hausser les taux d'imposition comme il se devrait.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 18 mai 2018 17 h 26

    Faut le faire, se plaindre qu'un rapport de la vérificatrice générale donne "une vision comptable de l'énergie éolienne".

    Peut-être que les auteurs devraient aller voir qu'elle est la nature du mandat de la vérificatrice générale?
    Pour l'instant ce rapport ne fait que confirmer la dérive auquel conduit le développement de la production éolienne pour cause de l'incapacité des politiciens a prendre des décisions adaptées a l'évolution des marchés et besoins d'un secteur quand l'État se mêle de donner des services commerciaux. Pour cette raison il devrait leur interdit par la loi que les politiciens puissent donner des directives aux gestionnaires d'une société d'État comme Hydro l'est.

    Et la vérificatrice n'a fait que confirmé, et mise à jour, ce que constatait le rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec fin 2013 sur ce sujet.
    Pages 48 a 50 ici.
    https://www.mern.gouv.qc.ca/energie/politique/pdf/Rapport-consultation-energie.pdf

    Ce rapport calculait des surplus de coûts de 1,5 milliards$. Quatre ans plus tard la vérificatrice générale constate que ces surplus de coûts sont rendus a 2,5 milliards$...

    Et que de mauvaise foi...

    " nous devrions redoubler d’efforts pour trouver de nouvelles industries qui viendront amenuiser notre surplus énergétique théorique ! "

    Qu'est-ce qu'il y a de théorique quand Hydro elle même explique qu'elle doit ouvrir ses barrages trop plein pour faire couler l'eau sans la turbiné ?