La refondation du Bloc québécois, un projet vicié

Des membres du Bloc québécois menés par la présidente du forum jeunesse, Camille Goyette-Gingras, ont présenté la semaine dernière le projet de «refondation» de la formation politique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des membres du Bloc québécois menés par la présidente du forum jeunesse, Camille Goyette-Gingras, ont présenté la semaine dernière le projet de «refondation» de la formation politique.

Le projet de refondation du Bloc québécois, proposé par son Forum Jeunesse, se trompe de cible. S’il y a crise au sein du mouvement indépendantiste, ce n’est pas le Bloc qui en est la cause. Il en est plutôt la victime.

S’il y a une refondation nécessaire à faire, c’est celle du Parti québécois, qui refuse de faire la promotion de l’indépendance depuis plus de 20 ans. Ce n’est pas le Bloc qui est le navire amiral de l’indépendance, mais le PQ. Il faut aller à la source du problème. Le Bloc n’est qu’une force d’appui au processus d’accession à l’indépendance. C’est au Québec que se fera l’indépendance et qu’on doit se doter d’un parti résolument engagé à faire l’indépendance.

Ce projet de refondation est inopportun, car pendant que les militants seront occupés à débattre de structures, ils ne seront pas mobilisés à travailler sur le terrain pour faire la promotion d’un programme indépendantiste. […] Et pourtant, nous aurons à faire face à une campagne électorale dans un an. Ce n’est pas une refondation qu’il faut au Bloc, mais une reconstruction des associations de circonscription pour combattre efficacement les partis fédéralistes.

Certes, nous faisons face aujourd’hui à des divisions internes. Mais peut-on sérieusement soutenir que la création d’un nouveau parti se fera dans l’harmonie ? Si les membres doivent tout reprendre à zéro, cela suscitera encore plus de divisions et d’acrimonie. C’est la meilleure façon de paralyser l’action des indépendantistes pendant des mois, sinon des années.

Faire table rase du passé, comme le propose le Forum jeunesse, en jetant aux poubelles les statuts et le programme du Bloc, c’est manquer de respect envers tous les militants qui, dans le passé, congrès après congrès, ont participé à des dizaines de réunions pour élaborer les statuts et le programme du parti. Curieusement, les partisans de cette refondation ne nous disent même pas en quoi ces statuts et ce programme sont défectueux ou pourquoi il faudrait les changer. Une telle désinvolture envoie le message à ces milliers de militants qu’ils ont perdu leur temps […]. Ce n’est sans doute pas la bonne façon de les mobiliser pour continuer le combat.

Ceux qui proposent de refonder le Bloc nous disent que c’est pour être plus rassembleur et ouvrir le parti à tous les indépendantistes. Je ne savais pas que le Bloc était un club fermé, qu’il refusait des personnes venant des différents partis indépendantistes. Cette logique est d’autant plus surprenante que le Bloc est le seul parti indépendantiste sur la scène fédérale et que ses instances sont ouvertes à tous ceux et celles qui veulent s’impliquer. […]

Une refondation dysfonctionnelle

Les promoteurs de la refondation font valoir qu’il y aura un congrès national auquel tous ceux qui le désirent pourront s’inscrire, le jour même s’ils le veulent, et lors duquel chaque membre disposera du droit de vote. C’est sans doute très généreux, mais peu fonctionnel pour construire un parti politique. Cela risque de se transformer en auberge espagnole où chacun tentera de faire valoir ses vues personnelles […]. Les débats risquent d’être acrimonieux […]. Le congrès d’un parti n’est pas une assemblée générale d’une association ; il doit disposer d’un principe de cohérence qui agrège les intérêts différents grâce à un mécanisme de filtrage et de sélection des prises de position. Ce projet commun ne résulte pas de l’addition des volontés individuelles mais de leur fusion, ce qui implique des renoncements pour le bien commun. Or, la logique individualiste adoptée par le Forum jeunesse favorise la dissension parce qu’elle exclut tout mécanisme de filtrage des résolutions débattues par le congrès national.

