Le Canada doit abolir l’accès légal aux armes d’assaut

«Armé d’un pistolet et de cinq chargeurs, le tueur a pu tirer jusqu’à dix coups en rafale, d’une telle force que les projectiles ont traversé les murs.»
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Armé d’un pistolet et de cinq chargeurs, le tueur a pu tirer jusqu’à dix coups en rafale, d’une telle force que les projectiles ont traversé les murs.»

Pendant deux semaines, les reportages journalistiques issus des preuves du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) en lien avec la tuerie au Centre culturel islamique de Québec ont permis à la population canadienne de constater à quel point Alexandre Bissonnette avait agi froidement et méthodiquement en s’en prenant aux 46 fidèles et 4 enfants qui tentaient de se cacher ou de fuir. Malgré cela, nos frères en pleine force de l’âge — Hassan, Aboubaker, Mamadou Tanou, Azzédine, Ibrahima et Khaled — n’ont pu échapper à la mort donnée par arme à feu.

En effet, les citoyens ont le droit de savoir que Bissonnette était soigné pour troubles anxieux, prenait des antidépresseurs et était en arrêt de travail. Ils ont le droit de savoir que malgré ce profil et ces risques, la Loi en l’état actuel ne l’a pas empêché de posséder plusieurs armes à feu.

Enfin, ils ont le droit de savoir que Bissonnette était membre d’un club de tir, un type d’endroit où on apprend « comment tirer » et où peuvent se pratiquer des jeux « tactiques » dont l’objectif est de tirer avec des armes d’assaut, le plus rapidement possible, sur une multitude de cibles.

Des armes comme la carabine semi-automatique non restreinte « VZ58 Sporter », munie d’un chargeur comportant 29 cartouches, avec laquelle Bissonnette a tenté d’amorcer son attentat. S’étant heureusement enrayée au premier coup, c’est alors qu’il a sorti un Glock 9 mm de son manteau.

Quel aurait été le bilan de l’attentat si la VZ58 ne s’était pas enrayée ? Aymen Derbali, atteint par sept balles, est d’avis que ce coup de chance a empêché un carnage « de justesse », sachant que Bissonnette avait 108 balles et qu’il « était déterminé à nous tuer tous ».

Armé d’un pistolet et de cinq chargeurs, le tueur a pu tirer jusqu’à dix coups en rafale, d’une telle force que les projectiles ont traversé les murs. Quelque 48 balles ont été tirées, faisant six morts, cinq blessés graves et 39 personnes traumatisées à vie en moins de deux minutes.

En moins de deux minutes

Mais dans quelle société vivons-nous pour tolérer qu’un citoyen ordinaire puisse se voir légalement conférer un pouvoir aussi destructeur ?

Cette question, nous l’avons posée en novembre dernier à Mark Holland, secrétaire parlementaire du ministre fédéral de la Sécurité publique. Nous lui avons également fait part des reportages montrant l’implantation de milices d’extrême droite au Canada, dont plusieurs au Québec — milices qui se considèrent comme « en guerre » contre certaines minorités, notamment les personnes de confession musulmane. Ces groupes sont lourdement armés, pratiquent leurs tactiques militaires en milieu forestier et obligent leurs membres à détenir un permis de possession d’armes à feu, un permis permettant l’achat légal d’armes d’assaut !

En réponse à nos craintes, M. Holland a tenté de nous rassurer en nous parlant des programmes d’anti-radicalisation de son gouvernement. Nous avons dû respectueusement l’interrompre pour insister sur le fait que, malgré notre appui évident et enthousiaste à la lutte contre la radicalisation, la priorité la plus urgente devrait être de limiter le pouvoir destructeur que détiennent les milices actuelles ainsi que tout autre citoyen ordinaire.

Il est donc fort regrettable de constater que le gouvernement canadien actuel ait tout de même décidé de complètement ignorer la question de l’accès légal aux armes d’assaut dans le cadre de la présente réforme de la Loi sur les armes à feu.

Est-ce parce qu’une minorité d’amateurs d’armes qui se considèrent comme les « victimes » d’une législation « draconienne » font peur aux députés libéraux en vue des prochaines élections ?

Pourtant, la volonté de la population à ce sujet est claire : non seulement des sondages indiquent que la très grande majorité appuie l’interdiction des armes d’assaut, mais tout récemment, les Canadiens ont organisé de multiples marches à travers le pays en solidarité avec les étudiants de Parkland qui réclament leur interdiction aux États-Unis !

Nous espérons donc que la douleur que nous avons subie au quotidien en lien avec la publication des détails du massacre de la mosquée de Québec se verra justifiée par une prise au sérieux de mesures législatives à prendre pour que de telles tueries ne se reproduisent plus jamais.

Au gouvernement de Justin Trudeau, nous disons : il faut éliminer l’accès légal aux armes d’assaut et à leurs accessoires meurtriers. Ainsi pourrions-nous, inch’Allah, assurer un meilleur repos aux victimes tout en renforçant les valeurs de paix, d’ordre et de bon gouvernement qui font la fierté de ce beau et grand pays, le Canada, qui est le nôtre.

1 commentaire
  • Bernard Cooper - Inscrit 9 mai 2018 14 h 19

    Comment définir une arme d'assaut ?

    Il n'est pas évident de savoir comment classer une arme pour dire qu'elle soit "d'assaut" ou trop dangereuse. Tout armes qui sont utilisées pour chasser l'orignal ou le chevreuil sont capables aussi de tuer des humains. L'arme semi-automatique (à distinction de la carabine à verrou, et non des armes "automatiques" qui sont strictement prohibées au pays) a son utilité légitime dans la chasse.

    Doit on alors limiter les calibres de munition ? Encore un gros problème. La capacité des chargeurs sont déjà strictement limités, mais on le sais bien que des gens mal-intentionés sont capables de trouver des chargeurs à grande capacité. Un contrôle plus accru d'une petite pièce tel un chargeur n'est pas realiste.

    Devons nous alors interdire des armes qui ont une "allure militaire" qui font peur ? Encore là une autre fausse piste arbitraire qui laisserait passer pleins d'armes très puissantes.

    Le contrôle des armes, même leur interdiction, ne s'adresse pas à plusieurs éléments plus fondamentaux à ces actes de violences. Nos sociétés sont en processus de polarisation, les valeurs partagées sont mis au mal, les individus aliénés peuvent se réfugiés dans des sous-cultures d'idéologies retrogrades, haineuses, racistes. Les différentes formes de communitarismes font monter la mefiance.

    L'accès aux armes était encore plus grand il y a 40 ans, dans une société moins tolérante des minorités visibles, sexuelles, et les revendication feministes. Comment expliquons nous ce paradoxe ? Des pistes à explorer il n'en manque pas.