Liberté économique et liberté de presse vont de pair

Les pays présentant un haut degré de liberté économique sont ceux où il y a moins de journalistes attaqués, le moins de lois et réglementations imposées aux médias et le moins de pressions politiques pour contrôler leur contenu.
Photo: Jan Kranendonk Getty Images Les pays présentant un haut degré de liberté économique sont ceux où il y a moins de journalistes attaqués, le moins de lois et réglementations imposées aux médias et le moins de pressions politiques pour contrôler leur contenu.

Soixante-cinq journalistes ont perdu la vie en exerçant leur métier l’an dernier, selon Reporters sans frontières. Le dernier rapport de l’organisme dresse d’ailleurs un portrait sombre de l’état de la liberté de la presse à travers le monde.

Les vertus de la liberté de la presse sont aujourd’hui largement reconnues. Cette liberté, qui implique que les journalistes puissent pratiquer leur métier sans entraves, est une composante indispensable d’une démocratie où les droits et libertés individuelles des citoyens sont respectés. Ce qu’on sait moins, c’est que la liberté économique (liberté de se lancer en affaires, respect du droit de propriété, ouverture au commerce international, etc.) favorise l’apparition de la liberté de presse. En fait, elle est même une condition nécessaire à son apparition.

La naissance de la liberté de presse est étroitement associée au développement de l’économie de marché : la première gazette publiée régulièrement a été imprimée en 1605 par le Strasbourgeois Johann Carolus, qui a vu l’occasion entrepreneuriale que représentait la diffusion de nouvelles par l’intermédiaire de la poste.

Une étude que l’IEDM vient de lancer aujourd’hui confirme le lien significatif et fort qui existe entre ces deux libertés encore aujourd’hui.

Deux libertés qui vont de pair

Depuis que les mesures de la liberté économique et politique existent, on n’a jamais observé de cas de sociétés démocratiques et respectant les droits individuels sans un minimum de liberté économique. Dans une véritable économie de marché, un ardent défenseur du socialisme aura toujours la possibilité de trouver des donateurs, des investisseurs, ainsi que des clients pour financer la diffusion de ses opinions. En revanche, dans une économie contrôlée par le gouvernement, les opinions divergentes auront plus de difficulté à trouver leur chemin en raison des obstacles bureaucratiques, de la difficulté à trouver un financement ou même de la censure.

Un bon moyen de faire taire un journal, une station de télévision ou un site Web est de le taxer ou de le réglementer étroitement. Plus un pays est libre sur le plan économique et facilite l’entrée des nouveaux acteurs sur un marché (ce qui signifie moins de professions réglementées et de barrières de toutes sortes), plus il y a des chances que la presse soit libre, et ce qui vaut pour les entreprises en général vaut aussi pour les entreprises de presse.

C’est d’ailleurs ce que les données colligées dans le cadre de notre étude révèlent : de manière générale, plus la liberté économique d’un pays est grande, plus la liberté de la presse est importante.

On constate cet effet dans les pays d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord. À l’inverse, des pays dont le degré de liberté économique est faible, comme le Venezuela, la Bolivie, l’Argentine ou l’Algérie, présentent aussi un faible niveau de liberté de la presse. En contrôlant et en réglementant davantage leur économie depuis une quinzaine d’années, les gouvernements de ces pays ont contribué à réduire fortement la liberté de la presse.

On doit aussi noter que le lien entre liberté économique et liberté de la presse est plus fort dans les pays à bas revenus ou à revenus moyens-bas que dans les pays à hauts revenus. Autrement dit, la liberté économique est encore plus favorable à la liberté de la presse dans les endroits les plus pauvres de la planète.

Une condition nécessaire

Il est certain qu’un plus haut degré de liberté économique ne garantit pas à lui seul plus de liberté pour la presse. Par exemple, Singapour ou Hong Kong disposent d’un niveau élevé de liberté économique, mais d’une faible liberté de la presse. Cependant, la proposition selon laquelle un niveau minimum de liberté économique est une condition nécessaire pour assurer un minimum de liberté de la presse est clairement appuyée par les données : en 2015, la dernière année disponible, il n’y a aucun pays dont la presse est libre dans le dernier quartile de la liberté économique.

Les pays présentant un haut degré de liberté économique sont ceux où il y a moins de journalistes attaqués, le moins de lois et réglementations imposées aux médias et le moins de pressions politiques pour contrôler leur contenu. En somme, la liberté économique constitue donc une piste intéressante de réformes, non seulement parce qu’elle favorise la prospérité, mais aussi parce qu’elle favorise l’amélioration de caractéristiques non économiques, au premier chef la liberté de presse. Pour aider les journalistes, libéralisez l’économie !

