Faire place à la défense des droits en campagne électorale

Il faut saluer et encourager le travail colossal des organismes de défense collective des droits, qui oeuvrent sans relâche à la reconnaissance des injustices et à la promotion d’une société égalitaire, estime l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Il faut saluer et encourager le travail colossal des organismes de défense collective des droits, qui oeuvrent sans relâche à la reconnaissance des injustices et à la promotion d’une société égalitaire, estime l'auteur.

En raison des élections de l’automne, nous assistons depuis un certain temps à un spectacle à grand déploiement où les partis politiques n’hésitent pas à recourir à toutes les méthodes possibles pour susciter l’adhésion. Les projecteurs illuminent tantôt une vedette tantôt une formule-choc, reléguant dans l’ombre le débat d’idées. Pourtant, nous avons besoin plus que jamais d’une information de qualité et d’un dialogue public de haut niveau. Une élection, quoi qu’on en pense, est un événement trop lourd de conséquences pour le laisser entre les mains des politiciens. Ils n’ont pas, fort heureusement pour le Québec, le monopole du débat politique.

La foire d’empoigne des partis n’est pas la seule cause de dérapages en période électorale. En quête d’auditoire, la majorité des médias ont tendance à traiter la politique comme une simple joute sportive. Cela se traduit par des chroniques déclamatoires où on maquille dans la presse la futilité de propos simplistes à coups de caractères gras et de points d’exclamation, ou en éructant sur les ondes des monologues dont la valeur se mesure surtout en décibels, au détriment des opinions nuancées et des enquêtes de longue haleine. Les médias dits sociaux, capables du meilleur comme du pire, contribuent largement à ce penchant. La peur et le repli mobilisent davantage que l’intelligence et le courage de l’ouverture. Le contre-discours face au discours populiste manque de moyens et ne suscite guère l’enthousiasme, étant par essence étranger au goût du spectacle. Mais là encore, il ne faut pas en déduire l’impossibilité structurelle d’une réflexion commune sérieuse.

Malgré tous les obstacles, les organismes d’action communautaire autonomes et les groupes de défense collective des droits reviennent sans cesse à la charge pour rappeler à notre société les principaux enjeux qui devraient la préoccuper. Depuis des années, ils mesurent et documentent l’impact désastreux des longues périodes d’austérité, où la prétendue rigueur budgétaire a bénéficié aux plus riches et écrasé les plus pauvres. Dénigrer ou faire peu de cas du savoir immense de centaines de militantes et militantes, dont plusieurs travaillent pour l’action communautaire depuis plus de trente ans, sans parler d’organisations dont l’histoire traverse celle du Québec, a pour effet ni plus ni moins que d’empêcher l’intelligence de l’espace public. Ces personnes et ces groupes nous rappellent sans relâche l’importance fondamentale du respect de chaque personne, quelle qu’elle soit, sur le plan de la protection sociale et des libertés civiles. Leur tâche cruciale au cours des prochaines semaines ne sera pas d’influencer le vote, mais de reconduire les droits de la personne au premier plan de nos préoccupations.

Sauver la justice sociale et la solidarité

Il serait trop commode de se borner à la critique des personnalités politiques ou médiatiques. Ce serait surtout contraire aux efforts fournis depuis des dizaines d’années par des centaines de militantes et de militantes, de plus de trois cents organisations un peu partout dans la province, qui agissent de façon concrète pour sauver la justice sociale et la solidarité. Si la tâche est immense, ils nous rappellent sans cesse que nous ne pouvons pas nous permettre le luxe du découragement. Il faut accroître la protection sociale pour garantir une vie décente aux personnes appauvries, augmenter considérablement les investissements pour le logement social, assurer l’accès à la justice et prévoir les services adaptés aux besoins des groupes vulnérables. Il est urgent de bonifier le réseau des garderies publiques, d’améliorer les conditions d’enseignement au sein des écoles primaires et secondaires et de favoriser l’intégration aux études supérieures. On ne dira jamais assez l’importance de s’opposer à toute forme de discrimination sexuelle, de poursuivre la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes, de combattre le racisme et d’exprimer par des gestes concrets notre appui aux revendications des peuples autochtones. Tout cela n’aurait pas de sens si nous devions privilégier les milieux urbains au détriment des régions éloignées ou abandonner l’environnement à l’appétit des promoteurs de projets qui sabotent l’avenir de générations entières. Toutes ces revendications n’ont rien d’utopique : elles s’imposent comme nécessaires dès lors qu’on prête attention aux souffrances dont sont témoins les groupes de défense des droits.

