La gestation pour autrui peut être une histoire d’amour

Le fait que la GPA ne soit pas encadrée par une loi au Québec invite certains couples à sortir du pays pour réaliser leur plus grand rêve.
Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse Le fait que la GPA ne soit pas encadrée par une loi au Québec invite certains couples à sortir du pays pour réaliser leur plus grand rêve.

En 2016, j’ai eu le privilège de porter l’enfant d’un couple d’amis très proches, qui sont aussi les parrains de ma petite dernière. Après 18 ans de vie commune, leur désir de vouloir former une famille a grandi et est devenu évident. Il m’est donc apparu tout naturel de leur offrir mon utérus et mon amour afin qu’ils réalisent leur rêve d’être papas.

J’ai la chance d’être mère de 3 enfants, dont 2 conçus d’une union dite conventionnelle (homme-femme), qui sont âgés respectivement de 21 ans et 18 ans et d’une petite fille de 5 ans ayant 2 mamans et conçue par GMA (procréation assistée).

En septembre 2015, le couple m’annonçait qu’il était en processus de recherche d’une femme porteuse afin de fonder une famille ! Après une grande période de réflexion portant sur plusieurs enjeux (l’impact sur mes enfants, si le couple change d’idée, si le bébé a une malformation, etc.), mon coeur s’est ouvert à leur désir sincère de fonder une famille et cela devenait plus fort que le deuil à faire une fois que l’enfant viendrait au monde.

Étant dans une année de transition, de réorientation de carrière et de retour aux études, j’ai pu me permettre de prendre une année sans trop travailler. J’aimerais préciser que ce projet s’est fait en toute légalité.

Octobre 2016, le test de grossesse est positif ! Oui, il y a eu des questionnements, des remises en question, mais il y a surtout eu une grande complicité qui s’est développée entre les deux papas et moi. La communication, vraie et respectueuse, a été la clé de cette aventure. Quelques semaines avant que bébépointe le bout de son nez, les deux papas étaient avec nous, telle une vraie famille. Ce fut une période fébrile où nos liens se sont encore plus soudés.

Et vient le grand jour. J’ai donné naissance à ce petit être dans une énergie grandiose d’amour. J’ai moi-même coupé le cordon par symbolisme et il m’a été merveilleusement facile et spontané de leur tendre leur bébé. J’ai immédiatement su que le rêve était devenu réalité !

Ce n’est que deux semaines plus tard qu’ils sont partis. Je voulais à tout prix allaiter ce petit trésor, premièrement pour le bien-être santé de l’enfant et aussi parce que nous avions besoin de ce temps pour nous dire au revoir ! Je vous mentirais si je vous disais qu’en moi une tempête d’émotions ne s’est pas manifestée.

Ce fut un deuil bien évidemment, mais un deuil temporaire, puisque finalement, l’aventure ne fait que commencer. Je suis fièrement la « Mamaraine » de cet enfant !

Le débat sur la place publique

Il y a beaucoup de choses qui se disent en ce moment dans les médias et sur les réseaux sociaux. Qu’on en parle en bien ou en mal, au moins on en parle, et ça force les gens à s’ouvrir. Nous sommes rendus au point où il faut statuer sur la GPA pour éviter des histoires d’horreur comme on entend souvent venant de l’étranger (Iran, Inde, Arménie, etc.). Je comprends cet aspect des choses et je ne suis pas du tout en accord avec le phénomène de marchandisation de la femme. Cependant, le fait que la GPA ne soit pas encadrée par une loi au Québec invite certains couples ou familles à sortir du pays pour réaliser leur plus grand rêve, accueillir un (autre) enfant dans leur vie.

Ainsi, je souhaite profondément que la gestation pour autrui soit l’objet d’une loi qui encadrera tant psychologiquement que physiquement les mères porteuses et les parents d’intention, pour le bien-être de l’enfant. Il est faux de croire que seul l’argent est la raison qui inviterait une femme à être porteuse. Il me semble toutefois logique que cette personne soit dédommagée pour le temps qu’elle a donné jusqu’à la naissance de l’enfant.

J’étais bien préparée et très bien entourée, dans la liberté d’être et dans le respect et l’amour. C’est pourquoi je souhaite que le Québec développe une structure éthique et, pour y arriver, il faut s’asseoir et en parler.

8 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 14 mai 2018 05 h 34

    Arrêtons de commercialiser la vie!

    Ce n'est pas l'amour qui incite les femmes d'utiliser leur utérus pour autrui. C'est plutôt le besoin et la pauvreté qui poussent les femmes pauvres du Tiers-Monde à poursuivre une grossesse pour les riches et les mieux nantis. Arrêtons de commercialiser la vie.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 14 mai 2018 13 h 38

      Certaines femmes font effectivement preuve d'altruisme en voulant «prêter» leur utérus pendant 9 mois, mais l'altruisme signifie non rémunération. Le débat sur l'enfantement pour autrui ne peut en aucun cas être basé sur des décisions individualistes, car ce débat concerne le rôle et la place des femmes et des enfants dans la société.
      Le lobby des intervenants médicaux, des agences qui promeuvent la gestation pour autrui et maintenant du lobby gai qui veut imposer une marchandisation de l'enfant et de femmes qui, comme vous le dites si bien, sont pour une très grande majorité pauvre. Ce ne sont sûrement pas des femmes nanties de quartiers riches qui feront la file pour «louer» leur utérus!