Ce modèle « un membre, un vote » même pour les membres spontanés de dernière minute qui n’ont jamais rien fait pour le parti a déjà été expérimenté par Option nationale avec les conséquences désastreuses que l’on connaît. Ce modèle qu’on pourrait qualifier d’anarchiste ou d’anti-structure est dysfonctionnel pour un parti politique, car il rend les associations de circonscription inutiles. Vous n’avez pas besoin de militer dans une circonscription pour faire valoir vos idées et les faire accepter dans les différentes instances. Il vous suffit d’acheter une carte de membre et d’être présent au congrès national. Or, un parti qui ne peut construire d’associations de circonscription devient dysfonctionnel sur le plan électoral. Cela produit curieusement l’effet inverse de la démocratie puisque tout le pouvoir entre les congrès revient à la direction du parti.

Enfin, cette logique est antidémocratique car elle avantage ceux qui vivent dans les grandes villes et défavorise ceux qui vivent dans les régions éloignées. Elle légitime l’inégalité de pouvoir selon les lieux de résidence et les moyens financiers. Si le congrès national a lieu à Montréal, il en coûtera 2 $ à un Montréalais pour exercer ses droits démocratiques alors que pour quelqu’un qui vient de Saguenay ou de Gaspé, il pourra lui en coûter 1000 $. Est-ce cette inégalité qu’on veut promouvoir au Bloc ?

7 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 25 avril 2018 03 h 19

    Fondre le bloc

    Il devrait être fondu en sauce francophone paysane i.e. canadienne habitante. Il pourrait prendre le logo CH du canadien et être populaire partout au pays!

  • Claude Bariteau - Abonné 25 avril 2018 06 h 27

    L'argument principal

    Votre texte avance deux arguments. Un premier renvoie au PQ la promotion de l'indépendance et le deuxième aux délégués du BQ par comtés pour constituer l'Assemblée générale devant approuver les modifications proposées au programme.

    Le premier ne tient pas la route. Le BQ peut très bien faire la promotion de l'indépendance et faire de ce point son engagement principal comme il peut très bien décider en assemblée générale de prendre cette orientation et la lier à un programme d'ensemble.

    Par contre, le point que vous soulevez est important, qui est la présence des membres dans un congrés à cette fin, qu'ils soient des délégués ou de seimples adhérents au BQ.

    La question qui se pose est la suivante : la décision appartient-elle aux délégués ou aux adhérents ?

    Ce sont deux façons de procéder. La première fait des délégués les pilotes du parti; la seconde entend mobiliser les adhérents. Dans le premier cas, les délégués décident pour l'ensemble des adhérents; dans le second ce sont les adhérents qui décident.

    Pour résoudre le problème de représentation que vous soulevez, la seule façon est un vote à l'assemblée générale en faveur d'une ratification par un vote majoritaire des adhérents en recourant au vote électronique, l'assemblée générale étant alors un lieu de débats avec, le cas échéant, l'expression du choix des membres présents, ce choix devant être ratifié par les adhérents..

  • Gilles Bousquet - Abonné 25 avril 2018 06 h 55

    À la place de la refonte...

    Faut voter pour l'orientation du Bloc québécois et pour la confiance ou pas, à Martine Ouellet. Dans mon cas : JE SUIS MARTINE...Ouellet ! au Bloc et JEAN-MARTIN...Aussant au PQ.

    Si le Bloc choisit de privilégier la défense du Québec dans le Canada pour améliorer ainsi, la place du Québec, dans le Canada, pour conforter les Québécois, dans le Canada, à la place de faire comme Mme Ouellet le suggère, la promotion du Québec un pays, en dehors du Canada, en tous lieux et en toutes circonstances, ça sera un virage fédéraliste ( Pour améliorer le Québec dans le Canada

  • Solange Bolduc - Abonnée 25 avril 2018 10 h 10

    Je ne suis ni Bloc, ni Martine !

    À propos de cette opinion de M. Rochon, si le PQ a tant de problèmesà promouvoir l'idée d'indépendance, comment se fait-il qu'on a élu J.F. Lisée comme chef, et non M. Ouellette, laquelle n'a récolté que ds miettes?

    C'est à cette dimension qu'il faudrait s'attarder ou questionner?

    Et pourquoi le PQ accepte dans ses rangs Jean-Martin Aussant et qu'il a nommé Mme Yvon à une fonction importante et visible. N'allez surtout pas me dire qu'ils sont des indépendantistes tièdes ?

