Pour une laïcité métissée face aux dérives ultrareligieuses et ultralaïques

Imposer et interdire le hidjab seraient-ils tous deux des gestes liberticides et misogynes?
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Imposer et interdire le hidjab seraient-ils tous deux des gestes liberticides et misogynes?

À force de se faire dire par les faiseurs d’opinions les menaces que représenteraient les personnes musulmanes et les personnes réfugiées, Alexandre Bissonnette, déjà fragile et vulnérable, n’était pas difficile à convaincre. Les discours excluant des uns se traduisent ainsi par les gestes assassins des autres. « Quand dire, c’est faire », écrivait J.L. Austin. Non seulement il y a un million de musulmans au Canada, mais il y a en plus des citoyennes musulmanes voulant porter le hidjab : insupportable, trop c’est trop…

La palme d’or de l’objet de défoulement collectif revient encore cette année, sans surprise aucune, au hidjab. Mais lassants et insipides : voilà deux qualificatifs qui caractériseraient bien les débats, approche des élections oblige, sur la religion et la laïcité au Québec. Il est cependant difficile de rester muet face aux dérives tant ultrareligieuses qu’ultralaïques en cours. En fait, alors que cette deuxième décennie du XXIe siècle tire à sa fin, le Québec se transforme en un champ social et idéologique où prolifèrent, tranquillement mais sûrement, des chroniqueurs, des essayistes et des groupes anti-diversité, anti-immigration et anti-islam : des Mouvements, des rassemblements, des associations et autres terrorisés par l’altérité, surtout quand celle-ci est musulmane. Ils s’acoquineraient avec certains élus politiques et insistent sur la nécessité d’interdire le port du hidjab, mais aussi du turban, de la kippa et autres atours qui menaceraient notre laïcité. Celles et ceux dont l’opinion diffère sont alors considérés comme des anti-laïcité, des « laïcophobes ». Ces groupes ultralaïques ne font qu’user de leur liberté d’expression, et en cela leurs appels au public et leurs lettres aux décideurs politiques sont à respecter, pourvu qu’ils soient en mesure d’éviter l’entretien des tensions et des polarisations sociales qui tendent à gangrener notre démocratie si durement gagnée.

Récemment, ces groupes cauchemardent à la vue d’une élue ou d’une policière se présentant en hidjab : menaces existentielles, survie identitaire menacée, démocratie agonisante, laïcité en péril ! Souvent, ils rappellent les souches françaises du Québec pour légitimer l’instauration d’une laïcité républicaine à la française, et là encore, il s’agit de leur légitime liberté d’expression. Un détail toutefois : le Québec n’est pas la France, importer de France son (ses) modèle(s) laïque(s) est incohérent avec notre modèle de laïcité, qui exige d’être développé au Québec et nulle part ailleurs. Aussi, l’État au Québec s’est-il bel et bien séparé de l’Église, se laïcisant ainsi en entamant un processus en mouvement pour la construction incessante d’une laïcité endogène, une laïcité métissée riche de son double ancrage d’origine française et d’héritage anglo-saxon. Une laïcité unique en son genre.

Par ailleurs, les deux seuls États musulmans qui imposent aujourd’hui aux femmes le port du hidjab sont l’Arabie saoudite (niqab) et l’Iran (tchador). Dans leur histoire postcoloniale, trois autres États musulmans ont interdit le port du hidjab, à savoir la Tunisie de Bourguiba, l’Iran de la dynastie Pahlevi et la Turquie de Mustapha Kemal : trois dictatures. Une question se pose alors à notre projet de laïcité québécoise : imposer et interdire le hidjab seraient-ils tous deux des gestes liberticides et misogynes ? Mais pour répondre à cette question, il faudrait faire l’effort, ardu et nécessaire, de se décentrer en mettant entre parenthèses, le temps d’une réflexion sincère et constructive, nos propres tendances idéologiques.