6 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 3 mai 2018 05 h 42

    Apparition et disparition

    Si « ...dans une véritable économie de marché, un ardent défenseur du socialisme [a] ...toujours la possibilité de trouver des donateurs, des investisseurs, ainsi que des clients pour financer la diffusion de ses opinions... », un ardent défenseur du capitalisme finance lui-même la diffusion des siennes.
    La démocratie de libre marché par laquelle « ...les droits et libertés individuelles des citoyens sont respectés... » protège ce genre d’inégalités basées sur la propriété privée des moyens de production matérielle et intellectuelle. La presse n’est pas exempte de ces inégalités pouvant elle-même être la propriété d’un magnat... ou d’une coopérative d’entraide.
    Dans ce contexte, ceux qui prétendent que « ...la liberté économique favorise l’apparition de la liberté de presse... », nient l’immense pouvoir de concentration des richesses que possède le capitalisme, allant jusqu’à favoriser la disparition d’une réelle liberté économique et d’une réelle liberté de presse.

  • Jean-François Trottier - Abonné 3 mai 2018 07 h 16

    Quel ramassis de préjugés débiles !!

    Comment peut-on écrire sérieusement "dans une économie contrôlée par le gouvernement, les opinions divergentes auront plus de difficulté à trouver leur chemin en raison des obstacles bureaucratiques" ?

    Quel grossier mensonge!

    De 2001 à 2006 TOUTE la presse américaine a été intoxiquée par les faussetés au sujet des armes de destruction massive en Irak, les french fries ont été rebaptisées "Liberty fries" pour symboliser un bris de confiance avec la France, le Canada a été traité, mais ce n'est pas nouveau, de pusillanime. Quiconque n'admettait pas la nécessité de régler le cas de Hussein était mauvais patriote.

    Pendant ce temps la grande liberté économique des USA, exempte de tracasseries bureaucratiques, a préparé et amené à une crise économique dont je conçois que vous, les auteurs, ne vous en sentez pas plus gênés. L'avez-vous seulement vu passer ?

    Je vous mets au défi de trouver un tel cas d'unanimité suspecte dans l'histoire de la presse des 40 dernières années en Suède, Finlande, ou autre pays social-démocrate dont une partie de l'économie est sous contrôle gouvernemental. Ces pays ne sont pas forcément admirables mais ils démolissent vos minables assertions.
    Vous vous posez en défenseurs de la liberté économique, et souvent au nom de la responsabilité personnelle. Ou est la responsabilité personnelle dans la publicité mensongère ? Dans l'autre, "seulement" manipulatrice qui fait appel au cerveau reptilien chez le consommateur ?

    La vérité est que les très grandes compagnies sont, toutes, plus inefficaces et tracassières qu'un gouvernement, mais elles fonctionnent à coup de chantage dans tous les pays du monde ("too big to fail") et peuvent tout se permettre. La loi du marché, c'est souvent du racket organisé.

    La presse est loin d'avoir toutes ses libertés en Russis, mais l'économie, certainement et plus que jamais.

    Il existe certainement un lien entre les libertés mais pas plus l'économique que les autres. Vous faites dans le simplissisme

  • Patrick Déry - Inscrit 3 mai 2018 13 h 11

    Pas de préjugés, que des données et des faits

    @Jean-François Trottier.
    Je vous invite à lire l'étude avant de déchirer votre chemise.
    Des choses telles que le degré de liberté de presse et la liberté économique sont mesurées par de nombreux organismes, notamment Freedom House, Reporters sans frontières, la Banque mondiale et l'Institut Fraser. Je vous épargne les critères, mais il y a une méthode.
    Vos préjugés semblent nourris par de mauvaises perceptions. Notamment, les économies des pays scandinaves sont très libérales, et devancent même le Canada selon certains indices. En Russie, à l'inverse, l'État prend plus de place dans l'économie, malgré ce que vous semblez croire.
    Votre évaluation de la presse américaine est inexacte. Il y a en effet eu un phénomène "rally around the flag", mais moins étendu et moins durable que ce que vous mentionnez. Dès 2008, un candidat à la présidence dénonçant la guerre en Irak a été élu.
    Même si certains médias américains reprennent quotidiennement les âneries que nous sert chaque jour le président actuel, d'autres le talonnent quotidiennement, et voient même leurs revenus augmenter (dont le NY Times).
    Enfin, malgré des tendances à la concentration, la dynamique concurrentielle empêche habituellement l'atteinte du monopole, et c'est vrai pour le "marché des idées" que représente la presse.
    On en a d'ailleurs un excellent exemple au Québec, où la presse s'est concentrée dans des pôles opposés, tant dans les médias écrits que télévisuels (Power vs Québecor, Rad-Can vs Québecor). Des voix indépendantes complètent le portrait et préservent la pluralité d'idées, dont le média où je vous réponds.
    En tous les cas, qu'on regarde les données ou l'histoire, il ne fait aucun doute que la liberté économique est une condition de la liberté de presse, même si elle n'est pas une garantie. Il existe en effet des exemples de pays libres sur le plan économique qui ne le sont pas sur le plan de la presse. Ça viendra sans doute un jour.
    Mais je vous mets au défi de trouver l'inverse.

