Hommage à André Payette

«Du quartier ouvrier Saint-Henri, à Montréal, André Payette avait retenu de son enfance l’importance de découvrir, de partager et, surtout, de savoir douter de ce que l’on croit être la vérité.»
Photo: Télé-Québec «Du quartier ouvrier Saint-Henri, à Montréal, André Payette avait retenu de son enfance l’importance de découvrir, de partager et, surtout, de savoir douter de ce que l’on croit être la vérité.»

À l’automne 2010, pour fêter ses 80 ans — et pour le sortir de la solitude dans laquelle la surdité l’avait enfermé —, ma femme et moi avions décidé d’offrir à André un petit séjour sur cette côte atlantique des États-Unis qu’il chérissait tant. Le souffle court et malgré des jambes qui ne voulaient plus suivre, il marchait sur la plage. Je n’oublierai jamais ce regard bleu qui parcourait l’horizon comme s’il voulait le faire reculer pour aller voir ce qui se passait « au-delà de ce que l’on voit ». Aller « au-delà », fouiller, découvrir, raconter : voilà ce qui l’avait toujours animé comme journaliste.

Du quartier ouvrier Saint-Henri, à Montréal, André Payette avait retenu de son enfance l’importance de découvrir, de partager et, surtout, de savoir douter de ce que l’on croit être la vérité. C’est ainsi que dès 1953 il se lança dans l’aventure du journalisme. De Trois-Rivières à l’Abitibi, de Montréal à Paris, de l’Afrique au Moyen-Orient, le journaliste animateur aura été non seulement un témoin privilégié de plus d’un demi-siècle d’histoire, mais aussi un débusqueur de talents. Grâce à un instinct affiné, il aura senti venir les changements qui allaient marquer notre société et suggérer aux autorités médiatiques le nom de nombreux jeunes journalistes auxquels il fallait faire confiance pour éclairer la population sur les causes et les effets de ces modifications sociales, économiques et culturelles qui marquaient le Québec, le Canada et le monde.

C’est aussi à lui que l‘on doit deux transformations majeures du paysage médiatique québécois. Il fut celui qui bouscula les patrons de Radio-Canada dans les années soixante afin de permettre à ses journalistes de non seulement recueillir les informations, mais aussi de les transmettre eux-mêmes en ondes, bref de « prendre la parole à l’antenne ».

Il fut également un des pionniers de la mise en ondes des propos et commentaires du public en animant à la radio de Radio-Canada une émission dite « de ligne ouverte » où, par téléphone, les gens pouvaient s’exprimer librement.

Intervieweur redoutable, il allait par son prestige et sa compétence convaincre de nombreux acteurs de la vie politique canadienne de prendre siège devant lui et de répondre à ses questions.

À l’antenne de Radio-Québec dans les années 1980, il anima avec autorité la prestigieuse émission Nord-Sud essentiellement consacrée à la vie des citoyens du Tiers-Monde et à ceux et celles qui leur consacraient leurs efforts pour les aider à s’en sortir. Il prit sa retraite du métier de journaliste quelques années plus tard.

André Payette a tiré sa révérence en ce printemps de 2018. Le dimanche 6 mai, à 87 ans, il s’est évadé pour toujours avec grâce et sérénité, heureux d’avoir ajouté une pierre aux fondations modernes du journalisme d’ici. Il fut un de mes « grands frères » dans ce métier où, au départ, c’était sur le terrain qu’on apprenait à découvrir, à douter et à communiquer des faits d’intérêt public.

Merci André.

2 commentaires
  • Pierre Samuel - Abonné 8 mai 2018 08 h 13

    D'une autre race...

    André Payette fut effectivement l'un des grands journalistes de la glorieuse époque de Radio-Canada. De son calme légendaire il pouvait désarmer les politiciens les plus coriaces. Ses confrères Louis Martin, Pierre Olivier, Pierre Nadeau, Laurent Laplante, Gil Courtemanche et combien d'autres étaient de la même trempe et auraient définitivement abhorré ce journalisme-spectacle dilué à l'eau de rose d'improvisateurs auquel nous assistons malheureusement beaucoup trop fréquemment aujourd'hui...

    La rigueur exemplaire de ces grands professionnels ne se prêtait guère aux complaisantes pitreries auxquelles nous assistons aujourd'hui
    de la part de nos politiciens

    S'ils étaient encore de ce monde, les Pierre-Elliott Trudeau, Robert Bourassa et même leur précurseur René Lévesque, lui même, pourraient en témoigner éloquemment...

  • Claude Coulombe - Abonné 8 mai 2018 11 h 17

    Merci Monsieur Payette!

    C’est avec tristesse que j’apprends le décès de M. André Payette, un grand journaliste. Comme beaucoup de Québécois, c’est à travers sa voix chaleureuse, ses propos éclairés et son humanité que j’ai été initié aux affaires internationales et aux complexes relations Nord-Sud. Il continuera à vivre dans ma mémoire. Merci Monsieur Payette!