La CAQ n’est pas une coalition, mais un club

Selon l'auteur, la Coalition avenir Québec — avec François Legault à sa tête — ne propose pas l'avenir, mais la régression. 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Selon l'auteur, la Coalition avenir Québec — avec François Legault à sa tête — ne propose pas l'avenir, mais la régression. 

Les mots veulent-ils encore dire quelque chose ? Il se trouve des conservateurs albertains pour nommer « pétrole éthique » les hydrocarbures les plus sales du monde que sont leurs sables bitumineux. Et des charbonniers de Donald Trump pour qualifier de « charbon propre » leurs séculaires saloperies environnementales. Et chez nous, une Coalition avenir Québec. Quelle coalition ? Quel avenir ? Quel Québec ?

Qui dit coalition dit normalement regroupement d’intérêts divergents, de tendances opposées, de forces variées, de partis autonomes différents, bref, d’unités diverses qui débattent et négocient ensemble un projet commun et font alliance temporaire pour le réaliser. Dire coalition, c’est postuler la diversité, la démocratie, l’entente sur un projet précis et un plan de match pour le déployer. Quelqu’un pourrait-il nous identifier la diversité des groupes, des intérêts ou des tendances à l’intérieur de la CAQ ? Et même ce qui la distingue des libéraux ? Elle qui, en Barrette, Proulx et Anglade, lui a fourni ses plus récentes locomotives. Et qui, en matière de propositions, quand elle fait ses choix, les déborde toujours plus à droite.

Et la démocratie ? Les associations de circonscription, là où très peu nombreuses elles existent, n’ont même pas le droit d’élire leur candidat. Les 125 candidats seront des créatures du chef. Et le projet ? Et le plan de match ? Le mot coalition dans CAQ porte à faux. Il travestit la réalité. Rien dans cette organisation ne nous indique qu’elle coalise des forces diverses et alimente des débats démocratiques pour définir à terme un projet d’intérêt général qui émanerait d’un compromis entre courants opposés. Ce n’est pas une coalition. C’est un club.

Qui dit avenir évoque habituellement un horizon ouvert, un futur prometteur, des perspectives réjouissantes. En politique, parler d’avenir, c’est anticiper pour décider aujourd’hui. C’est tailler sur mesure aujourd’hui les politiques, les institutions, les mécanismes et les services qui produiront pour la majorité la vie meilleure de demain. Parler d’avenir suppose d’abord qu’on fasse une lecture juste du présent. Le chef de la CAQ, François Legault, répète à satiété que le Québec est pauvre parce que, sur 61 territoires en Amérique du Nord, il arrive au 57e rang quant à son produit intérieur brut (PIB).

Dans l’assiette des gens, le PIB ne signifie strictement rien. Ce qui est important, c’est la condition économique globale des gens, leur pouvoir d’achat et la répartition collective de la richesse. À ces chapitres, les Québécois, sur 61 territoires, ne sont pas les derniers, mais les premiers. Quatre-vingt-dix pour cent des Québécoises et des Québécois sont plus riches et moins endettés que 90 % des Canadiens et 90 % des États-Uniens. La CAQ est plutôt préoccupée par les 10 % plus riches d’ici qui sont moins riches que ceux d’ailleurs et ne dit jamais que l’immense majorité des Québécois ont une condition économique meilleure que la majorité de leurs voisins. Pourquoi ?

Parce que le fardeau fiscal est mieux réparti ici qu’ailleurs. Ce que la CAQ veut modifier en l’abaissant. Parce que les politiques publiques comme celles des centres de la petite enfance sont un investissement public de grande qualité profitable à l’ensemble des familles. Ce que la CAQ veut « commercialiser » encore plus que ne l’ont fait les libéraux. Parce que les frais de scolarité sont moindres ici par rapport à ceux d’ailleurs, y compris pour les médecins spécialistes et de famille. Parce que l’assurance médicaments, l’assurance automobile et d’autres politiques à incidence économique et à portée sociale de l’État québécois. Des mesures sociales-démocrates que rejette l’idéologie dominante de la CAQ. Parce que le coût de l’électricité d’ici est jusqu’à deux et trois fois moins cher que dans l’ensemble des 60 autres territoires et que les revenus excédentaires d’Hydro Québec, à la hauteur de près de trois milliards cette année, sont versés dans les coffres de l’État. Ce que la CAQ veut modifier en privatisant en partie Hydro-Québec. Et ce qu’elle veut faire subir à la SAQ également.

À la Révolution tranquille, il s’est trouvé des hommes d’État et des fonctionnaires visionnaires comme les Lesage, Lévesque, Gérin-Lajoie, Parizeau et bien d’autres pour dessiner en leur temps l’avenir, qui a produit le Québec moderne plus égalitaire, plus solidaire et plus progressiste que nous connaissons. Le mot avenir dans CAQ est un mensonge. On n’y propose pas l’avenir, mais la régression.

Quel Québec, alors ? Celui du passé. Celui d’avant la Révolution tranquille. Et celui de la survivance française. En effet, la CAQ nous suggère de rejouer le vieux film de la place dans le Canada. Couillard — plus fédéraliste et complaisant que ça, tu meurs — vient tout juste de s’y essayer. Il est revenu la tête baissée et la queue entre les deux jambes. Sur cette question, tous et toutes au Canada anglais sont aux abonnés absents depuis et pour toujours.

Coalition ? Avenir ? Québec ? Fake Name !


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Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d’un texte paru dans la revue L’aut’journal, avril 2018, no 368.

16 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 24 avril 2018 04 h 11

    Privatisation d'hydro-Québec?

    Si c'est vrai, la CAQ est le diable. Un gouvernement minoritaire est ce qu'il faut. Ça force les coalitions!
    Un système de représentation proportionelle résoudrait ces problèmes d'excès de pouvoirs.

