La démolition du Centre Jean-Marie-Roy, une simple logique comptable?

Aux dernières nouvelles, le Centre Jean-Marie-Roy sera démoli bien avant que les détails du projet de remplacement soient dévoilés au grand jour, déplore l'auteur.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Aux dernières nouvelles, le Centre Jean-Marie-Roy sera démoli bien avant que les détails du projet de remplacement soient dévoilés au grand jour, déplore l'auteur.

On veut rappeler ici l’importance du patrimoine moderne, rappeler aussi le legs de l’architecte de renom Jean-Marie Roy, notamment son campus Notre-Dame-de-Foy, classé site patrimonial, ainsi que l’intérêt du Centre Jean-Marie-Roy à Saint-Augustin-de-Desmaures, et plus encore. Le cas de ce dernier nous renvoie, une fois de plus, à l’importance du rôle des municipalités par rapport au patrimoine.

À la lecture de la nouvelle annonçant la démolition du Centre, on peut se demander si nous sommes voués à une simple logique comptable. Tout, dans ce dossier, témoigne du travail qui reste à accomplir afin que les municipalités puissent porter cette responsabilité culturelle et sociale quant à la sauvegarde de leur patrimoine sur leur territoire au lieu de contribuer à sa destruction. Car, en effet, malgré la lettre d’Action patrimoine et de Docomomo Québec envoyée à la municipalité, le texte de Martin Dubois paru dans Contact, le magazine de l’Université Laval, l’article de Jean-François Nadeau (le 17 mars) et la lettre ouverte de la famille Roy parue dans Le Devoir (le 22 mars), on pouvait lire récemment dans Le Journal de Québec que le Centre Jean-Marie-Roy, situé à Saint-Augustin-de-Desmaures, sera fermé en juin et bel et bien démoli d’ici l’automne.

Il est évident que l’on ne peut pas mettre une cloche de verre sur tout ce qui est potentiellement d’intérêt patrimonial. Là n’est pas la question. Cependant, lorsque la seule et unique raison invoquée par la municipalité, pour justifier la démolition d’un bâtiment d’intérêt, consiste à avancer la rigueur budgétaire, cela paraît un peu court. Cet argument pourrait même compromettre l’avenir de plusieurs édifices remarquables. Il ne faut pas perdre de vue que les choix associés à l’aménagement du territoire marqueront celui-ci pendant de nombreuses décennies. La démolition d’un édifice patrimonial est un acte définitif, qui ne permet aucun retour en arrière. D’où l’importance d’un choix éclairé lors d’une telle prise de décision.

Décision rationnelle ?

« Quand on arrive devant un presbytère, une église, je peux comprendre. Mais là, je ne suis pas impressionné : ça a l’air d’une livre de beurre de l’extérieur », mentionnait le maire Juneau à propos du Centre Jean-Marie-Roy. Il est très inquiétant de voir un élu exprimer son appréciation personnelle lorsque vient le moment d’évaluer un édifice. Il serait plutôt nécessaire de commander une étude patrimoniale en bonne et due forme. Selon cette même logique, si tous les maires devaient être « impressionnés » pour qu’un édifice soit reconnu patrimonial et sauvegardé, bon nombre d’édifices patrimoniaux seraient compromis.

La Ville prévoit de financer son projet de remplacement à 50 % grâce au programme de soutien aux installations sportives et récréatives du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. N’est-il pas paradoxal qu’un programme gouvernemental de subventions destiné à aider les municipalités à se doter d’infrastructures incite à la démolition d’un édifice existant et, qui plus est, d’intérêt plutôt que d’encourager sa rénovation et son entretien ?

Et si, pour de multiples raisons, une démolition s’avérait la meilleure option, il est fortement recommandé qu’elle ne soit pas réalisée tant que le projet de remplacement n’a pas été planifié. D’une certaine façon, cette nouvelle proposition architecturale devrait compenser le bien perdu par sa qualité et son innovation. Nous sommes bien loin de ces conditions dans le cas présent ; le maire a affirmé d’emblée que le projet de remplacement « ne durera pas 100 ans ». Aux dernières nouvelles, le Centre Jean-Marie-Roy sera démoli bien avant que les détails du projet de remplacement soient dévoilés au grand jour.