Le credo suranné (« passé date ») souvent mis en avant par certains élus et groupes anti-diversité-anti-immigration-anti-islam est celui des femmes musulmanes-victimes-passives qui auraient besoin de ces mêmes groupes et de l’État pour assurer le salut des femmes en hidjab, un peu comme les premiers missionnaires installés au Québec et en Amérique : « Il y a là un mépris [écrit le philosophe montréalais Daniel Weinstock] de l’autre qui ressemble à s’y méprendre à celui des missionnaires qui, naguère, prétendaient connaître mieux que les “sauvages” la voie du Salut. » L’on peut entrevoir en effet un mépris qui consiste à nier aux citoyennes musulmanes leur capacité d’agir. Pour emprunter des expressions chères au philosophe Michel Foucault, le sujet féminin québécois musulman est un « sujet agissant » et non un « sujet assujetti ». Les Québécoises musulmanes, avec ou sans hidjab, et à de très rares exceptions près dont on se sert souvent comme épouvantail, sont, faut-il vraiment le préciser, des sujets agissants car en mesure de prendre leurs propres décisions sans y être forcées, ni par une poignée d’hommes intégristes religieux excités, ni par une certaine laïcité missionnaire.

La laïcité a ceci en commun avec la religion — et bien d’autres institutions sociales — que toutes incluent des extrémistes incapables d’écoute et d’ouverture à la différence : les « ultralaïques » (selon une expression de l’historien de la laïcité Jean Beaubérot) qui traitent d’obscurantistes rétrogrades celles et ceux souhaitant porter des signes religieux ; et les « surmusulmans » (selon l’expression du psychanalyste Fethi Benslama) qui traitent de sauvages infidèles et d’islamophobes celles et ceux qui ne se réclament pas de l’islam. Les citoyennes et les citoyens qui font le plus grand tort au projet collectif d’une laïcité québécoise pacifique sont, bien entendu, les extrémistes religieux qui sont dans l’intolérance absolue, mais aussi les extrémistes laïques démonisant toute voix qui n’est pas la leur. Ce sont ces derniers qui, sous couvert de modernité, font le plus de bruit malgré leur petit nombre et qui veulent rendre invisible l’altérité en promouvant l’homogénéisation collective (homogénéisation de l’habillement, de la langue, des valeurs, des origines). L’ultralaïcité débouche ici sur la faillite du respect de l’autre et se rapproche des dérives qu’elle condamne.

Les ultralaïques proposent au fond une idéologie reposant sur des mesures disciplinaires imposées au corps des femmes. Ceci n’est pas sans rappeler le dévoilement des femmes musulmanes par l’État paternaliste à l’aube de l’indépendance en Iran, en Tunisie et en Turquie, dévoilement obligatoire qui est à l’origine une stratégie disciplinaire colonialiste européenne ; et leur voilement imposé aujourd’hui par l’État en Arabie saoudite et en Iran. Dans les deux cas, voilement et dévoilement obligatoires, il s’agit d’un contrôle du corps physique des femmes qui précède ou accompagne toujours (consciemment ou inconsciemment) un projet de contrôle social et politique autoritaire. La solution viable est une laïcité métissée dans laquelle les femmes et les hommes sont libres d’exprimer leurs identités plurielles, et de contribuer ainsi à la richesse et à la vitalité sociales. La pluralité est l’antidote par excellence aux dérives ultrareligieuses et ultralaïques.

* Abdelwahed Mekki-Berrada, Professeur au Département d’anthropologie de l’Université Laval, Homa Hoodfar, Professeure émérite au Département d’anthropologie de l’Université Concordia, Sylvie Poirier, Professeure au Département d’anthropologie de l’Université Laval, Laurence Kirmayer, Professeur à la Division de psychiatrie sociale et transculturelle de l’Université McGill, Janet Cleveland, Chercheuse au CIUSSS Centre-Ouest de l’île de Montréal, François Crépeau, Professeur à la Faculté de droit de l’Université McGill, Gilles Bibeau, Professeur émérite au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal

47 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 26 avril 2018 04 h 13

    La citoyenneté avant la religion.