    • Marc Davignon - Abonné 4 mai 2018 10 h 28

      Il n'y a pas de lien causal. Votre exemple démontre qu'il n’y a pas de liberté dans les protagonistes que vous nommé, chacun d'eux prend une position et si vous n'accepter celle-ci et bien vous ne pourrez exprimé votre dissidence; la ligne de partie. Idem dans le «privé» ; vous devez suivre la ligne de partie, vous devez être loyal, toute critique sera considérée comme un manque de cette loyauté et votre lien d'emploi sera dissous.

      Alors, de quelle liberté parlée vous? Celle qui permet de s'exprimer sans avoir peur de représailles. Où se trouve cette liberté dans «liberté économique»? C'est que vous confondez, visiblement, liberté et impunité. L'impunité est cette liberté d'agir sans aucune contrainte sans avoir peur de représailles. Ceci pourrait s'apparenter à de l'anarchie, ne trouvez-vous pas?

    • Jean-François Trottier - Abonné 4 mai 2018 13 h 28

      M. Déry,

      Je vous laisse ici l'occasion de vous excuser. Je n'étale aucun préjugé sauf ceux des autres,et ne nomme que des restrictions sérieuses.
      Le lien auquel vous tenez tant, qui veut que la liberté économique précède la liberté de presse, est une licorne.

      Au passage, je parle de ce qui a mené à la guerre contre l'Irak, pas de ce qui a suivi : le mal était fait, les fournisseurs d'armes avaient fait leur blé. La suite dont vous parlez n'y change rien, la liberté de presse a été très faible pendant 4 longues années.
      Tout finit par s'égaliser ? Entretemps des gens ont été tués et dépouillés et je cherche leur liberté.

      Bien sûr TOUTES les libertés vont de pair. Par contre votre raisonnement est spécieux.
      Il faudrait définir la liberté économiqu, alors que celle de la presse est relativement simple : en gros elle permet d'écrire ce qu'on veut à la condition de ne pas inciter à la haine.
      Cette définition n'est pas une garantie au droit à l'information puisque l'omission en fait partie. Toutefois je n'en vois pas de plus acceptable.

      La liberté économique, elle... À partir de quelle question, dans quel formulaire, parlez-vous de "tracasserie inutile" ?
      En parallèle, quand commence-t-on à parler de chantage organisé dans les prêts bancaires, ou de permissivité dangereuse qui mène à la crise ?
      Comment classez-vous les poursuites contre l'interdiction de creuser une mine ou un puits envers des municipalités, au nom de la liberté économique ?

      Quand la liberté d'une corporation dépasse-t-elle celle qui a un meilleur produit mais pas la capacité de le publiciser ? Les mensonges publicitaires répétés des compagnies de tabac autrefois font-ils partie de votre liberté ?
      L'obsolescence programmée est-elle une liberté économique ?

      Dans plusieurs pays la liberté économique dépend seulement de la possibilité de pervertir des fonctionnaires. La liberté de presse... ? Pas là.

      Il y a trop d'abus en tout genre pour ne rien préciser. Alors votre flou, hein...

  • Denis Miron - Abonné 3 mai 2018 19 h 24

    Le seul endroit où la presse n’est pas libre, et non le moindre, c’est dans l’accès à l’information concernant l’administration publique, i.e. le gouvernement…Là, un mur très opaque semble s’élever et s’épaissir de plus en plus.
    Pourquoi a-t-on mis un flambeau allumé au bout du bras de la statue de la liberté? J’imagine que ça aide à voir claire, sinon, on lui aurait mis un bandeau sur les yeux. Voir claire pourquoi?
    J’imagine que la lumière a une très grande importance pour faire la différence entre ce qui est vérité et ce qui est mensonge. Pourquoi la lumière fait-elle aussi peur au politicien qu’aux vampires?