Un faux procès contre la filière éolienne d'Hydro-Québec

Le parc éolien de Carleton, en Gaspésie. L’éolien représente environ 6% de la production d’électricité du réseau d’Hydro-Québec, souligne l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le parc éolien de Carleton, en Gaspésie. L’éolien représente environ 6% de la production d’électricité du réseau d’Hydro-Québec, souligne l'auteur.

Selon le dernier rapport de la vérificatrice générale du Québec, 2,5 milliards de dollars auraient été payés en trop par les Québécois à Hydro-Québec de 2009 à 2016 principalement à cause de l’éolien. Mais à travers cette croisade anti-éolien, on véhicule des partis pris considérables, des demi-vérités et des faussetés qui empêchent un débat serein concernant l’intérêt de la filière. Pourtant, le programme éolien lancé en 2005 était une des meilleures options du moment.

Les gens, y compris les vérificateurs, ont la mémoire bien courte. Rappelons-nous la saga du Suroît en 2004. À court terme, le Québec s’orientait vers une pénurie d’électricité. Les réservoirs étaient au plus bas. C’était avant l’effondrement du secteur industriel et la crise économique de 2008. Une planification responsable doit prévoir plus que moins.

Le président d’Hydro-Québec à l’époque, André Caillé, nous proposait le gaz naturel. La population n’en voulait pas. Depuis l’abandon de Grande-Baleine en 1994, l’hydroélectricité était en procès. Les minicentrales avaient fait scandale. Entre la décision et la mise en production d’un barrage, il peut se passer 15 ans. Le dernier exemple en liste, c’est La Romaine, qui vient tout juste d’être achevée. Mis à part le détournement de rivières et le suréquipement, la grande Hydro n’était donc pas une option à moyen terme. Quelles étaient les options restantes pour Hydro-Québec Distribution ? L’éolien offrait beaucoup d’avantages. Dans un contexte où la demande croissait moins rapidement que par le passé, les 4000 MW d’éolien modulaient mieux la croissance que les grands barrages.

Contrairement à ce que certains médias véhiculent, l’éolien n’a pas déplacé l’hydroélectricité. Il a joué le rôle de complément pour remplacer le gaz naturel.

Comparer des pommes et des oranges

Que veulent dire 2,5 milliards de dollars payés en trop ? Déjà, mettre dans la colonne des négatifs la différence de coût entre une centrale construite récemment et le coût patrimonial, qui repose sur des centrales construites avant 1990, défie toute logique comptable. Même un cancre en comptabilité peut comprendre que l’énergie produite par la Baie-James ou la Manic, dont le coût se situe en deçà de 2,0 ¢/kWh, est une histoire du passé. Une fois les 165 TWh patrimoniaux consommés, il faut bien se rabattre sur des centrales plus coûteuses.

Dans la comparaison des coûts, la rigueur s’impose. L’énergie éolienne coûte environ trois fois plus que les 2,82 ¢/kWh fixés par le gouvernement pour les premiers 165 TWh produits. C’est vrai aussi pour La Romaine ou la centrale du Suroît. Mais c’est faux si on compare le prix de l’éolien à la nouvelle hydraulique, autrement dit au coût marginal d’une nouvelle centrale construite récemment.

D’où viennent les surplus ?

Alors qu’Hydro-Québec doit ouvrir les vannes de ses barrages parce que ses réservoirs sont pleins, elle continuera d’acheter de l’énergie (éolienne) coûteuse, avance-t-on. Actuellement, Hydro-Québec produit environ 40 TWh de plus que le patrimonial. L’éolien représente environ 6 % de la production d’électricité du réseau d’Hydro-Québec. Force est d’admettre que l’éolien a le dos large.

Mais surtout, cette affirmation traduit une incompréhension totale des mécanismes de décision chez Hydro-Québec. Hydro-Québec Production a des surplus considérables qui doivent être écoulés sur les marchés d’exportation. Or, l’éolien est acheté par Hydro-Québec Distribution, qui n’a pas accès à l’énergie de La Romaine, sauf pour des questions d’équilibrage.

Les vases ne sont pas communicants : la nouvelle Hydro, c’est pour l’exportation, l’éolien, c’est pour la demande du Québec. Encore ici, ne nous énervons pas : dans un réseau hydraulique comme celui d’Hydro-Québec, la gestion de risque pour les apports exige d’avoir des surplus d’environ 10 %. C’est le contraire qui serait problématique. Le point ici, ce n’est pas de prendre parti en faveur de l’éolien, de l’hydroélectricité et bientôt du solaire, mais de favoriser une concurrence loyale entre les filières.

La diversité est une valeur, pas une calamité.

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