Plaidoyer pour une plus grande transparence

Le premier ministre Philippe Couillard
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le premier ministre Philippe Couillard

Monsieur le Premier Ministre. Lors de votre élection en 2014, vous annonciez votre intention d’être le gouvernement le plus transparent de l’histoire du Québec. Malheureusement, les faits contredisent cet engagement.

Ainsi, la loi 164 adoptée cet hiver est venue restreindre davantage l’accès à certains documents du Conseil exécutif qui auraient mérité un accès public. Le bilan dressé par plusieurs médias au cours des derniers jours illustre de façon spectaculaire les reculs subis depuis votre élection. Nous le regrettons. Cette situation nous éloigne encore plus de votre engagement.

Pourquoi l’accès à l’information est-il un indicateur de la santé démocratique de toute société ?

Une société démocratique repose notamment sur la participation du citoyen dans le débat public. L’exercice d’un droit de vote éclairé repose sur l’information et la transparence du gouvernement et de l’Administration. En outre, dans une société démocratique, le gouvernement élu et son bras administratif ont des obligations de reddition de comptes. Sans l’accès à l’information, aux documents du gouvernement et de l’Administration, ces éléments clés de la démocratie sont corrompus.

« Historiquement, le secret despotique a toujours constitué la norme », comme l’a énoncé l’ancienne juge en chef du Canada, Mme Beverley McLachlin, « la démocratie lui fait contrepoids. Mais si on ne lui fait pas obstacle, cette tendance demeure toujours présente et elle sape inévitablement la démocratie ».

La Cour suprême a d’ailleurs reconnu la nature quasi constitutionnelle du droit à l’information, car il touche des droits fondamentaux reconnus par la Constitution.

En 1982, lors de l’adoption de la loi sur l’accès à l’information découlant du travail de la commission présidée par Jean Paré, le Québec se classait parmi les États les plus avant-gardistes à cet égard. Aujourd’hui, tel n’est plus le cas, le Québec est plutôt un dernier de classe.

L’esprit de la loi adoptée en 1982 n’est plus respecté. Tous les gouvernements se sont souvent empressés de refermer les portes ouvertes par les tribunaux pour accroître la portée de la loi ou, tout simplement, pour affirmer que les restrictions présentes dans la loi devaient être interprétées de manière restrictive afin de respecter le principe général d’accès. Le récent projet de loi 164 concernant les documents du Conseil exécutif est la dernière gifle à cet égard.

Plus récemment, le rapport de la commission Charbonneau rappelait que « la transparence est à la base du fonctionnement de toute société démocratique, notamment parce que les élus doivent répondre de leurs actes devant la population ».

Nous, les directions des principaux médias du Québec, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec et le Conseil de presse du Québec, croyons qu’il faut donner un sérieux coup de barre. Nous vous demandons de déposer et de faire adopter un nouveau projet de loi sur l’accès à l’information avant la prochaine élection. Le dépôt de ce projet de loi sera l’occasion de le soumettre à un examen approfondi du public et des experts en ce domaine afin de corriger les lacunes actuelles de la loi. Le temps presse.

Signataires :

  • Stéphane Giroux, président, Fédération professionnelle des journalistes du Québec 
  • Paule Beaugrand-Champagne, Conseil de Presse du Québec
  • Brian Myles, Directeur, Le Devoir
  • Eric Trottier, Directeur adjoint et VP, La Presse
  • Dany Doucet, Rédacteur en Chef, Le Journal de Montréal
  • Serge Fortin, VP, TVA Nouvelles
  • Lucinda Chodan, Editeur, Montreal Gazette
  • Gilber Paquette, directeur général, Hebdos Québec
  • Renel Bouchard, Co-propriétaire, ICI Média
  • Patrick White, Editeur, Huffington Post Québec
  • Charles Grandmont, Rédacteur en chef, L’Actualité
  • Jean-Philippe Pineault, Directeur de l’information, La Presse canadienne
  • Patrick Bégin, Directeur de l’information, COGECO
  • Claude Gagnon, Président, Groupe Capitales Médias
  • Michel Cormier, Directeur de l’information, Radio-Canada
  • Sébastien Ménard, Rédacteur en chef, Le Journal de Québec
  • Cédérick Caron, chef des nouvelles, 24 heures
2 commentaires
  • Jacqueline Rioux - Abonnée 2 mai 2018 09 h 41

    Bravo pour ce texte!

    Où en serait la démocratie, ou ce qu'il en reste, sans les médias? Barvo pour ce texte conjoint des médias qui, malgré le fait qu'ils doivent concurrencer entre eux pour survivre, arrivent tout de même à parler d'une même voix. En plus d'offrir un texte très pertinent, ils offrent ici un exemple de concertation à imiter par les politiciens.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 2 mai 2018 10 h 54

    Il était temps!

    Comme le dit l'adage : «Mieux vaut tard que jamais!» Ne perdons pas espoir...la vérité finira bien par se pointer le bout du nez!