    L'altérité ne se traduit pas par le port de signes religieux. Mon identité ne se limite pas à ma religion. Je suis d'abord une citoyenne, avec une carrière et une profession qui définit mon identité. Les signataires veulent définir et limiter la diversité à la religion. Ils oublient que les féministes arabes musulmanes ont déclaré la guerre au port de signes religieux depuis un siècle. Les signataires ignorent la séparation entre l'Église et l'État, un principe d'origine anglo-saxonne depuis cinq siècles. Ils oublient que les Pères de la Révolution tranquille ont envisagé la laïcité de l'État et l'on a sécularisé les institutions publiques depuis les années soixante. Ils ont voulu se débarrasser de l'emprise de la religion sur les affaires de la Cité. Ils ont évacué nos écoles de prêtres et de soeurs provenant de la religion catholique omniprésente, effectivement pour souligner la neutralité de l'État. C'est par la laïcité et le respect de toutes religions que l'on interdit le port de signes religieux dans la fonction publique. Les bien-pensants veulent nous retourner à l'âge de l'obscurantisme et du patriarcat.

    • Gilles Delisle - Abonné 26 avril 2018 09 h 01

      Encore une fois, vous avez très bien répondu Madame! Des universitaires qui pondent une nouvelle théorie alambiquée: la laicité métissée!!! Mais que ferait-on pas pour étouffer le débat.

    • Claude Bariteau - Abonné 26 avril 2018 10 h 37

      Mme Alexan, je respecte vos convictions, mais, avec ce texte, les signataires ne traitent pas des points que vous soulevez.

      Ils font plutôt la promotion d'une « laïcité métissée dans laquelle les femmes et les hommes sont libres d’exprimer leurs identités plurielles, et de contribuer ainsi à la richesse et à la vitalité sociales », qu'il présente comme une solution viable qu'ils opposent implicitement à une solution invivable.

      Cette solution invivable, ils y réfèrent en plaçant sur un pied d’égalité les ultra, qu’ils soient religieux ou laïques, en les qualifiant dictateurs.

      Ils le font parce qu’ils partagent la lecture culturelle développée par des anthropologues qui estiment qu’elle devrait fonder l’ordre du monde. Aussi n’ont-ils aucune considération sur l’ordre actuel, encore moins sur les assises démocratiques là où elles engendrent des pratiques collectives respectueuses des minorités.

      Pour les signataires, l'ordre actuel est relatif et aléatoire, car l’important est la prégnance des cultures sur les pays souverains. Cet ordre, ils le voient dans la nation post-nationale du gouvernement Trudeau et dans l'ultra- valorisation des individus en tant que porteurs libres de toutes contraintes de signes culturels qui colorent la diversité qu’ils aiment observer et décrire.

      Puisqu'ils ne reconnaissent pas l’ordre institué politiquement, ils n’y font pas écho de sorte qu’il est impossible de savoir ce qu’implique concrètement une « laïcité métissée » mais facile d’imaginer que ce serait un modèle imposé par les dirigeants d’un ordre mondial qui protège l’expression culturelle des individus comme bon leur semble.

      Le problème avec ce texte, c’est que les signataires vivent sur une planète « C », la plupart dans un univers académique.

      Je suis aussi anthropologue, mais un anthropologue social aux vues diamétralement opposées à celles des signatiares.

    • Nadia Alexan - Abonnée 26 avril 2018 11 h 00

      À Monsieur Claude Bariteau: Au contraire, je répands succinctement à l'assertion des signataires que: «le Québec n’est pas la France, importer de France son (ses) modèle(s) laïque(s) est incohérent avec notre modèle de laïcité, qui exige d’être développée au Québec et nulle part ailleurs. Je dis en réponse: "Les signataires ignorent la séparation entre l'Église et l'État, un principe d'origine anglo-saxonne depuis cinq siècles. Ils oublient que les Pères de la Révolution tranquille ont envisagé la laïcité de l'État et l'on a sécularisé les institutions publiques depuis les années soixante.»

