Lettre aux femmes ministres du gouvernement Trudeau

Selon l'auteure, les ministres doivent opposer un refus catégorique à tout projet de loi ou règlement qui permettrait la marchandisation des femmes et des enfants.
Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse Selon l'auteure, les ministres doivent opposer un refus catégorique à tout projet de loi ou règlement qui permettrait la marchandisation des femmes et des enfants.

Mesdames les Ministres,

Nous sommes plusieurs à nous être réjouies de la nomination d’un Conseil des ministres où les femmes étaient aussi nombreuses que les hommes. Nous savons que ce n’est que justice, mais nous espérons aussi que cette arrivée de femmes au pouvoir permettra de mieux prendre en considération le vécu des citoyennes qui forment la moitié de la population du pays.

Or, un projet de loi sur la commercialisation du ventre des femmes et la vente d’enfants arrive comme un test : les femmes au pouvoir vont-elles appuyer la défense de la dignité de la vie humaine ou voteront-elles en faveur du marché qui considère que les femmes sont une source de matière première et de profits pour une industrie en plein essor ? Bref, les femmes au pouvoir oseront-elles un regard différent ?

L’industrie de la grossesse pour autrui (GPA) est une industrie très lucrative : ils sont nombreux à tirer profit du désir d’enfant des uns et de l’insécurité financière des femmes. En tant que femmes, êtes-vous prêtes à appuyer un projet de loi qui banalise la location d’utérus ?

Si vous votez pour la commercialisation de la GPA, vous savez que vous consentez à :

promouvoir l’idée que des enfants soient conçus pour être vendus ;

systématiser l’abandon programmé de bébés naissants ;

soumettre au contrôle des parents commanditaires le corps d’une femme pendant neuf mois ;

faire fi des études qui démontrent l’importance des liens entre la mère et l’enfant pendant la grossesse ;

faire fi des lois internationales qui interdisent le trafic des femmes et des enfants ;

faire fi des lois internationales qui interdisent les arrangements d’adoption avant la naissance d’un enfant ;

faire fi du fait que ce sont toujours les femmes les plus vulnérables et les plus pauvres dont l’utérus est mis à contribution ;

considérer les femmes comme des sources de production et de profits pour les nombreux intermédiaires impliqués dans l’industrie de la GPA ;

permettre que le Canada devienne un facilitateur du tourisme reproductif qui se développe à l’échelle internationale ;

permettre que des multinationales établissent les règles du jeu ;

banaliser le fait que le marché de l’être humain devienne un marché comme un autre.

Ce n’est certainement pas pour ces raisons que vous êtes venues en politique, après une difficile lutte pour faire votre place. Les femmes en politique devraient pouvoir changer les choses.

Par ailleurs, le Canada aime bien se faire le champion des droits des femmes, comme il le fera lors de la réunion prochaine du G7 au Canada. Il doit passer de la parole aux actes et protéger en premier lieu le droit des femmes et des enfants de ne pas devenir des marchandises qu’on loue ou qu’on vend aux plus offrants. C’est d’ailleurs dans l’intérêt de toute la population. En effet, la marchandisation de l’être humain ainsi légalisée risque de nous amener rapidement à la vente du sang et des organes.

À l’instar d’autres pays, tels la France, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, l’Espagne, le Danemark, la Suède, la Finlande et les Pays baltes, le Canada devrait non seulement interdire la pratique et a fortiori la commercialisation de la GPA, mais également être à l’avant-garde en luttant pour l’abolition universelle de la pratique de la GPA.

Nous vous demandons d’opposer un refus catégorique à tout projet de loi ou règlement qui permettrait la marchandisation des femmes et des enfants. Il en va de la dignité humaine.

4 commentaires
  • Pierre Raymond - Abonné 12 mai 2018 09 h 19

    Bravo !

    Votre message est très clair mais malheureusement, il se trouvera surement un-e politicien-ne quelque part pour ne pas en saisir le sens et l'importance.
    Voyez ou mène le cynisme semé par nos charmants-tes élus-es.

  • Johanne St-Amour - Abonnée 12 mai 2018 10 h 07

    Projet de loi scandaleux!

    Le dépôt du projet de loi du député Anthony Housefather qui veut rémunérer les mères porteuses (et lors duquel on semblera demander aux députées réticences de tenir la ligne de parti!) est totalement scandaleux. Vous avez raison, on assiste à la marchandisation du corps des femmes et des enfants.
    Le droit à l'enfant génétiquement lié n'existe pas.
    Et je le répète : le droit à un enfant génériquement lié n'existe pas.
    Pourquoi ne pas mettre autant d'énergie à faciliter l'adoption?
    L'achat d'un enfant par catalogue, où on peut choisir la race, la couleur des yeux, le sexe, etc. - comme l'aurait fait l'animateur Joël Legendre (qui, en plus, aurait fait choisir son fils aîné) est contre une éthique saine.
    La fiction «La servante écarlate» devient malheureusement réalité!
    Il est curieux de ne pas avoir entendu la FFQ à ce sujet? Il semble que cet organisme ne défende plus les droits des femmes à ne pas être louées: on en a eu un aperçu lors de leur demande à l'arrondissement de Laval de ne pas modifier un règlement qui changeait la donne concernant les salons de massage et qui pénalisait, selon elle, ce qu'elles appellent «les travailleuses du sexe»!

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 12 mai 2018 17 h 45

    Va pour l'avortementm mais non pas pour la procréation…

    Voilà une posture pour moins paradoxale, parce que si la femme est propriétaire de son utérus en matière d'avortement, il me semble qu'il en va de même en matière de procréation!

    Mais voilà! On assiste au retour des moralisateurs qui, sous le couvert de vertueuses intentions, s'arrogent le droit de dicter la conduite morale des femmes.

    Il en va ainsi pour la prostitution, que les «Ligues de la vertu» ont entièrement poussée dans le giron de la pègre grâce aux interdits que ces moralisatrices ont obtenu à coup de vœux pieux… Parce que maintenant il n'y plus que sous le couvert du monde interlope que la prostituée peut exercer son activité au Canada.

    Il en sera ainsi avec l'interdiction de la procréation pour autrui, car il n'y aura plus que le crime organisé qui aura les ressources pour opérer ce lucratif commerce.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 13 mai 2018 09 h 26

      M. Lacoste, dans la prostitution le corps de la femme qu'on prostitue appartient aux prostitueurs. Même chose dans l'enfantement pour autrui, le corps appartient aux commanditaires qui imposent leurs lois (nourriture, boisson, activités sexuelles, avortement ou non d'un des foetus, etc.), ces commanditaires qui de façon narcissique, désirent un enfant génétiquement lié. Génétiquement lié et parfois dont des caractéristiques très spécifiques sont choisies, par exemple le sexe (ce qui est sexiste au possible). Le slogan «c'est mon corps, c'est mon choix» n'a aucun sens ici.
      Si le lucratif commerce de la prostitution profite, effectivement, au crime organisé, le lucratif commerce du ventre des femmes et de la marchandisation des enfants profite aux intermédiaires (avocats, les intervenants médicaux, les agences liées à ce commerce).
      Par ailleurs, la violence est inhérente à la prostitution.