Francisation des immigrants: ne pas faire apprendre par la force

Il y a un proverbe haïtien qui s’applique bien à cette situation: «Ce n’est pas mener la couleuvre à l’école qui est difficile, c’est la faire asseoir sur le banc!»
Photo: Chris Schmidt Getty Images Il y a un proverbe haïtien qui s’applique bien à cette situation: «Ce n’est pas mener la couleuvre à l’école qui est difficile, c’est la faire asseoir sur le banc!»

Les enseignants en francisation d’adultes, dont je fais partie, ont dû sursauter en lisant dans Le Devoir, mardi, qu’une majorité de Québécois sont favorables à l’idée de rendre obligatoire la francisation des immigrants! Imaginez la situation si des étudiants étaient dans une classe contre leur gré, quels ravages ils risqueraient de causer : perturber les cours ; persuader des camarades que le cours est inutile… Ou le professeur, incompétent… Il y a un proverbe haïtien qui s’applique bien à cette situation : « Ce n’est pas mener la couleuvre à l’école qui est difficile, c’est la faire asseoir sur le banc ! » Il est évident qu’on ne peut pas faire apprendre par la force !

Ce qui doit s’améliorer, c’est l’offre de cours. Les horaires doivent être déterminés en fonction des besoins des étudiants et non des désirs des enseignants ou de leur convention collective. D’après ma longue expérience en francisation d’adultes, le format idéal est de 15 heures semaine : trois heures chaque jour, avec le moins d’interruptions possible. Par contre, un adulte ne peut pas arriver à maîtriser une nouvelle langue grâce à seulement quelques heures de temps en temps !

Horaires variables

Comme une bonne partie des arrivants a de jeunes enfants, il faut en tenir compte pour les horaires. Il faut des places en garderie pour les tout-petits et le temps de les y reconduire pour les parents ; le début des cours du matin et la fin des cours d’après-midi doivent être en fonction des horaires des écoles. Il doit y avoir des lieux de cours dans chaque quartier où des nouveaux arrivants s’installent.

Pour ne pas « échapper » d’arrivants, il faut leur offrir la francisation, avec allocation de survie, dès leur arrivée, quitte, s’il n’y a pas de place dans les cours du MIDI, à les inscrire dans les commissions scolaires ou d’autres établissements d’éducation : des cours structurés, suffisamment intensifs, donnés par des enseignants qualifiés.

Besoins individuels

La francisation doit correspondre aux besoins individuels, surtout à ceux de l’employabilité. Par exemple, un professionnel, un enseignant diplômé à l’étranger, doit avoir accès à des cours lui permettant de réussir les examens exigés pour l’exercice de sa profession. Une personne se préparant à travailler avec le public aura besoin d’un perfectionnement à l’oral, alors qu’un secrétaire devra approfondir l’écrit.

Il faut cesser d’allouer un même temps d’apprentissage à tous sans tenir compte des écarts linguistiques et culturels. Sous cette justice apparente, une grande iniquité se dissimule : un unilingue asiatique ne peut pas progresser au même rythme qu’une personne de langue latine. Il faut investir suffisamment pour former des groupes plus petits afin qu’il soit possible de respecter le rythme d’apprentissage de chacun.

Oui, avoir accès à la maîtrise de la langue commune est un droit.

3 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 26 avril 2018 08 h 10

    L'EXPÉRIENCE

    C'est très clair, merci madame Provencher.
    Ce serait sage de consulter les personnes qui « oeuvrent »...

  • Serge Lamarche - Abonné 26 avril 2018 15 h 15

    L'un n'empêche pas l'autre

    Les enfants sont bien obligés d'aller à l'école, eux? C'est la même chose. Les récalcitrants peuvent être regroupés ensemble et perdre leur temps s'ils sont si stupides.

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 26 avril 2018 21 h 57

    Mettons que je veuille aller vivre en Italie et y travailler. Est-ce que l’État et les professeurs de ce pays vont se questionner à savoir si cela me tente ou non de vivre en italien? Est-ce qu’on va faire des mains et des pieds pour me convaincre d’apprendre l’italien? Je ne crois pas; si l'italien est la langue de l Italie, ceux qui veulent y habiter devront apprendre à s'exprimer en italien. Point. Et cela est tout à fait normal, tous en conviendront aisément.

    Alors, c’est pareil au Québec. Ce n’est pas aux Québécois de faire ceci ou cela pour plaire aux humeurs des immigrants qui viennent s’installer ici parce que c’est profitable pour eux. C’est à ceux qui veulent vivre ici de voir à s’adapter à notre langue et notre culture. Cela ne veut pas dire qu’ils doivent renier ce qui leur appartient en tant que langue et culture, mais il faudra abandonner l’idée que ce sera une priorité pour l’ensemble de la population de tout faire pour les accommoder afin qu’ils apprennent la langue de l’endroit où ils comptent vivre désormais.