    Donc,si comme vous le dites :«Ce projet de refondation est inopportun», c'est justement parce que le Bloc bloque à Ottawa, n'a plus sa raison d'être.

    C'est au Québec que le fédéralisme doit être contesté, que l'avenir du Québec doit se préparer !

    Le temps du Bloc est terminé, il faudrait l'enterrer au lieu de tataouiner comme on le fait, et pourquoi? Pour se créer une job payante ?

    • Gilles Bousquet - Abonné 26 avril 2018 07 h 21

      Donc, vous préférez voir des députés fédéralistes, au fédéral, dans tous les coimtés du Québec ? Le Bloc bloquait à Ottawa, dans le temps du chef Duceppe, quand il tentait d'améliorer la place du Québec DANS LE CANADA, pour l'y conforter, une affaire fédéraliste, à la place d'y faire la promotion du Québec un pays, comme veut le faire Mme Ouellet, son actuelle cheffe.

      Les Indépendantistes forment un minimum de 35 % de Québécois, ça prendrait bien le même pourcentage de députés du Bloc. Ces jobs payantes, comme vous l'écrivez, ne coutent pas plus cher à Ottawa, pour les députés indépendantistes.

    • Solange Bolduc - Abonnée 26 avril 2018 15 h 07

      M. Bousquet, M. Duceppe a fait de bonnes choses à Ottawa, ne vous en déplaise!

      Et pour moi, le Bloc, c'est terminé! Dans les années qui viendront nous aurons assez de travail à faire à l'intérieur du Québec pour travailler sur le prochain référendum , j'espère en 2022. En attendant, comme je l'ai déjà dit: Faire de la pédagogie, convaincre les indécis, trop nombreux! . Ce n'est pas avec le radicalisme de Maritne Ouellette qu'on y arrivera. Ce n'est ni une rassembleuse ni une pédagogue: elle ne pense qu'au pouvoir et à l'argent! Comment se fait-il, si elle est si extraordinaire que vous pensez, qu'elle n'a pas remporté la chefferie au PQ, et elle n'a même pas été élue cheffe par les membres du Bloc...Donc, jaser, il y en restera toujours quelque chose, mais rien de bon pour l'indépendance du Québec. M. Aussant est plus sensible, et mieux préparer à servir notre grande cause !

  • Léonce Naud - Abonné 25 avril 2018 10 h 43

    À Ottawa, des Québécois plutôt que des Canadiens-français


    Les États ayant en général la politique de leur géographie, les lignes de force géopolitiques dans l'Est du continent sont encore les mêmes que celles qui prévalaient au temps de la Nouvelle-France. Or, si les gouverneurs français s'étaient désintéressés du Pays d'En-Haut et n'avaient pas investi le reste du continent de sorte à y être présents pour soutenir leurs intérêts, la Nouvelle-France n’aurait pas été en mesure de nouer des alliances avec la quasi-totalité des nations indiennes et, par conséquent, maîtrisé le jeu continental entre puissances européennes aussi longtemps que ce fut historiquement le cas.

    À Ottawa, les fédéralistes canadiens-français représentent une minorité ethnique canadienne en voie de disparition, donc négligeable, alors que les bloquistes proviennent culturellement d’une nation encore majoritaire sur un territoire délimité dans l’Est de l’Amérique. Ce n'est pas la même chose, et les anglophones du pays ne s’y trompent pas. Le reste du Canada attend patiemment que cette querelle fratricide se termine pour s’arranger avec ceux qui auront eu le dessus. En réalité, le Bloc rend les fédéralistes Canadiens-français obsolètes en tant que délégués d'une minorité ethnique auprès de la majorité nationale canadienne.

    Avec le Bloc, le Québec possède un Corps Expéditionnaire en mesure de collaborer avec ses voisins nord-américains, y compris la nation canadienne qu'il faut constamment rassurer sur la continuité de son existence en cas de changement notable dans le statut politique du Québec.

    C'est pourquoi les Québécois – tout comme les indomptables Canadiens de naguère – doivent de nouveau quitter leurs foyers, monter dans leurs canots et prendre la route du Pays d'En-Haut. Une fois sur place, qu'ils fréquentent les cabanes des indigènes, y fassent grand commerce, y scellent maintes alliances et surtout évitent de s’étriper entre eux seulement pour savoir qui a raison.