    • André Joyal - Abonné 26 avril 2018 11 h 13

      Mme Alexan, je vous sais gré d’avoir fourni à M. Bariteau le prétexte de son fort
      pertinent commentaire. Vous, comme moi, ne manquez pas de vous voir taxée
      de racisme au simple prétexe de critiquer l’envahissement d’une religion. Alors,
      cette fois, on sera mal placé de voir en moi une marque de racisme en soulignant
      le retour d’un seul signataire à savoir le de souche G. Bibeau, dont le bisounours tient
      à son travail de jeunesse dans l’ex- Zaire.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 avril 2018 11 h 16

      « Ils ont évacué nos écoles de prêtres et de soeurs provenant de la religion catholique omniprésente »

      Cela, c'est ce que vous aimez penser. Les choses ne se sont pas du tout passées de cette manière.

    • Raymond Labelle - Abonné 26 avril 2018 14 h 02

      « Ils ont évacué nos écoles de prêtres et de sœurs provenant de la religion catholique omniprésente » Cette construction a-posteriori est fort répandue.

      Au Québec, l'Église catholique s'est retirée d'elle-même des affaires de l'État - dans l'esprit de Vatican II. Elle a même participé avec enthousiasme à la sécularisation de l'État - et quand, en période transitoire, il restait des religieux et religieuses, c'est à la demande de l'Église que celles-ci et ceux-ci retiraient leurs signes les plus ostentatoires (retirer le voile ou le col romain, peut-être garder une discrète croix).

      Parmi les agents les plus actifs de la sécularisation sont issus du mouvement "personnaliste" catholique - qui voulaient ainsi, entre autres, purifier l'Église de ses accointances avec le pouvoir pour la recentrer sur sa mission évangélique.

      Le "Parent" du fameux "rapport Parent" qui a conçu et recommandé la création des polyvalentes et des Cégeps (et aussi la gratuité scolaire à l'université...) était un évêque qui agissait avec l'aval de l'Église.

      Trop long pour tout raconter ici.

      Toute personne qui serait intéressée à regarder ceci plus profondément peut consulter cet ouvrage - pas trop long.

      Meunier, E.-Martin et Warren, Jean-Philippe (2002). Sortir de la Grande Noirceur : L'horizon personnaliste de la Révolution tranquille, Septentrion.

      Vous pourriez être surpris de la différence entre la légende urbaine contemporaine et la réalité historique.

    • Raymond Labelle - Abonné 26 avril 2018 15 h 57

      "Le problème avec ce texte, c’est que les signataires vivent sur une planète « C », la plupart dans un univers académique." CB

      Dans l'univers réel, comme par exemple la fonction publique fédérale, la GRC (seuls le Québec et l'Ontario ont une police provinciale, ailleurs, la GRC remplis aussi ses fonctions), les polices municipales de Toronto, Calgary et Edmonton, c'est permis, peut-être d'autres aussi. Pas entendu parler que ça ait causé, dans le réel, des problèmes.

      Pour la fonction publique fédérale, dans les édifices, il n'est pas rare de voir des hidjabs ou des turbans. Depuis plusieurs années. Dans la vraie vie, on ne s'était même pas demandé dans la fonction publique fédérale si on devrait le permettre ou l'interdire (la question s'était posée pour les polices susmentionnées, avec décision de le permettre). Des gens se présentaient comme ça et la vie a continué.

      Jamais entendu d'écho de la vie réelle comme quoi ça posait quelque problème que ça soit.

    • Claude Bariteau - Abonné 26 avril 2018 16 h 08

      Mme Alexan, vous faites remonter la séparation entre l'Église et l'État à un principe en application depuis cinq siècles. Ça m'a étonné. Aussi, je me permets de vous demander comment cela s'est produit. Tout ce que je sais sur ce qui s'est passé il y a 500 ans, est qu'Henri VIII, roi en 1509, voulut divorcer. Comme le pape refusa, le roi sépara l'Église d'Angleterre de celle de Rome, ce qui fut à l'origine de l'anglicanisme.