Soyons clairs. Il serait vain de s’en prendre à ceux et celles qui adhèrent aux discours populistes sans tenir compte des difficultés d’accès à l’information, des lacunes de notre système d’éducation et des conditions de vie et de travail difficiles qui laissent peu de temps pour se préoccuper de politique. Et l’idéologie du repli sur soi et des intérêts égoïstes trouve aussi sa source dans l’insécurité face à un monde complexe où les solutions simples s’avèrent le plus souvent fallacieuses. Voilà pourquoi penser notre avenir social et politique au Québec commence par placer très haut la barre de nos exigences lors de nos discussions. Voilà pourquoi il faut saluer et encourager le travail colossal des organismes de défense collective des droits, qui oeuvrent sans relâche à l’analyse des faits, à la reconnaissance des injustices et à la promotion d’une société égalitaire.

5 commentaires
  • Pierre Deschênes - Abonné 20 avril 2018 06 h 41

    Vers le haut

    La lecture de votre puissante lettre coïncide avec mon écoute récente des propos de Marie-France Bazzo soulignant l’absence des universitaires et des intellectuels dans le débat public au Québec. Non pas que ceux-ci soient les détenteurs exclusifs de la sagesse et de l’intelligence sociales et politiques, mais l’expression publique de leur vision, à travers le prisme de leurs recherches, de leur savoir et de leurs réflexions, contribuerait sûrement à tirer vers le haut le cours du débat public.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 20 avril 2018 08 h 05

    Brrr !?!

    « Leur tâche cruciale au cours des prochaines semaines ne sera pas d’influencer le vote, mais de reconduire les droits de la personne au premier plan de nos préoccupations. » (Christian Nadeau, Président LDL et Professeur titulaire, Dépt Philosophie, U Mtl)

    Bien sûr certes, mais comment si le pourquoi de cette possible reconduction des droits de la personne se laisse entraîner par des règlements ministériels usurpateurs et des Lois et des dits Droits ?

    De ce « comment », un exemple parmi d’autres :

    Si un prestataire du MTESs est poursuivi, il peut accéder au monde de la justice, mais s’il veut poursuivre pour des motifs de discrimination, cet accès lui est refusé !

    Brrr !?! - 20 avril 2018 -

  • Paul Gagnon - Inscrit 20 avril 2018 09 h 49

    Des droits et des devoirs

    Des droits, des droits, toujours des droites, plus plus de droits. Et les devoirs dans tout cela monsieur le Philosophe?

  • Raynald Goudreau - Abonné 20 avril 2018 10 h 19

    j'adhere

    Je suis du meme avis que Pierre Deschesnes . Point .

  • Jean-François Trottier - Abonné 20 avril 2018 10 h 34

    Un peu de lâcheté tout de même ?

    Je dois apporter un bémol à cette envolée, à laquelle j'adhère tout en notant un ton plutôt... docte?

    Le but est forcément d'offrir des possibilités de vie et de bonheur égales à tous.

    J'ai appris que la réflexion sans choix est un leurre. Un beau leurre! Je suis resté en réflexion lengtemps avant de me brancher, surtout suite aux déconvenues que le Québec a vécu dans les années '80 et '90.

    La stupidité des premières mesures de Charest, puis la bassesse des attaques moralistes de QS, m'ont au moins révélé ce que je ne voulais pas.

    Le Québec, sa population depuis chaque individu jusqu'à l'ensemble, a besoin de vivre dans une saine et stable économie qui évolue à une vitesse tenant compte tant des gens que des groupes sociaux les reliant.

    La stabilité n'est possible que sous deux conditions : d'abord, que le capital local soit plus puissant que le capital extérieur. Ensuite, que ce capital soit distribué le plus largement possible à travers le territoire et les gens.
    J'ai l'air de parler d'économie, s'pas ? Il serait temps!

    Il est nécessaire que le capital soit regroupé dans de grands ensembles, qui sont comme on le sait plus lents avec une bonne dose de "bois mort". Le gouvernement, oui, mais aussi les grandes compagnies, dont par expérience je puis dire qu'elles sont mille fois pires en matière de perte d'énergie.
    C'est à ce prix que la stabilité (donc la redistribution) se fait, et c'est aussi pourquoi le néolibéralisme est une errance débile.

    C'est là que l'auteur refuse de s'engager, Hé oui, il faut parler de capital pour arriver à aider les gens!

    Le seul parti qui, depuis des années, a parlé de renforcer le trésor d'État est le PQ.

    QS est irresponsable en ne parlant que de largesse sans avoir le moindre discours sensé en matière d'économie. Ce qui est un manque dans ce texte devient un crime pour un parti qui se prétend sérieux.

    Quant au PLQ... quels ânes! Leitao est un très mauvais gérant de petite succursale.