À quelques semaines du dévoilement de la politique culturelle du Québec, on espère qu’une place importante sera accordée au patrimoine bâti. Est-ce qu’elle incitera enfin les municipalités du Québec à être proactives dans la mise en valeur de leur patrimoine, notamment par un plan d’action solide et des enveloppes budgétaires significatives ? Est-ce que les municipalités seront bel et bien reconnues comme des acteurs incontournables quant à la sauvegarde du patrimoine bâti, tout comme les organismes qui travaillent sans relâche à leur préservation et leur mise en valeur ?

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

3 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 20 avril 2018 09 h 31

    Il n'y a pas de règle absolue en architecture

    Même si la conservation des bâtiments est une valeur importante, il ne faut pas en faire une règle incontournable.

    Il y a parfois de l'excès en cette matière. Par exemple, la conservation de la façade du « New Sherbrooke » à Montréal a réduit la portée de l'oeuvre, quand même très réussie, du grand architecte Moshe Safdie. Cette façade n'a rien à voir avec ce qu'il y a derrière, c'est du façadisme. Le pavillion Desmarais du Musée des Beaux-Arts de Montréal, s'il avait été réalisé selon le désir de son architecte, aurait pu être un bâtiment emblématique de la ville. Donc, même si la façade du New Sherbrooke est élégante, il aurait mieux valu la détruire.

    Plus récemment, une oeuvre de moindre importance, la bibliothèque Marc-Favreau, est aussi une réussite de l'architecte Dan Hanganu malgré la conservation d'un bâtiment sans valeur. Alors que la démolition de ce vieux bâtiment assez laid aurait permis de faire une bibliothèque bien plus impressionnante et répondant mieux à sa fonction. Quelques années après son ouverture, l'exiguïté de la vieille partie fait souffrir l'ensemble d'un manque d'espace.

    Comme quoi, il ne faut pas toujours conserver les vieux bâtiments ou leurs façades. Cela dépend de la valeur du vieux bâtiment, ce qui n'est pas toujours facile à évaluer. Mais cela dépend aussi du bâtiment que l'on veut construire à la place. Pour prendre les bonnes décisions en cette matière, il n'y a pas de règle simple, contrairement à ce que voudraient les obsédés de la conservation à tout prix. Contrairement aussi aux volontés des maniaques de la tabula rasa. Il faut du goût et du jugement. Ce que n'ont pas toujours les maires de notre belle province.

  • Gilles Théberge - Abonné 20 avril 2018 10 h 08

    Tant que des « béotiens « seront choisis pour maires, nous aurons droit aux mêmes arguments stupides de maires de villes et de villages au Québec.

    Il paraît que l’on s’apprête à donner des cours de moralité aux membres de l’Assemblée Nationales. On pourrait donner des cours de base en histoire de l’art et gestion du patrimoine, aux élus municipaux...

  • Yannick LeBrasseur - Inscrit 20 avril 2018 13 h 20

    Je suis élu!

    Madame Vezina-Doré,

    La différence entre vous et moi est que mon nom était inscrit sur un bulletin de vote à la dernière élection à St-Augustin-de-Desmaures et pas le vôtre.

    Notre situation financière est un cauchemar. Nos citoyens sont les plus taxés de la région de Québec. Ce bâtiment est fini. Il est scrap! C'est un cancer pour notre ville. Il faut cesser de s'acharner sur le malade. Ce combat, il aurait fallu le faire il y a 10-20 ans! Où étiez-vous?

    Concentrez vos efforts ailleurs! Sur ce qui est guérissable. Le CNDF à un besoin criant d'aide et est déjà reconnu comme patrimonial. Mettez vos énergies à la bonne place et laissez nous gérer nos affaires, comme les citoyens nous l'ont clairement demandé le 5 novembre dernier! 70% des Augustinois demande à être respecter! Faites-le!

    Yannick LeBrasseur, Conseiller Municipal de St-Augustin-de-Desmaures.