      Conséquemment, l'État anglais fut séparé de l'Église catholique et fait de l'Église d'Angleterre l'Église du royaume. Ce principe fut modifié avec la fusion de l'Écosse en 1707, car il y eut reconnaissance de l'Église presbytérienne, qui devint officiellement nationale en 1921, ce qui diffère d'une Église d'État comme le fut jusqu'à tout récemment l'Église anglicane.

      Par ailleurs, c'est en 1648, à l'occasion des traités de Westphalie, que ne signent pas l'Angleterre, que furent reconnus les trois confessions catholique, luthérienne et calviniste dans le Saint-Empire, les princes conservant le droit d'imposer leur religion à leurs sujets.

      Avec ces traités, la religion est devenu une affaire géré par chaque État souverain, ce que faisait déjà l'Angleterre. La particularité de ces traités est la reconnaissance d'États souverains et de la reconnaissance de la non-ingérence entre eux.

      Sous l'angle religieux, ces traités ouvrent la porte à une laïcisation des relations internationales, ce qui a permis aux États de se distancer des dogmes religieux. Point à souligner, l'empire Ottoman ne signe pas ces Traités. Par contre, la Grande-Bretagne (qui est né de l'inclusion du pays de Galles et de l'union entre l'Angleterre et l'Écosse en 1707, respectera ces Traités, mais fera en sorte, après la conquête des colonies françaises, de conserver l'autorité sur la religion catholique en ne reconnaissant pas celle de Rome, ce qui est toujours le cas.

    • Claude Bariteau - Abonné 26 avril 2018 18 h 00

      M. Labelle, quand je parle de planète « C », je parle de la planète académique des signataires.

      Ce à quoi vous référez avec vos exemples renvoie à la planète Canada de 1982 mise sous orbite par le père du PM actuel qui définit la nation canadienne comme post-nationale, ce qui est bien reçue par le gouvernement canadien et dans les villes canadiennes que vous identifiez, parce que leurs dirigeants estiment vivre sur la planète Canada, ce que rappelle occasionnement le pilote dans le chmin des astres qu'est la Cour suprême.

      Voilà pourquoi il y a un silence complice, qu'aimeraient observer les activistes signataires, car cette planète Canada correspond à leur vision du monde, parce qu'ils voient dans l'État canadien un non-État, ce qu'il n'est pas avec son armée, ses sables bitumineux, sa présence sur la scène internationale, son système bancaire et son économie, mais aussi, ce qu'il ne faut pas négliger, sa propension à valoriser les choix individuels et à voir la population tel un amas d'individus membres de communautés culturelles variées.

    • Cyril Dionne - Abonné 26 avril 2018 19 h 18

      Bonne réponse Mme Alexan. Il n’y a pas d’identité religieuse et ceci représente l’arnaque du siècle. Nous ne venons pas au monde en croyant en des êtres imaginaires, magiques et extraterrestres dotés de pouvoirs extraordinaires qui supposément, épient tous nos gestes et actions. C’est le phénomène de la filiation (endoctrinement) qui nous amène à croire dans ces contes enfantins des doctrines monothéistes. Il n’y a pas si longtemps, l’homme croyait que le Soleil était un dieu. C’est « ben » pour dire.

      Nous évoluons, depuis moins de 100 000 ans, sur une planète qui tourne à une vitesse de 30 000km par seconde dans un système solaire qui file à 828 000 km/h de son point initial dans un univers qui n’a pas de fin ou de début et où la matière est apparue du vide total (multivers, dimensions à l’infinie, graviton, théorie des cordes). On sait, c’est plus facile de croire en des êtres irréels que d’essayer d’assimiler des concepts qui dépassent souvent l’intelligence biologique humaine.