  • Johanne St-Amour - Abonnée 14 mai 2018 08 h 44

    Un enfant génétiquement lié à tout prix.

    Pourquoi cet acharnement à vouloir un enfant génétiquement lié à tout prix? Narcissisme? Si on veut fonder une famille, on peut avoir recours à l'adoption?
    Dans une lettre ouverte aux femmes ministres du gouvernement Trudeau, Diane Guilbault, présidente du groupe PDF Québec, soulignait que si elles votaient en faveur de la commercialisation de la GPA, elles consentaient à :

    - Promouvoir le fait que des enfants soient conçus pour être vendus ;
    – Systématiser l’abandon programmé de bébés naissants ;
    – Soumettre au contrôle des parents commanditaires le corps d’une femme pendant neuf mois ;
    – Faire fi des études qui démontrent l’importance des liens mère-enfant pendant la grossesse ;
    – Faire fi des lois internationales qui interdisent le trafic des femmes et des enfants ;
    – Faire fi des lois internationales qui interdisent les arrangements d’adoption avant la naissance d’un enfant ;
    – Faire fi du fait que ce sont toujours les femmes les plus vulnérables et les plus pauvres dont l’utérus est mis à contribution ;
    – Considérer les femmes comme des sources de production et de profit pour les nombreux intermédiaires impliqués dans l’industrie de la GPA ;
    – Favoriser le fait que le Canada devienne un facilitateur du tourisme reproductif qui se développe à l’échelle internationale ;
    – Permettre à des multinationales d’établir les règles du jeu ;
    – Banaliser le fait que le marché de l’être humain devienne un marché comme un autre.

  • Jean Lacoursière - Abonné 14 mai 2018 08 h 59

    Traduction

    L'auteure a prêté (qui sait, loué?) son uterus à un couple d'homme, durant une période de sa vie où elle n'avait apparemment pas de revenu, et regrette de ne pas avoir été payée pour ce service.

  • Jana Havrankova - Abonnée 14 mai 2018 11 h 42

    Merci !

    Cela fait du bien de lire le témoignage de quelqu’un qui a eu une expérience concrète de porter un bébé pour autrui plutôt que d’éternelles jérémiades des défenseurs autoproclamés des mères porteuses, que ceux-ci rangent volontiers dans la catégorie des « victimes ».

    Madame Mathieu a raison de souhaiter la législation sur la gestation pour autrui pour que d’éventuels abus soient évités et pour que les mères porteuses soient respectées et non infantilisées.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 14 mai 2018 13 h 48

      C'est presque comique que vous voyiez de possibles abus et donc la nécessité, selon vous, de changer la législation concernant l'enfantement pour autrui, et que vous ne sembliez pas réaliser l'ampleur des abus actuellement vécus par des femmes en Inde, au Mexique, entre autres, de femmes dont on loue le ventre pour satisfaire le besoin narcissique de couples qui tiennent absolument à avoir un enfant qui porte leurs gènes, un enfant dont ils auront choisi le sexe, parfois la race, la couleur des yeux, etc.! Donc où l'eugénisme qu'on a combattu particulièrement pendant l'ère hitlérienne revienne en force en utilisant les femmes et les enfants!
      Jusqu'à maintenant aucun organe humain ne peut être vendu! Espérons que les intermédiaires et parents commanditaires cesserons de voir les femmes comme des servantes écarlates! Et les enfants comme une marchandise.
      Pourquoi ces personnes ne tentent-elles pas de faciliter encore plus l'adoption si elles désirent absolument fonder une famille?

  • Johanne St-Amour - Abonnée 15 mai 2018 09 h 51

    Légaliser la pratique de la grossesse pour autrui...

    Extrait de la Consultation citoyenne sur le droit de la famille
    Allocution de Diane Guilbault et Michèle Sirois de PDF Q
    14 mai 2018
    «Ne nous leurrons pas : la commercialisation proposée à Ottawa est la suite obligée de la légalisation de la pratique.
    En outre, comme le soulignait Jacques Testart, médecin français à qui l’on doit le premier bébé éprouvette en France,
    Mais tout désir est devenu exigence. Je veux un enfant. Le désir d’enfant, le droit à l’enfant… Et bientôt le droit à l’enfant normal, le droit à l’enfant supérieur… Tout ça prépare l’acceptation du diagnostic pré-implantatoire (DPI), du tri des embryons, en réduisant la grossesse à une fonction de grande banalité (on espère aussi l'utérus artificiel) et l’enfant à un objet auquel on a droit… Tout ça concourt à préparer une véritable révolution dans l’espèce, où on fabriquera, au sens industriel du terme, des bébés.
    Reconnaître le recours aux mères porteuses conduit donc à ouvrir une porte à une dérive digne des rêves les plus fous des eugénistes les plus honnis.
    Plusieurs pensent que le sujet ne les concerne en rien. Rien n’est plus faux. Une fois la brèche ouverte, une fois que l’on peut acheter un être humain, pourquoi l’industrie se priverait-elle de la possibilité de mettre des organes sur le marché? Du sang? Du lait maternel? Il y aura toujours des pauvres pour espérer obtenir un peu de sous et des riches qui auront suffisamment d’argent et insuffisamment de scrupules pour acheter. Actuellement, le don est la règle dans nos sociétés. Mais si éthiquement notre société accepte qu’un enfant puisse être vendu, rien ne s’opposera à la vente des organes et du sang. »