À quand un véritable soutien aux salles de cinéma?

Comment peut-on contribuer au succès et au rayonnement de notre cinéma si le domaine de la diffusion n’est pas reconnu et soutenu? s'interroge l'auteur. 
Photo: Getty Images Comment peut-on contribuer au succès et au rayonnement de notre cinéma si le domaine de la diffusion n’est pas reconnu et soutenu? s'interroge l'auteur. 

Le plus récent budget du ministère des Finances du Québec prévoit un investissement accru dans le domaine de la culture. Il s’agit d’une bonne nouvelle pour un grand nombre d’acteurs impliqués dans le milieu. Toutefois, à l’heure où des changements profonds modifient l’ensemble de l’écosystème de diffusion de la culture, la diffusion du cinéma québécois ne figure assurément pas dans les priorités.

Force est d’admettre que les salles de cinéma ne bénéficient d’aucun soutien financier de la part du gouvernement, qui apporte pourtant son aide à d’autres secteurs dans le domaine. Il est possible d’affirmer que le financement s’applique à toute la chaîne de création des films, mais s’arrête à leur diffusion. Plutôt incongru, vous ne croyez pas ?

Contrairement à ce que plusieurs peuvent croire, les salles de cinéma ne sont pas que des lieux pour engloutir du maïs soufflé tout en jouant aux jeux d’arcades. En plus de constituer des créateurs de milliers d’emplois et tout spécialement pour nos jeunes, les salles représentent la rampe de lancement des films, ce qui permet de générer l’intérêt du public et l’exploitation des films sur toutes les autres plateformes, aujourd’hui incontournables.

Les salles de cinéma représentent également, dans de nombreuses régions du Québec, des lieux culturels uniques favorisant les rencontres entre cinéphiles. Le gouvernement affirme vouloir rendre la culture plus accessible et on s’en réjouit. La question suivante se pose toutefois : comment peut-on contribuer au succès et au rayonnement de notre cinéma si le domaine de la diffusion n’est pas reconnu et soutenu ? L’avenir de l’industrie du cinéma au Québec en dépend pourtant.

Besoins spécifiques

À titre de président de la Corporation des salles de cinéma du Québec (CSCQ), qui représente 75 % du box-office au Québec, j’espère fortement que la nouvelle politique culturelle du Québec, attendue prochainement, répondra véritablement aux besoins spécifiques du secteur de la diffusion cinématographique en salle. Notre cinéma mérite des salles en santé et toujours à la page des plus récentes avancées.

Depuis la dématérialisation de notre média, les salles de cinéma sont devenues des lieux, notamment en région, où autant d’oeuvres et d’artistes peuvent partager leur passion et s’éveiller à la cinématographie locale. De plus, la CSCQ se questionne sur la façon dont seront distribués les fonds inclus dans l’enveloppe de 60 millions de dollars remise à la SODEC. Plus spécifiquement, elle se demande quels seront les critères d’admissibilité et les conditions. Est-ce que les salles de cinéma seront prises en compte ? Des solutions seront-elles proposées pour venir concrètement en aide aux salles présentes à travers la province ? La transformation technologique des salles fera-t-elle partie des priorités ?

Diffusion en salle

Un autre enjeu nous apparaît majeur, soit la loi québécoise non écrite qui prescrit présentement une fenêtre de 100 jours d’exclusivité de diffusion en salle, mais qui est de moins en moins respectée. Nous croyons que la politique culturelle a le pouvoir de changer les choses pour le mieux, par exemple en s’inspirant de la France et en adoptant une loi de 90 jours d’exclusivité sur grand écran. Cela aurait des répercussions très positives sur la vitalité de notre cinématographie locale.

Cette nouvelle politique culturelle du Québec arrive donc à point. Nos attentes sont élevées dans un contexte où l’avenir du cinéma en salle et le succès des films d’ici sont constamment remis en question. Espérons que cette politique sera l’occasion rêvée de valoriser la diffusion de notre cinéma, qui contribue activement au rayonnement de la culture québécoise.

4 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 17 mai 2018 03 h 57

    Je ne vais plus au cinéma

    C'est cher et des tas de films sont mieux vus à la maison, dans la langue qu'on veut avec les sous-titres qu'on veut et les pauses qu'on veut. En plus, les films sont disponibles à la bibliothèque.

  • Colette Pagé - Inscrite 17 mai 2018 10 h 21

    Les cinés club pour les vrais cinéphiles !

    Ce qu'il faudrait soutenir et encourager : les ciné-club en régions qui projettent un cinéma de qualité de même que les cinémas de répertoire comme le Tapis Rouge à Trois-Rivières qui offre un choix fort intéressant mais qui a de la difficulté à se démarquer face aux autres salles de cinéma.

    Car, de façon générale, les cinémas inscrivent à leur programme des films américaains et si peu de films français et étrangers. Alors pour la culture il faudra re-passer. À moins qu'une exigence d'un % de projection soit imposée de films québécois et français.

    Désormais, les cinéphiles ont accès aux chaînes de Télé-Québec, TFO, TV5, Planète sans oublier Netflix, Illico etc. et toute cette manne dans le confort de leur foyer.

    • Serge Lamarche - Abonné 17 mai 2018 12 h 43

      Des cinés-clubs à bas prix vaudraient peut-être la peine. Les dvd de la bibliothèque locale ici (C.-B.) sont supers avec des choix de films gagnants de prix variés et les dernières sorties nourrissent l'appétit de tous les cinéphiles.

  • Jana Havrankova - Abonnée 18 mai 2018 08 h 40

    De quel cinéma parle-t-on ?

    Je serais absolument outrée que le gouvernement soutienne des salles de cinéma comme le Cinéplex ou Guzzo, qui présentent presque exclusivement des films américains et qui misent sur les arcades et la malbouffe pour faire des profits. À la malbouffe de type alimentaire, on ajoute la malbouffe cinématographique.

    Par contre, il serait intéressant de soutenir des salles de cinéma qui projetteraient des films autres qu’américains ou des films qui ont reçu des prix internationaux, comme le font déjà le cinéma Beaubien ou le Cinéma du parc (et comme le faisait le regretté l’Excentris). Ce genre d’offre s’évanouit rapidement « en région ». Et la région commence dès qu’on traverse les ponts…

    Il serait triste que la cinéphilie se cantonne dans les visionnements chez soi.