Le DEC en soins infirmiers, une formation ancrée dans la réalité

Le fait de rendre obligatoire le baccalauréat en soins infirmiers risquerait de contribuer au phénomène important de pénurie vécu depuis plusieurs années dans le réseau de la santé, croit les auteures. 
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le fait de rendre obligatoire le baccalauréat en soins infirmiers risquerait de contribuer au phénomène important de pénurie vécu depuis plusieurs années dans le réseau de la santé, croit les auteures. 

Dans son texte paru le lundi 16 avril dans Le Devoir, Xavier Giroux propose de rendre le baccalauréat obligatoire en soins infirmiers comme solution à ce qu’il appelle « une culture de dévalorisation des compétences et de l’expertise infirmière au Québec ». Il s’appuie notamment sur une étude datant de 35 ans et qui traite de la domination de la profession médicale sur celle des soins infirmiers. Or, en défendant l’idée du bac obligatoire, il accepte d’entrer dans cette perspective très hiérarchisée. Il opte pour une solution cosmétique qui ne tient pas compte de la qualité de la formation du DEC offert au collégial.

Le ministère prescrit pour la formation collégiale en soins infirmiers 2805 heures de cours, dont 1110 heures de laboratoire et 1035 heures de stage en milieu hospitalier. Les finissantes de ce programme sont donc très bien préparées à intervenir auprès des patients sur le terrain dès leur sortie. Il est important de préciser que cette formation est régulièrement mise à jour en tenant compte d’analyses de situations de travail qui permettent au milieu de la santé de suggérer des modifications. Le programme est donc ancré dans la réalité et répond aux besoins.

La preuve en est que les étudiantes issues du DEC en soins infirmiers réussissent l’examen d’entrée de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) aussi bien que celles issues du baccalauréat, et même mieux certaines années. Cet examen, tout comme la profession à laquelle il donne accès, est le même, quel que soit le profil de formation. Le taux de placement des détentrices du DEC dépasse bien souvent les 90 % et elles constituent les deux tiers de l’effectif infirmier en emploi.

Dans ce contexte où la qualité de la formation qualifiante ne peut être mise en doute, le fait de rendre obligatoire le baccalauréat risquerait de contribuer au phénomène important de pénurie vécu depuis plusieurs années dans le réseau. Sans compter que la formation collégiale est gratuite et disponible sur l’ensemble du territoire du Québec, ce qui la rend très accessible. Il faut bien expliquer que défendre le DEC en soins infirmiers ne signifie pas pour autant dénigrer l’intérêt de la formation universitaire : toutefois, les profils de sortie du bac sont surtout liés à la recherche et à la gestion, ou à des formations très pointues, plutôt qu’au service direct aux patients.

Enfin, l’article de M. Giroux passe sous silence le coeur du problème de la valorisation de la profession : les conditions de travail extrêmement difficiles auxquelles les infirmières font face alors qu’elles doivent soutenir un réseau qui se détériore. En milieu hospitalier, cela veut dire travailler les soirs, les fins de semaine, les jours fériés, mais surtout faire des heures supplémentaires obligatoires et renoncer à ses pauses faute d’effectifs infirmiers suffisants pour assurer un ratio de patients raisonnable.

Limiter l’attraction de la profession infirmière à la diplomation est réducteur et évacue l’importance que prennent les conditions d’exercice dans le choix d’un emploi. La valorisation de la profession infirmière passe donc par des choix politiques pour améliorer les conditions de travail. Tous niveaux de formation confondus, les infirmières sont très attachées à leur rôle, mais le fait de courir sans cesse et de ne pas avoir suffisamment de temps à consacrer aux personnes soignées génère une insatisfaction à laquelle il faut remédier.

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