      La laïcité est une façon polie de dire aux autres que leurs fantasmes irréels n’existent pas et que l’on doit composer avec le monde naturel à partir de nos cinq sens. Il n’y a pas d’église, de temple ou bien de mosquée dédié à une réalité évidente. Réduire l’équation des contes pour enfants de ceux qui ont un besoin inné de croire à une réalité fantasmagorique en la comparant à ceux qui sont doués d’une réalité inaliénable de gros bon sens dépasse l’entendement. Personne n’est contre la vertu en société, mais justement parce que nous sommes en société, il devient impératif de vivre et composer dans une communion sociétale et non pas avec des cultures individuelles qui ne cherchent qu’à diviser.

      Enfin, on invite tous nos croyants à fréquenter leurs temples, leurs églises ou bien leurs mosquées favorites lorsqu’ils seront malades. Les hôpitaux, la science et les nouvelles technologies, c’est juste bon pour les ultralaïques. ;-)

    • Michel Lebel - Abonné 26 avril 2018 21 h 00

      @ Raymond Labelle,

      Une erreur s'est glissée dans votre texte: le ''Parent'' du rapport Parent n'était pas un évêque, mais un prêtre, un monseigneur, qui fut aussi recteur de l'Université Laval (1954-60). Mgr Alphonse-Marie Parent fut un éducateur et un philosophe. Il présida cette importante Commission d'enquête sur l'enseignement.

      M.L.

    • Raymond Labelle - Abonné 27 avril 2018 06 h 20

      Merci de la précision M. Lebel. J'apprends de vous ici qu'un simple prêtre pouvait avoir le titre de monseigneur.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 27 avril 2018 08 h 11

      Merci en tous cas, monsieur Labelle, d'avoir si richement commenté ce que j'avais seulement évoqué en réponse à Mme Alexan.

      Merci à monsieur Dionne pour la justification cosmologique de la laïcité stricte. On a beau s'être affranchi des dogmatisme, on ne renonce pas si facilement au confort d'être dans le Vrai. La forme seule aura changé en chemin.

    • Pierre Desautels - Abonné 27 avril 2018 11 h 12

      "Ils oublient que les Pères de la Révolution tranquille ont envisagé la laïcité de l'État et l'on a sécularisé les institutions publiques depuis les années soixante. Ils ont voulu se débarrasser de l'emprise de la religion sur les affaires de la Cité."

      Madame Alexan, rien n'est plus faux. Les Pères de la révolution tranquille n'ont pas sécularisé les institutions publiques depuis les années soixante. Les prêtres et les religieux se sont retirés eux-mêmes des écoles, mais nous ont laissé un beau cadeau : le prosélytisme des cours de religion à l'école publique jusqu'en 2007. Il a fallu le travail inlassable de groupes comme le Mouvement laïque québécois pour se débarraser de cet enseignement catholique et protestant, mais malheureusement, le gouvernement a gardé la religion à l'école avec le cours ECR.

    • Cyril Dionne - Abonné 27 avril 2018 11 h 40

      M. Richard Maltais Desjardins,

      La laïcité n'existe pas tout comme pour les amis imaginaires. C'est seulement une façon pour les gens qui n'ont pas un besoin inné de croire dans des concepts extraordinaires qui requièrent des preuves extraordinaire, mais qui composent avec la réalité inaliénable de tous les jours. Et avant de dénigrer des concepts avancés comme la théorie des cordes, un p’tit coup d’œil sur la preuve mathématique de celle-ci pourrait en faire réfléchir plusieurs.

      Peut-être pour vous que dans la pseudoscience des religions, les hypothèses sont souvent formulées de telle manière qu'elles soient invulnérables à toute expérience qui puisse les réfuter ; comme cela même en principe c'est impossible de les invalider (on ne peut pas prouver ou improuver si dieu existe ou pas). Ceux qui la pratiquent sont toujours sur la défensive et méfiants. Ils s'opposent à l'examen sceptique ; et quand l'hypothèse pseudo-scientifique religieuse ne réussit pas à convaincre les gens dotés de capacités cognitives inaliénables, ils déduisent qu'il y a des conspirations pour la supprimer.