    • Gilles Théberge - Abonné 24 avril 2018 14 h 34

      Pour avoir un système de représentation proportionnelle il faudra voter pour le PQ, et espérer qu’il prenne le pouvoir.

      Parce que si Legault s’installe au pouvoir, soyez sûr que la représentation proportionnelle ne sera pas dans ses priorités.

      Lisée oui car il sait que pour avoir des décisions consensuelles, ça prend des gouvernements de coalition. Il sait ce qu’est une véritable coalition.

      Contrairement à Legault pour qui ce n’est que de la poudre aux yeux.

    • Sylvain Auclair - Abonné 24 avril 2018 15 h 55

      À ma connaissance, jamais le Canada, ni le Canada en temps de paix, n'a connu de gouvernement de coalition.

    • Patrick Boulanger - Abonné 25 avril 2018 08 h 40

      @ M. Théberge

      M. Théberge, je vous trouve bien optimiste par rapport au Parti québécois. Le PQ a pris le pouvoir plusieurs fois depuis sa création et il ne l'a jamais instauré bien que cette idée retrouvait dans son programme de 1969 à... 2011 (plus que 40 ans...). Aujourd'hui, cette formation se prononce de nouveau pour cette réforme. Bravo! Toutefois, si j'étais vous, je me montrerais prudent par rapport à cette nouvelle prise de position de votre parti politique.

    • Hélène Paulette - Abonnée 25 avril 2018 13 h 36

      Monsieur Auclair, sans avoir de gouvernement de coalition, des gouvernements minoritaires ont accompli des avancées avec l'aide d'un parti d'opposition: c'est le NPD qui a fait adopter le régime universel et les pensions au gouvernement minoritaire de Pearson. Le même parti a exigé du gouvernement Trudeau minoritaire la création du malheureusement défunt Pétro-Canada, mis à mot par le gouvernement Mulroney si ma mémoire est bonne.

  • Gaston Bourdages - Abonné 24 avril 2018 05 h 58

    Merci monsieur Larose...

    ...pour votre fort pertinente et intéressante autopsie constitutionnelle de la CAQ qui n'en est pas une. Vos dissections m'ont beaucoup éclairé. Comme vous, je nourris l'idée que ce parti en est un pour les mieux nantis. Un parti dont des représentants sont, par leurs comportements et gestes, séduits par l'approche populiste. EXiste-t-il au Québec un parti politique nous offrant à six mois des élections un « vrai » planifié, organisé, dirigé et contrôlé et animé projet de société ? Encore avons-nous à reconnaître que c'est ce que nous cherchons, ce à quoi nous aspirons comme peuple...un projet de société. Dans sa fort intéressante chronique d'hier monsieur Jean-François Nadeau nous cite ces mots de feu monsieur Bourgault : « Ce n'est pas d'où l'on vient qui compte mais où on va ensemble » Le savons-nous ?
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Gilles Bonin - Abonné 24 avril 2018 06 h 07

    Qu'on aime ou pas

    et surtout si on n'aime pas la perspective d'une alternance caquiste aux libéraux, il faudra probablement en passer par là. Les élections d'octobre prochain, même si le «jello» n'est pas tout-à-fait pris,va nous donner vraisemblablement un gouvernement (majoritaire?) de la CAQ... ou nous laisser comme des ronds de flanc avec des libéraux minoritaires. Donc virage probable plus à «droite» - c'est permis hors Montréal non? Et s.v.p. pas d'amalgame avec les Orban, Trump et autres Le Pen de ce monde. Le temps venu de la gauche et de la go-gauche de faire un sérieux examen de conscience (mais ça....???? c'est un tout autre pari parce que de ce côté, les «clubs», on connaît ça).

  • Colette Pagé - Inscrite 24 avril 2018 08 h 05

    Leurre et tromperie !

    Faire croire aux électeurs qu'avec la CAQ le Fédéral cèdera de nouveaux pouvoirs c'est rejouer dans un mauvais film dont nous connaissons la fin. Le Québec seul face aux autres provinces, lesquelles l'une à la suite de l'autre rejoindront le Fédéral dans un front commun contre le Québec.

    Et pour les faire réfléchir quoi de mieux que des promesses de projets ! Dans ce domaine, le Fédéral sait y faire !

    il ne faudrait jamais oublie qu'à l'origine de la CAQ le très riche Monsieur Sirois était l'un des deux fondateurs. Des millionnaire, c'est bien connu sont très souvent fort éloignés des préoccupations de la classe moyenne. Il s'agit de regarder du côté de notre voisin américain pour mieux comprendre cette réalité.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 25 avril 2018 15 h 33

      Là où le bât blesse avec la CAQ: le fait que la constitution de 1982 soit bétonnée.Legault a clamé à tout vent qu'il ne fallait pas parler de constituion pendant 10 ans voire 20 ans.La CAQ n'a aucune solution à proposer pour dénouer l'impasse constitutionnelle.

  • Gilles Bousquet - Abonné 24 avril 2018 09 h 22

    Si le changement n'est pas la CAQ...

    Si le changement de notre très provincial gouvernement n'est pas la CAQ, ça devra être le PQ -Lisée-Hivon-Aussant et les autres députés péquistes...suivants.

    Le PQ-Lisée s'en allait, il n’y a pas longtemps, dans le mur, directement mais, avec la nomination et l'apport de la très aimée, Mme Hivon, comme vice-chef et le retour de M. Jean-Martin Aussant, revenu d'exil, au PQ suivi de Mme Lapointe, veuve de M. Parizeau, le PQ pourrait bien être l'alternative, avec la promotion du Québec, en prime.