      Probablement, vous vous sentez plus en sécurité en pensant qu’il y a un vieil homme extraterrestre avec une longue barbe blanche dans le ciel qui régit le mouvement des objets sur la Terre. Désolé de vous décevoir, mais on appelle cela la gravité, et ça, c’est malheureusement Vrai. C’est « ben » pour dire.

  • Jean Lacoursière - Abonné 26 avril 2018 07 h 09

    Question aux auteurs

    Que devrait faire l'État pour aider une adolescente québécoise ne voulant pas porter un symbole religieux que ses parents obligent à porter en tout temps? Prenez votre temps...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 avril 2018 09 h 13

      Non, monsieur. Le temps que nous prendrions ainsi, ce serait celui de bien s'imprégner du sous-entendu que comporte votre question réthorique. Ce que l'État peut faire pour l'aider, c'est de lui donner les moyens d'exercer les droits qui lui sont reconnus par les chartes et qui n'ont de limite, pour elle comme pour toutes les adolescentes, que celles découlant du fait qu'elle est mineure. Prenez votre temps pour fouiller la question.

    • André Côté - Abonné 26 avril 2018 09 h 41

      Que pouvait faire l'état, quand adolescents ou enfants, nos parents nous obligeaient à aller à l'église ou à réciter le chapelet de 19h00 à la radio? L'état n'a pas à se substituer aux parents dans l'éducation des enfants et adolescents, à moins, comme le fait la DPJ, que ces mêmes enfants ou adolescents soient maltraités. Je crois que la même règle prévaut pour le port du voile... Arrivées à l'âge adulte, ces personnes décideront par eux-mêmes.

    • Jean Lacoursière - Abonné 26 avril 2018 10 h 20

      Monsieur MD, je crois qu'il serait pertinent que l'État interdise les symboles religieux à l'école de manière (entre autres utilités) à montrer aux enfants qu'il est acceptable dans notre société, par exemple, de montrer ses cheveux. Qu'en pensez-vous?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 avril 2018 14 h 18

      Interdire une chose pour montrer qu'on en peut une autre ? Cette médecine a longtemps été pratiquée comme technique de conditionnement à la récompense. C'est bon pour le dressage des dauphins. Pour les humains, je sais pas.

  • Gilbert Turp - Abonné 26 avril 2018 08 h 11

    Une brique de plus...

    Dans le mur des platitudes. Quel ennui !

    • Jacques Patenaude - Abonné 26 avril 2018 10 h 16

      Oui une platitude de plus dans ce débat. Vouloir présenter la position ultra libérale des auteurs comme une position de compromis face à des « ultralaïques » et des « surmusulmans » est risible. Le fonds du débat ne trouve pas de solution car les tenants de l'ultra libéralisme refusent tout compromis et traitent d'"anti-diversité-anti-immigration-anti-islam" toute personne qui émettent des réserves sur la position chartiste des auteurs. La rigidité et le dogmatisme de leur position n'est en rien digne du titre de l'article.

  • Paul de Bellefeuille - Abonné 26 avril 2018 08 h 15

    Une dérive ultralibérale?

    En réponse à de prétendues dérives ultrareligieuses et ultralaiques, les auteurs de ce texte nous offrent un antidote parfait,une nouvelle dérive, celle-là ultralibérale. Félicitations pour votre beau programme!

  • Marc Dufour - Abonné 26 avril 2018 08 h 32

    Pour une laïcité religieuse

    De la part d'académiciens, je me serais attendu à mieux.

    Amalgamer laïcité et religion comme le font les auteurs permet d'en discréditer une et de légitimer l'autre. En tentant de jouer sur les deux tableaux, on finit par comprendre que la religion est somme toute assez banale et que la société gagne à être (plus) religieuse.

    Serait-ce vraiment une forme de progrès que de constater une augmentation de la religiosité dans la population québécoise ? Je pense humblement que non.

    Si c'est là l'objectif des auteurs, il est aussi décevant que l'obscurantisme religieux qu'ils font semblant de critiquer.